Il n'est un secret pour personne que l'un des problèmes majeurs que rencontrent les PME marocaines est lié au financement de leur développement. Consciente de cette problématique, la bourse de Casablanca a consacré son septième rendez-vous des cycles de rencontres avec les opérateurs économiques sur le thème "PME au Maroc : Pour un financement alternatif par le marché boursier". D'emblée, M. Khalid Belkhoutout, Membre du Directoire de la bourse de Casablanca, a posé la problématique en termes clairs. "Les PME qui pèsent plus de 92 % du tissu productif et un peu moins de 20 % du PIB continuent à privilégier l'autofinancement et le crédit bancaire et n'accèdent que de manière limitée aux financements par les marchés", fait-il remarquer. La part de la bourse de Casablanca dans le financement des entreprises reste inférieure à 5 %. Pourtant, comme l'a bien démontré M.Belkhoutout, "les avantages pour les PME de se financer par la bourse sont nombreux". Il cite, pêle-mêle : possibilité de financement des projets à des conditions avantageuses, notoriété et crédibilité renforcées, valorisation des participations des actionnaires, renforcement de la position concurrentielle, pérennisation des entreprises familiales, etc. Reste qu'en dépit de ces avantages, les PME hésitent encore à s'introduire en bourse. Ainsi, selon M.Mokhtar Dinia de la Direction de la Politique Économique Générale (DPEG), partant de la définition de la Charte PME (chiffre d'affaires annuel hors taxe n'excédant pas 75 MDH, "seulement 7 PME, appartenant à différents secteurs, sont cotées en bourse. Elles représentent 12,5 % du total des entreprises cotées et seulement 0,1 % des PME nationales". Or, les banques également ne financent que chichement les PME du fait que celles-ci présentent les risques les plus élevés. Ainsi, la part des crédits à moyen terme accordée aux PME n'a représenté, en 2002, que 7,7% de l'encours total des crédits à moyen terme distribués par les banques contre 49,4 % enregistrés en 1996.
Partant, la diversification des sources de financement demeure une alternative pour les PME qui souhaitent se développer. Une pléthore d'outils de financement existe actuellement au niveau du marché. Outre les lignes de crédits étrangers dédiées à la mise à niveau des PME, des financements sectoriels (Fortex, Renovotel, etc), bénéficiant des garanties institutionnelles, sont mis à la dispositions des entreprises à des conditions plutôt favorables.
Critères d'accès
La bourse constitue certainement une source adéquate de financement. Seulement, pour beaucoup de PME, la bourse demeure inaccessible à cause des conditions d'éligibilité mises en place. Face à cette situation, la place casablancaise vient d'alléger les critères d'introduction des sociétés en bourse (voir article suivant). Ainsi, pour les PME, les nouveaux critères sont : un montant minimum à émettre de 10MDH, un seul exercice certifié, un contrat d'animation et d'assistance de 3 ans, etc. Intervenant dans le cadre de cette rencontre, M. Hammad Kassal, Président de la Fédération des PME/PMI, est revenu sur nombre de problèmes que rencontrent les PME. Il rappelle au passage que "plus de 70 % des PME ne sont en fait que des TPE (Toutes petites entreprises) qui ont d'énormes problèmes de création de valeur ajoutée du fait qu'elles ne recourent pas aux nouvelles technologies et ignorent tout de Recherche & Développement". "La transparence n'est pas également l'apanage d'une grande partie de ces entreprises", a reconnu M.Kassal. Sur ce point, il a souligné "la nécessité de rendre obligatoire le recours aux commissaires aux comptes pour toute entreprise dont le chiffre d'affaires dépasse 20 MDH". Une manière d'éduquer les PME à la culture de la transparence dont le minimum est requis pour être admis à la Bourse. En outre, le patron des PME a fait part de la nécessité "de revoir les critères d'éligibilité des PME/PMI à la bourse de Casablanca". Bien que la Bourse ait revu sa copie sur ce point, les patrons des PME présents ont jugé encore excessive l'obligation faite aux PME d'émettre au minimum un montant de 10 MDH lors de l'introduction en bourse.
Apportant sa contribution à cette rencontre, M. Adil Bouifrouri, Associé Gérant de Financia est revenu sur la palette des financements par le marché boursier marocain pouvant constituer une alternative au financement bancaire. Le financement par le marché de la dette privée (obligations, billets de trésorerie, etc) présente d'indéniables avantages, notamment en terme de coût dans un environnement marqué par la baisse continue des taux des Bons du Trésor (BdT) et la résistance des taux bancaires. Plus pragmatique, M.Bouifrouri, partant des exemples chiffrés, a montré que le recours aux emprunts obligataires comme moyen de financement permet aux PME de réaliser de conséquentes économies.
Business Plan
Ainsi, pour une émission de 1 an, 3 ans et 5 ans de 100 MDH, aux taux des BdT et de Base Bancaire observés actuellement, en tenant compte des frais, commissions et primes de risque, un emprunteur pourrait réaliser des économies de 1,4 MDH à 1 an, 5 MDH à 3 ans et 6,9 MDH à 5 ans en recourant au marché de la dette privée au détriment du financement bancaire. En plus des économies de coût, l'emprunt obligataire offre de multiples autres avantages : absence de garanties, amélioration de la capacité de négociation vis-à-vis des banques, flexibilité et souplesse (diversité des maturités, taux fixe ou variable, etc), changement de dimension et de perception par les principaux partenaires de la société, possibilité de recourir régulièrement au marché, etc. Au niveau de ce marché, M. Bouifrouri a tenu à saluer l'annulation de l'obligation de souscription de la totalité d'une émission obligataire dans le cadre de la nouvelle loi sur la Société Anonyme. Une mesure qui ne manquera pas de contribuer au développement du marché d'emprunt obligataire. Autre alternative, les PME peuvent également opter pour un financement par ouverture du capital à des investisseurs privés nationaux (capital-risque, groupes industriels, institutionnels marocains) et/ou étrangers (fonds d'investissements, industriel du même secteur, etc) comme préalable à la cotation. Ce mode de financement compte parmi ses avantages un renforcement des fonds propres, une institutionnalisation du capital, une amélioration de l'image de la société, etc. Seulement, en recourant à cette forme de financement, l'entreprise est appelée à faire des reportings réguliers (mensuels) et doit négocier au préalable la sortie des investisseurs (rachat ou introduction en bourse).
In fine, pour les entreprises qui souhaitent lever des fonds en s'introduisant en bourse, M. Karim Hajji, Président d'Atlas Capital, fait remarquer que la "maîtrise du Plan d'Affaires constitue un préalable nécessaire au financement de la PME par les marchés". Le Plan d'Affaires doit permettre à la PME d'identifier ses forces et ses faiblesses, de réactualiser les données relatives à son marché et de se projeter dans l'avenir. Ce plan "permet également au marché d'apprécier le contexte de l'investissement, d'évaluer la qualité du management, les perspectives de l'entreprise, d'appréhender les risques ainsi que le rendement de l'investissement", fait remarquer M. Hajji. Partant, il doit être clair, concis et précis. Selon le Président d'Atlas Capital, "un Plan d'Affaires bien pensé et bien construit est un formidable outil de marketing du projet et peut aider ses promoteurs à mieux maîtriser leur projet dès le départ, évitant des mauvaises surprises".
La reprise du marché boursier aidant, espérons que les PME viendront grossir le nombre des entreprises candidates à l'introduction en bourse en 2004.
Moussa Diop