BNDE, démantèlement ou redéploiement ?
Entretien avec M. Ali Harraj, Directeur général de la BNDE
La Nouvelle Tribune : Comment se passe actuellement la transformation de la BNDE, devenue désormais filiale de la CDG et destinée à investir le créneau de banque d’affaires ?

M. Ali Harraj : En effet, le plan de redéploiement de la BNDE est toujours en exécution. Je vous rappelle qu’il s’articule autour de deux axes principaux. Le premier concerne le transfert de l’activité de banque commerciale vers le Crédit Agricole ; le second vise la transformation de la BNDE en une banque d’affaires adossée à la Caisse de Dépôt et de Gestion. Nous travaillons depuis le début de la mise en œuvre de ce plan, en avril 2003, dans cette optique. Dans ce cadre, un certain nombre d’actions ont été réalisées. Il s’agit de la cession de la BMAO, siège et filiales, avec le transfert de la gestion en juillet dernier à la CNCA et de la préparation, déjà entamée, du transfert des agences de la BNDE vers le Crédit Agricole. Cette opération, qui se fera agence par agence, est plus difficile à réaliser et s’étendra jusqu’au second trimestre 2004.
Mais encore ? Quel est le processus à suivre jusqu’au bout pour transformer la BNDE en banque d’affaires de la CDG ?
Dans le cadre de la transformation de la BNDE en banque d’affaires, il s’agit aussi de défaire cette banque d’un certain nombre d’activités qui, par définition, deviennent étrangères à ce type d’établissement bancaire. La BMAO en fait partie, ainsi que le réseau d’agences, mais aussi le portefeuille de participations non stratégiques, comme la Limadet, vendue à la COMANAV.
La cession d’autres participations telles que Maroc Leasing a été faite au profit de la CDG qui veut se renforcer dans le secteur du financement. Outre les actions cotées qui ne posent pas de problème, comme notre participation dans Cimar ou Carnaud, la BNDE détient des participations non cotées qui sont d’excellentes affaires. Nous avons d’ailleurs approché des banques, publiques et privées, qui ont montré de l’intérêt pour plusieurs éléments de notre portefeuille.
Nous avons même des accords de principe pour la cession d’un certain nombre d’affaires. Le principe étant de réaliser le portefeuille de participations de la banque avec le maximum de plus-values pour alléger nos pertes. Par exemple, nous venons de céder le holding de participations FIPAR à la Caisse, avec une plus-value et plusieurs autres participations à divers organismes ou institutionnels, publics ou privés.
De la même manière, nous envisageons de céder les actifs immobiliers afin d’alléger le coût de l’opération de transformation de la BNDE en banque d’affaires.
Certes, il y a ceux qui sont matérialisés par nos agences et qui partiront avec elles dans le giron du Crédit Agricole, mais les autres seront mis en vente dans le cadre d’appels d’offres ou de consultations restreintes, comme pour les unités hôtelières par exemple.
Qu’en est-il des créances de la BNDE ?
Les opérations de crédit sont naturellement tout à fait étrangères à notre activité future de banques d’affaires. Aussi, une partie des créances que nous détenons sur la clientèle est-elle destinée à être transférée avec le réseau d’agences BNDE au Crédit Agricole étant donné qu’il s’agit de créances sur la clientèle de telle ou telle agence.
Les autres, celles qui ne sont pas rattachées à des clients d’agences BNDE , mais qui relevaient de la mission «investissement» autrefois dévolue à cette institution, matérialisées par des crédits accordés à des investisseurs et directement gérés par le siège, seront cédées au cas par cas.
Il restera le portefeuille de créances en souffrance qui est assez lourd. Il est prévu, dans l’optique de la transformation en banque d’affaires, de créer une structure de défaisance pour les créances contentieuses qui pourrait prendre la forme d’une filiale de la BNDE ou bien de les externaliser au niveau d’un cabinet juridique ou d’une société de recouvrement.
Avez-vous procédé à une évaluation de vos actifs tant financiers qu’immobiliers ? Combien comptez-vous en retirer ?
Bien sûr nous avons procédé à des évaluations plus ou moins fines. Nous devrions sur cette base dégager une plus-value intéressante, de l’ordre de 500 millions de dirhams, alors que sur l’immobilier, globalement, il n’y aura pas beaucoup de plus-values. D’ailleurs, la réalisation de l’actif et du portefeuille ne permettra pas de combler les dettes. Il subsistera une importante insuffisance de l’actif net par rapport aux dettes de la BNDE qui devra être comblée à terme.
Comment ?
La BNDE réunira en décembre prochain une assemblée générale extraordinaire pour approuver une double opération de capital qui consistera dans un premier temps à réaliser une réduction de capital, d’un montant de 600 millions de dirhams pour éponger une partie des pertes de la banque. Elle sera suivie d’une augmentation de capital de 300 millions, ce qui permettra d’assainir partiellement la situation à fin 2001.
Cette double opération constitue ainsi la première étape d’un assainissement progressif, matérialisé par ce qui est convenu d’appeler une « opération de capital en accordéon », et décomposée en plusieurs opérations d’augmentation du capital successives jusqu’au remboursement total des dettes de la BNDE.
Le Trésor, en tant que second actionnaire de la BNDE avec 34 % du capital, est-il partie prenante de ce programme et mettra-t-il, en conséquence, la main à la poche?
Bien évidemment, le Trésor contribue au coût de l’opération d’assainissement de la BNDE conjointement avec la CDG qui détient 32 % du capital.
En quoi tout cela traduit un redéploiement de la BNDE en banque d’affaires de la CDG ?
Il s’agit d’une restructuration dans le cadre global d’une nouvelle philosophie de partages des tâches et responsabilités. L’esprit est donc de prendre toutes les activités de banque d’affaires qui existent au sein de la BNDE, d’y rajouter les activités de même nature ou complémentaires et qui sont encore disséminées au sein de la CDG et de constituer un pôle banque d’affaires comprenant un certain nombre de métiers.
Ainsi, par exemple, CD2G, qui dépend aujourd’hui de la Caisse, a récupéré les actifs autrefois gérés par une filiale de la BNDE, et sera, tout naturellement, logée au sein de la future banque d’affaires.
Enfin, où en est le plan social concernant les salariés du siège de la BNDE ?
Le plan social concerne 200 personnes dont une trentaine redéployée sera redéployée à la CDG.
À ce sujet, je tiens à préciser que la mise en œuvre du plan de redéploiement de l’effectif s’est déroulée dans de bonnes conditions et de façon réellement satisfaisante pour la centaine de salariés qui a déjà quitté la banque. Cent autres partiront au fur et à mesure que les personnes employées au back office seront libérées, c’est-à-dire en fonction du rythme de transfert du réseau d’agences BNDE et du portefeuille de crédits.
En conclusion ?
Nous avons, à ce jour, engagé le plus gros, c’est-à-dire le rachat de la dette, le plan social, la réalisation des actifs et des participations. Tous ces chantiers sont bien avancés à la satisfaction de toutes les parties et nous comptons les mener à bout à la fin du premier semestre 2004.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli