La Nouvelle Tribune : En tant que représentant des héritiers de feu Moulay Ali Kettani, pouvez-vous nous exposer la genèse de la cession du groupe Wafa à la BCM ? Qui avez-vous eu comme interlocuteur, la BCM ou le Groupe Siger ?
M. Saad Kettani : Merci de me poser cette question que me permets de préciser que je n’ai jamais rencontré de représentant de SIGER. Toutes les négociations ont été menées entre M. Oudghiri, le Président de la BCM, et moi-même. Et du fait du travail que j’ai pu accomplir dans le cadre du "Maroc compétitif", je partage entièrement les mêmes valeurs et engagements que M.Oudghiri. Nous avions la même vision des choses.
Comme vous l’avez précisé lors de la conférence de presse de lundi dernier, la décision de céder le holding OGM a été prise par la famille Kettani sans le management de Wafabank notamment. Pourquoi ?
En effet, cette décision, d’une portée stratégique et d’une grande importance, a été prise par les actionnaires de la banque, eux seuls étaient concernés par la démarche. De même, les négociations ont été menées avec la BCM, sans l’implication du management. Il existait pour cette opération, comme pour toutes celles de ce type d’ailleurs, une obligation de discrétion absolue, condition essentielle du succès de toute cette entreprise.
Quelles ont été les difficultés de la négociation ?
Je peux vous assurer que les négociations n’ont pas porté sur le prix de cession d’OGM qui abrite les participations financières de la famille Kettani dans le secteur financier, que cela soit directement ou par le biais de Wafacorp.
En effet, il ne s’agit pas, contrairement à ce qu’on pourrait penser, d’une affaire mirobolante pour les actionnaires qui ont cédé leurs parts. Pour mémoire, je vous rappelle que la valorisation de l’ensemble concerné en 1998, à l’occasion de l’introduction en bourse de Wafa Assurance, était de loin supérieure au prix de cession qui a été retenu pour cette opération. À l’époque, le montant estimé était de 2,850 milliards de dirhams.
Mais la famille Kettani a pris en considération l’intérêt à long terme de la banque et de la compagnie d’assurance et a préféré faire prévaloir de façon stratégique la pérennisation de l’œuvre de feu Moulay Ali Kettani qui a contribué depuis l’indépendance à l’édification d’une économie moderne et performante au Maroc.
Il faut rappeler que mon défunt père, paix à son âme, avait acheté en 1965 la Compagnie Française de Crédit et de Banque, une petite filiale d’Indosuez qu’il avait transformée en CMCB, (Compagnie Marocaine de Crédit et de Banque), laquelle s’est développée pour devenir Wafabank.
L’actionnariat de référence du groupe Wafa, la famille Kettani, a donc voulu et tenu à ce que la banque, marocanisée par son défunt père, reste marocaine.
Votre démarche était donc marquée au sceau du principe de préférence nationale ?
Absolument. Nous voulions nous assurer que ces deux sociétés, Wafabank et Wafa Assurance, resteraient marocaines et leur permettre ainsi de contribuer à créer un champion national en accompagnant une expérience de cette envergure. Nous avons fait ce choix délibérément alors qu’il existait une alternative, celle de développer un partenariat avec l’un de nos partenaires étrangers. Celui-ci, que tout le monde connaît, était d’ailleurs déjà en discussion avec moi, sachant que la décision, je le répète encore une fois, revenait à l’actionnaire principal ou de référence.
Mais, dans un contexte de mondialisation et d’ouverture de notre pays à l’international, la maîtrise du secteur bancaire est d’une importance vitale et nous avons voulu, à notre niveau, y apporter notre contribution.
N’êtes-vous pas perdant, quelque part, dans cette opération, notamment au plan financier ?
Certes, la négociation avec le Crédit Agricole-Indosuez aurait pu être beaucoup plus fructueuse et permettre, de surcroît, à la famille de rester actionnaire tout en cédant le management. Mais le développement d’une banque exige des moyens financiers conséquents que la famille Kettani n’a pas. Comme vous le savez, il s’agit désormais de respecter les nouveaux ratios de capitaux propres exigés par les nouvelles règles prudentielles édictées par Bank Al-Maghrib. Ces exigences sont telles qu’une famille, même s’il s’agit d’actionnaires de référence, ne peut plus satisfaire.
En outre, il aurait suffi de quelques augmentations de capital sans la participation de la famille Kettani et notre participation aurait été diluée, faisant basculer totalement la banque dans le giron de l’actionnariat étranger.
Ce schéma était tout à fait réalisable même si, en réalité, la famille Kettani ne détient que 15 % de Wafabank, sachant que les 20 % du capital de cette banque détenus par Wafa Assurance appartiennent en fait aux assurés de la compagnie puisqu’ils figurent dans son portefeuille.
C’est donc en parfaite connaissance de cause, en mesurant les effets et les conséquences d’une telle décision stratégique que la famille Kettani, a fait un gros sacrifice matériel. Mais il s’agissait de permettre à leur banque, en restant marocaine, de respecter les vœux de son défunt père.
Avez-vous pensé au cours de la négociation au devenir des salariés qui vous ont accompagné tout au long de ces années ?
Cela a été une préoccupation majeure et je peux vous affirmer que ce transfert de Wafabank à la BCM traduit certainement la ferme volonté de la famille Kettani de préserver l’ensemble des personnes qui ont travaillé dans leur groupe. Le rapprochement entre les deux banques ne se fera pas à la faveur un plan social.
Quels sont vos projets d’avenir ?
La famille Kettani, comme je le précise en tant que porte-parole et aîné, sort bel et bien du secteur financier.
Il n’y a aucune alliance cachée et parallèle avec le Groupe SIGER. Et si nous avons tourné la page de notre participation au système financier national, nous l’avons fait dans le respect de la mémoire du fondateur du groupe Wafa et pour aider notre pays à faire face aux nouvelles contraintes de son ouverture totale et pluri-sectorielle.
Cependant, je préciserai que le management de Wafa Assurance étant maintenu, je continuerai à assumer, à la demande expresse de M.Khalid Oudghriri, la responsabilité de président de la compagnie.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli