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Le système financier marocain montre une certaine solidité Entretien avec Jean-Jacques Santini (BNP Paribas)

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Publier le : December 11, 2003

La Nouvelle Tribune : M.Santini, vous avez occupé le poste de Président du Directoire de la BMCI, filiale marocaine de BNP Paribas, que vous allez quitter pour une nouvelle nomination. Quelle sera la nature exacte de vos nouvelles responsabilités au sein de BNP Paribas, à l’issue de votre mission au Maroc ?
M. Jean-Jacques Santini :
Je rentre effectivement à Paris pour m’occuper de la ligne de métiers "Banque de détail dans les Marchés Emergents et d'Outre-Mer", c'est-à-dire de la banque de détail à l’international en dehors du marché américain. En effet, ce dernier, où BNP Paribas a depuis longtemps une forte implantation et qui s’est notablement renforcée au cours des dernières années, est traité à part. BankWest, notre filiale américaine est à ce titre, la cinquième banque de Californie, un des Etats les plus grands et les plus riches des Etats-Unis.
Je m’occuperai donc des filiales "banques de détail" du groupe dans le reste du monde, parmi lesquelles figure le Maroc. Il en est d’ailleurs le fleuron et le site le plus important.
J’aurai ainsi la responsabilité de huit mille personnes évoluant au sein de 32 implantations, la BMCI y étant représentée par déjà mille six cents salariés et environ trente millions d’euros de résultats sur les deux cents millions d’euros réalisés globalement par nos filiales internationales (hors Etats-Unis). Témoigne d'ailleurs de l'importance de la BMCI, l'entrée à son Conseil de Surveillance de Michel Pébereau, Président de BNP Paribas, qui reprend le poste laissé vacant par le décès de René Thomas, Président d'Honneur de BNP Paribas.

Quelles sont ces autres implantations ?
L'ensemble "Marchés Emergents et d'Outre-Mer" est constitué de quatre zones géographiques (Afrique-Océan Indien, DOM TOM, Maghreb-Méditerranée et Moyen-Orient). Dans ces régions, BNP Paribas déploie son expertise au travers de 350 agences et pour 1,1 millions de clients.
En Afrique, le réseau des BICI (Banque Internationale pour le Commerce et l'Industrie) est au cœur du dispositif de BNP Paribas. Avec 92 agences réparties dans six pays (Burkina-Faso, Côte d'Ivoire, Gabon, Guinée Conakry, Mali, Sénégal et un bureau de représentation en Angola), BNP Paribas gère le 1er réseau bancaire d'Afrique francophone. Dans l'Océan Indien, le Groupe est présent à Madagascar (BMOI) et aux Comores. Dans les DOM TOM, le Groupe possède 45 agences (BNP Paribas) et maintient une forte présence auprès de quelque 300 000 clients en Guadeloupe, en Guyane, à la Réunion, en Martinique et en Nouvelle-Calédonie.
En ce qui concerne la zone Maghreb-Méditerranée, le groupe est représenté au Maroc par la BMCI mais également en Tunisie par l'Union Bancaire pour le Commerce et l'Industrie (UBCI). Enfin, la nouvelle filiale BNP Paribas El Djazaïr a ouvert en février 2002 en Algérie.
Dans la zone Moyen-Orient, BNP Paribas dispose d'implantations au Liban (BNPI Beyrouth), en Egypte (BNP Paribas Le Caire), à Chypre (BNP Paribas Cyprus) et à Djibouti (BCI Mer Rouege). Elle opère dans la région du Golfe à partir de sa Direction Régionale qui assure l'animation depuis Bahreïn de quatre territoires : Abu Dhabi, Bahreïn, Dubaï, Qatar.
En outre, notre banque a des projets en Europe de l’Est où des implantations y seront prochainement réalisées.

Vous quittez la BMCI avec le sentiment d’une mission accomplie ?
Je peux affirmer que les objectifs qui m’étaient assignés à la direction de la BMCI ont été pratiquement réalisés à la date d’aujourd’hui.
En effet, la BMCI est, à fin 2002, le premier groupe bancaire marocain privé en termes de résultat courant et de résultat net, en données consolidées.
Elle a connu un développement remarquable de ses activités avec un doublement de sa part de marché en engagements par signature, et une augmentation de ses parts de marché en remplois globaux et en ressources globales de respectivement 50 % et 40%. En 5 ans, son réseau, son PNB et son résultat net ont doublé.
Mon successeur est Joël Sibrac, qui occupe désormais le poste de Président du Directoire.
Un Directeur Général, venant du réseau France de BNP Paribas, lui sera adjoint pour compléter le dispositif.
Mais du fait donc de mes responsabilités nouvelles à l’International, je  reste au Conseil de Surveillance de la BMCI.

Quel jugement ou quelle appréciation portez-vous sur votre expérience marocaine ?
En un peu plus de cinq années, j’ai pu voir de nombreuses évolutions au Maroc et notamment au niveau du système bancaire. Il y a eu une période de modernisation avec l’arrivée de nombreux produits. La BMCI a d’ailleurs contribué à la mise en place d’un certain nombre d’entre eux. lI s'agit de la banque électronique ( internet, wap) et désormais du cash management (centralisation de la trésorerie d’entreprises qui évoluent au sein d’un même groupe). Mais il y a eu également les crédits à taux variables, à échéances variables, etc. Tous ces produits n’existaient pas au Maroc en 1998 quand je suis arrivé. La concurrence a également beaucoup évolué et le consommateur a pleinement profité de cette concurrence. En effet, les taux d’intérêt ont également connu une baisse appréciable au cours de cette période. On peut le constater notamment au niveau de ce qui est proposé aux particuliers comme le crédit immobilier dont les taux ont pratiquement été divisés par deux.

Et sur le plan économique et financier, quelles sont les évolutions marquantes que vous avez suivies au cours de ces cinq ans ?
Il y a trois choses à mentionner. La première, c’est le contexte macroéconomique qui s’est amélioré. Le taux d’inflation est moindre qu’il y a cinq ans, la situation budgétaire, nonobstant les recettes exceptionnelles, s’est également améliorée et tout ceci a poussé à la baisse des taux d’intérêt.
Le second facteur s’exprime par la une vraie concurrence qui s’est développée entre les banques de la place. Elle était beaucoup moins forte il y a cinq ans où elle s’exprimait surtout sur le marché des grandes entreprises, mais pas vraiment sur celui des PME ou des particuliers.
Enfin, le troisième facteur s’exprime à travers la modernisation du système qui s’est notamment traduite par l’innovation financière permettant aujourd’hui de proposer aux consommateurs des produits correspondant mieux à leurs besoins.
 
Cette modernisation du système bancaire national a-t-elle été la conséquence de l’arrivée des banques étrangères au Maroc ou bien cette évolution était-elle inéluctable ?
Je crois qu’il s’agit d’un effort d’ensemble, mais les banques étrangères ont pu y contribuer en introduisant, sans doute avant les autres, des produits un peu plus sophistiqués ou plus innovants. Cela n’était pas difficile pour elles puisqu’il leur suffisait de les importer d’Europe. Mais cela a accéléré les choses et permis une concurrence plus forte.

Le phénomène de concentration bancaire que vit le système bancaire marocain contribuera-t-il à cette modernisation ?
Effectivement, on constate, que le Maroc est concerné par le phénomène de concentration bancaire qui a touché et touche encore d’autres pays de par le monde. Au cours des dernières années plusieurs institutions ont été rachetées, comme la filiale locale de la BBVA, la SMDC, ABM Amro, sans parler de la BNDE qui est un cas différent. Aujourd’hui, et encore plus depuis le rachat de la structure de contrôle de la Wafabank par la BCM, le système se caractérise par des institutions plus fortes, ce qui est absolument nécessaire dans un contexte général de déréglementation financière. Cette évolution, d’ailleurs, se poursuivra au niveau de la libéralisation du secteur financier, et l'introduction de nouvelles mesures, comme cela a été le cas pour le marché des changes. Cela impliquera à la fois un progrès pour le consommateur qui profitera des innovations introduites, mais aussi de nouveaux risques pour les banques qui devront être suffisamment solides pour y faire face. Et le système financier marocain, du fait des concentrations qui se sont produites au cours de la dernière période, a montré une certaine solidité, laquelle également est aussi le résultat de l’attention de la Banque Centrale qui s’est accrue dans la période évoquée, comme le montre le renforcement des mesures prudentielles.
Ce mouvement d’ailleurs se poursuivra du fait de "Bâle II" qui préconise des mesures et des ratios encore plus stricts.

En tant que représentant d’une grande banque étrangère, BNP Paribas, pensez-vous que les mesures prudentielles imposées par Bank Al-Maghrib sont suffisantes ou croyez-vous qu’une approche du type " Bâle  II " soit nécessaire ?
Aujourd’hui, avec les dernières règles qui sont sorties il y a quelques mois sous l’autorité de la Banque Centrale, le système est au niveau, même si certaines banques n’ont pas encore adopté toutes les mesures, sachant que les délais impartis pour cela ne sont pas clos.

Dans ce cas, que pensez-vous de certaines études et observations d’agences internationales de notation qui énoncent que plusieurs de nos banques ont des portefeuilles défaillants dans des proportions supérieures à 25% ?
Les banques privées ont, me semblent-ils, des portefeuilles plutôt sains et ces remarques concernent surtout des établissements que tout le monde connaît et qui ont connu certains problèmes au cours des années passées. Mais il est vrai qu’aujourd’hui au Maroc, d’une façon globale, il y a plus de créances compromises qu’en Europe parce que la situation économique n’est pas la même. Mais cela n’est pas comparable à la situation que j’évoquais tout juste avant et qui concerne des banques publiques comme la BNDE et le CIH, lesquelles ont vécu d’importants problèmes de gestion dans le passé, ce qui a induit un phénomène conséquent de créances compromises.

Comment qualifiez-vous l’évolution du système bancaire marocain au cours de la décennie écoulée. Croyez-vous que le rythme en a été assez soutenu ou est-ce le contraire qui s’est  produit ?
Il est vrai que la mutation du système a été enclenchée à la fin des années 80 et cela s’est matérialisée au début de la décennie 90. Mais il y a eu une incontestable accélération au cours des dernières années parce que le contexte économique et politique a lui-même changé, à la lumière, notamment, de l’accord avec l’UE, mais aussi parce que les banques ont innové beaucoup plus rapidement qu’au cours des années précédentes, dans un contexte macroéconomique plus ouvert à la concurrence.

Entretien réalisé par
Afifa Dassouli



 

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