Invité de la Chambre Française de Commerce et d'Industrie du Maroc (CFCIM), M. Fathallah Oualalou, Ministre des Finances et de la Privatisation, a brossé un tableau plutôt reluisant du cadre macro-économique de l'économie marocaine, devant un parterre de membres de la Chambre et des invités de marque, dont M. l'Ambassadeur de France au Maroc et Mme le Consul de France à Casablanca.
Il ressort de cette présentation que tous les fondamentaux de l'économie marocaine sont bien orientés et permettent d'entrevoir l'avenir économique du Royaume avec beaucoup d'optimisme. Ainsi, commençant par le principal baromètre du cadre macro-économique, M. Oualalou a souligné que, après avoir réalisé un taux de croissance de 6,5 % en 2001, le PIB s'est accru de 4,5 % en 2002. Les progressions du PIB ont permis une amélioration du revenu cumulé par habitant en 2001 et 2002 de +8 %. Le taux de chômage a par ailleurs fortement décru au cours de ces dernières années passant de 14,8 % en 1999 à 10,5 % en 2002.
Pour l'année 2003, une progression de 4,5 % est attendue par les services du ministère des finances. Toutefois, et partant de la relative bonne pluviométrie enregistrée cette année, "nous espérons être réalistes et comptons sur un taux de croissance 2003 de 5,5 %", a souligné M. Oualalou. Cette progression résulte en grande partie d'une plus grande autonomisation de la croissance du PIB et des caprices du ciel depuis bientôt trois ans. Elle est également le fait d'importantes réformes structurelles, sectorielles (tourisme, pêche, composants électroniques, etc), politique, etc. En dépit des amélioration, fait-il remarquer : "le niveau de la croissance du PIB reste encore faible partant des potentialités et des ambitions affichées par le Royaume pour faire face à la mondialisation de l'économie et la résorption du chômage". Pour cela, l'amélioration de la compétitivité des entreprises et la poursuite de l'assainissement de leur environnement restent essentielles.
Concernant les échanges extérieurs, l'année 2002 s'est caractérisée par une nette amélioration de la balance commerciale. Le déficit commercial a ainsi reculé de 7,7 %, comparativement à une année auparavant. Cette amélioration résulte du bon comportement des exportations qui ont enregistré une hausse de 5,3 % sous l'effet des phosphates, des produits alimentaires et des composants électroniques. Quant aux importations, elles ont connu une faible hausse. Toutefois, les importations de biens d'équipements ont signé une hausse de 8 % en 2002. "Cette hausse illustre la reprise de l'investissement productif marquant ainsi le retour de la confiance chez les investisseurs", a souligné le ministre.
Déficit budgétaire
Par ailleurs, les avoirs extérieurs ont connu une hausse considérable pour s'établir à 104 milliards de dirhams, à fin 2002, correspondant à plus de 10 mois d'importations. A un tel niveau, le Maroc pourra faire face aux chocs qui pourraient résulter d'une éventuelle guerre en Irak qui se matérialiserait par la hausse des prix du pétrole et la baisse des recettes touristiques.
Concernant le taux d'inflation, bien que faible, il a connu un bond considérable comparativement aux années précédentes en s'établissant à 2,8 % en 2002, contre 0,6 % en 2001. Cette progression résulte essentiellement de la hausse des prix des produits alimentaires.
Concernant le déficit budgétaire, il a été maintenu en 2002 à un niveau acceptable de 4,7 %, contre une prévision en début d'année de 6 %. Ce résultat a été obtenu grâce aux effets combinés de la hausse des recettes (+8 % des recettes de l'IGR et de l'IS), de la baisse des dépenses ordinaires d'environ 3 milliards de dirhams. Selon M. Oualalou, "pour les quatre années à venir, le Gouvernement s'est fixé un objectif de déficit budgétaire de 4 %, compte tenu des privatisations programmées". Pour y arriver, le Gouvernement dispose d'importantes marges de manœuvre. D'une part, au niveau des dépenses budgétaires, conscient du fardeau que représente la masse salariale, sa maîtrise constituera un défi majeur pour les années à venir. Dans ce cadre, un vaste programme de redéploiement des fonctionnaires entre les différents ministères est lancé pour corriger certains dysfonctionnements constatés en terme de répartition du personnel entre les différents ministères. En plus, avec le soutien de l'Union européenne, le ministre a souligné que l'organisation des départs anticipés sera renforcée. Ces départs volontaires, outre le fait qu'ils permettent la baisse de la facture salariale, peuvent être la source de nouvelles créations d'emplois. A titre d'exemple, a t-il poursuivi, parmi les 1 200 employés ayant quitté Maroc Télécom suite au programme de départs volontaires, certains cadres ont pu monter des entreprises créant ainsi de nouveaux emplois.
Économies
D'autre part, l'État compte réaliser des économies au niveau des dépenses de compensations. M. Oualalou estime à plus de 3 milliards de dirhams les économies potentiellement réalisables à ce niveau. Par ailleurs, conscient que plusieurs entreprises et personnes physiques échappent encore à la fiscalité, le ministre a souligné que les reformes du système fiscal seront poursuivies et l'assiette fiscale sera davantage élargie, ce qui permettra d'améliorer les recettes . Enfin, les privatisations devront contribuer fortement à l'atténuation des déficits budgétaires. Pour l'année 2003, pas moins de 13 milliards de dirhams sont attendus. Les principales opérations de 2003 concerneront la Régie des Tabacs et Maroc Telecom.
Au niveau du registre de la dette extérieure, celle-ci poursuit sa décrue de façon notable. Son poids est passé entre 1995 et 2002 de 68 % à 38 % du PIB. Cette baisse s'explique en grande partie par les politiques reconversions de dettes et par le recours de plus en plus fréquent du Trésor au marché intérieur de la dette. Du point de vue qualitatif également, la dette extérieure a connu une évolution significative. Aujourd'hui, plus de 58 % de la dette est bilatérale. Les dettes contractées auprès des banques commerciales ne représentent plus qu'une faible part de l'endettement extérieur du Royaume. Presque la moitié de cette dette est libéllée actuellement en euros.
Au delà des chiffres, le ministre est revenu longuement sur les reformes entreprises par l'équipe du Premier ministre M. Jettou. Ces reformes touchent presque à tous les domaines: santé, transport, administration, eau, etc. Au niveau financier, la principale reforme va concerner le renforcement du contrôle du secteur par Bank Al Maghrib et qui passera par les révisions des statuts de l'institut d'émission et de la loi bancaire. Enfin, concernant la Bourse de Casablanca, tout en reconnaissant sa léthargie, le ministre a souligné que les différents départements du ministère travaillent en étroite collaboration avec toutes les parties concernées pour la relance du marché. La Bourse ayant connu son heure de gloire avec les opérations de privatisation, l'ouverture de capital de certaines entreprises publiques (BCP, Régie de Tabacs, etc) pourra constituer un déclic psychologique à même de remettre le marché sur le chemin de la croissance.
Moussa Diop