Khalid Oudghiri, le Président Directeur Général de la BCM aura finalement son "Champion National" de la banque et de la finance en un temps record. Pour y arriver, la croissance externe a été privilégiée en ce sens qu'elle permet à la BCM d'accroître de manière significative leurs parts de marché, tout en bénéficiant des économies d'échelle. C'est dans ce cadre que s'inscrit l'acquisition par la première banque privée du Royaume de 100 % du capital d'OGM (Omnium de Gestion Marocain) appartenant à SOPAR et qui contrôle 70,50% de Wafa Assurance, laquelle est actionnaire à hauteur de 20,84% de la Wafabank, et 100% de Wafa Corp, qui détient 15,54% de Wafabank, lui assurant déjà le contrôle de 36,4% du capital de Wafabank et autant de droit de vote de ladite banque. Le montant de la transaction a été de 2 081,5 millions de dirhams. Ainsi, M. Oudghiri met en place les jalons de un "Champion Marocain" des services bancaires et financiers. En effet, la nouvelle entité qui résultera de ce rapprochement entre la BCM et la Wafabank deviendra tout simplement le premier pôle bancaire du Royaume, détrônant ainsi le Groupe Banques Populaires. Le nouvel ensemble sera le premier pôle bancaire du Maghreb et la huitième banque africaine derrière six banques sud-africaines et une banque égyptienne, d'après les sources d'Euromoney et selon les fonds propres 2002. En se basant sur les chiffres de 2002, l'ensemble BCM/ Wafabank disposait du premier réseau bancaire avec 460 agences et des dépôts qui se chiffraient à 71,5 milliards de dirhams. Le total bilan s'établissait à 91,4 milliards et le produit net bancaire à 4,6 milliards de dirhams. En plus, le nouvel ensemble devient leader du marché avec 30,1 % des parts de marché en terme de fonds propres et de crédits à l'économie (22,1 % des parts de marché). Au niveau des activités financières, ce rapprochement permettra à l'ensemble de consolider sa position dans un certain nombre de domaines. Ainsi, l'ensemble sera le leader au niveau du leasing, de la gestion d'actifs et de Bourse avec des parts de marché respectives de 24,4%, 33,3 % et 33,2 %.
En gros, la BCM/Wafabank sera le premier pôle bancaire et financier du Royaume. Toutefois, on n'est encore qu'au stade du début de rapprochement. Celle-ci nécessite au préalable l'accord des autorités de tutelle, notamment le Comité des Établissements de Crédit (CEC). Seulement, vu que la part de marché du nouvel ensemble ne lui permet pas d'avoir une position monopolistique pour imposer les règles du jeu et que les rapprochement entre banques marocaines sont souhaités par les autorités, on peut affirmer que l'aval du CEC ne sera au fait qu'une formalité d'usage. D'ailleurs, les partenaires du rapprochement ne semblent pas avoir d'inquiétudes sur ce point. Ainsi, un nouveau Conseil d'administration de la Wafabank sera mis en place avant la fin de l'année en cours et dès janvier 2004 un Comité de suivi du processus de rapprochement intégrant le management des deux banques sera mis en place. Il aura pour tâche de veiller au bon déroulement du processus, au respect des délais et l'adhésion collective des équipes. Un cabinet international spécialisé dans le domaine du conseil stratégique, de la gestion du changement et du rapprochement va accompagner les cadres du Comité de suivi.
Synergies
Selon le management de la BCM, d'importantes synergies seront développées entre les filiales des deux banques. Les sociétés de bourse, de crédit à la consommation, de leasing, de Corporate finance et de gestion d'actifs seront fusionnées. Selon eux, "les effets de volume, la forte complémentarité des services, des métiers et des marchés entre les deux entreprises devraient générer rapidement des revenus additionnels pour les actionnaires". Notons au passage que les deux banques ont les meilleurs ratios de productivité du secteur bancaire marocain.
Sur un autre point, et sachant que les fusions se traduisent le plus souvent par des licenciements, les dirigeants des deux groupes ont tenu à souligner "qu'aucun licenciement ou plan social ne sera programmé et que le management de Wafabank sera intégré dans le nouvel ensemble, dans le cadre d'une recherche de la meilleure adéquation postes-profils". Une nouvelle qui pourra calmer les salariés des deux groupes qui commencent à se poser des questions sur leur avenir.
Reste que le gros du travail concerne bien évidemment l'acquisition des actions non encore détenues par la BCM au sein de la Wafabank. Pour acquérir ces actions, la BCM lancera une offre publique portant sur 100 % du capital de Wafabank après la publication des comptes annuels en mars 2003. Cette OPA sera financée en partie en fonds propres, et le reste sera acquis en fonction des accords à passer avec les actionnaires minoritaires. Dans ce cadre, on parle d'une éventuelle prise de participation minoritaire des actionnaires de SOPAR au sein du nouvel ensemble. L'OPA en cash et/ou en titres bénéficiera d'une prime de l'ordre de 15 % par rapport à la moyenne des cours de bourse de Wafabank sur une période significative avant l'acquisition du 24 novembre 2003. A ce niveau, c'est le comportement du Crédit Lyonnais qui risque de peser un peu sur l'opération. Deux choix s'offrent à la banque française: soit elle opte pour une entrée dans le capital de la BCM, soit elle choisit un décroisement en cédant ses participations dans Wafabank et ses filiales contre la participation de Wafabank dans le Crédit du Maroc. Des opérations que les autorités de tutelle suivront avec beaucoup d'attention.
En attendant, le management de la BCM/Wafabank compte faire du nouvel ensemble un acteur majeur du développement socio-économique marocain qui s'engage à mettre en place des fonds d'investissement multi-sectoriels, accompagner les PME/PMI dans le cadre de leur mise à niveau, œuvrer pour la bancarisation du pays et favoriser l'émergence de groupes nationaux leaders.
Enfin, notons qu'outre le système bancaire, l'acquisition de 70,50 % de Wafa Assurance se traduira par un bouleversement au niveau du secteur des assurances où le groupe ONA, premier actionnaire de la BCM, contrôle également 49 % du capital d'Axa Assurance Maroc. En somme, la véritable recomposition du paysage financier marocain semble enclenchée.
Moussa Diop