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La CDG sortira-t-elle Sofac Crédit de l’ornière ? Une augmentation de capital de 100 MDh est en cours

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Publier le : November 13, 2003

Deux événements marquants sont en cours à la Bourse des Valeurs de Casablanca. Il s’agit de l’OPA de Longométal dans l’objectif de son retrait de la cote et l’augmentation de capital de Sofac Crédit pour un montant de 100 millions de dirhams. Il faut reconnaître que si le sort de Longométal a été décidé par le Groupe Siger, le devenir de Sofac sera plutôt conditionné par le redressement de sa situation financière, mais aussi commerciale et organisationnelle. 
Ceci étant précisé, les modalités de l’opération Sofac se résument comme suit : Il s’agit d’une augmentation de capital de 100 millions de dirhams par souscription de 666 664 actions au prix unitaire de 150 dirhams, soit une prime d’émission de 50 dirhams. La période de souscription s’étend du 3 au 25 novembre 2003. L’opération est, bien sûr, réservée aux actionnaires actuels, c’est-à-dire à la CDG (46,60 % du capital actuel), Interfina (19 %), la RMA (16%), la SOMACA (5% ) et les petits porteurs (3,89 %).
Cette opération d’augmentation du capital de Sofac Crédit s’explique aisément par une analyse rétrospective de la situation financière de cette société de crédit à la consommation. En effet, entre 1997 et 1999, années fastes pour le secteur du crédit à la consommation, Sofac Crédit, s’est considérablement développée, de façon plus importante que la moyenne sectorielle, et cela dans son produit de prédilection, le crédit automobile.
Mais ce développement a été financé par des ressources payantes, notamment des émissions de BSF et l’extension de lignes bancaires, entraînant une augmentation de son levier financier que traduit par le rapport dettes sur capitaux propres. En fait, Sofac a réalisé le développement de son encours de crédits en utilisant au maximum son levier financier, laissant en parallèle stagner ses fonds propres et son ratio Cook, qui représente le rapport des fonds propres sur l’encours, se détériorer. C’est ainsi qu’à la fin 2002, Sofac Crédit s’est trouvée avec un ratio Cook de 8,9, soit un niveau proche du seuil de 8 % prescrit Bank Al-Maghrib. Comparativement aux sociétés saines du secteur, Sofac devrait avoir un ratio Cook se situant autour de 11, sachant que celui d’Eqdom, par exemple, est à 24.
Ainsi, la situation de Sofac, appréhendée à fin 2002 nécessite absolument un renforcement de ses fonds propres, d’autant que l’application des nouvelles circulaires de l’autorité de tutelle, BAM, implique la mise en conformité de toutes les sociétés du secteur avec les nouvelles normes le 31 décembre 2004 au plus tard.
L’adoption des dispositions de la circulaire de BAM met en exergue au 30 juin 2003 un déficit de provisionnement de 122,7 MDh. Sofac se trouve donc dans une situation objective d’étranglement, ce qui explique la décision urgente de procéder à une augmentation de son capital, pour un montant de 100 MDH en 2003.
D’ailleurs, sa situation financière est d’autant plus fragilisée qu’à fin 2002, le report à nouveau déficitaire a fait fondre les fonds propres de 170 MDH à 140 MDH et qu’il est prévu pour 2003, une perte de 60 MDH, ce qui abaissera ces fonds propres de 140 MDH à 80 MDH.
On se demande donc pourquoi le Conseil d’Administration de cette société de crédit a tant attendu avant de prendre la décision de renforcer les fonds propres de Sofac.
 A-t-il attendu d’être acculé à le faire du fait des dernières prescriptions réglementaires et la fixation de délais impératifs pour leur application ?
Cette situation, connue depuis deux ans, est sans doute la résultante de la division qui règne au sein d’un conseil composé de deux actionnaires qui ont deux stratégies radicalement différentes, lesquelles ont dû jouer contre les intérêts de la société.
D’ailleurs, au moment où se déroule la période de souscription à l’augmentation du capital de Sofac se pose la question de l’attitude qu’adopteront deux actionnaires importants que sont Interfina et la RMA.
Certes, tous deux ont voté lors de l’assemblée générale extraordinaire en faveur de l’augmentation du capital de Sofac Crédit, mais leur vote ne les engage pas obligatoirement à suivre l’opération. Ce geste a pour signification qu’ils reconnaissent, en tant qu’actionnaires, la nécessité d’une injection de fonds pour l’équilibre de cette société, mais la décision de suivre ou pas l’opération revient aux comités de placement et d’investissement de la compagnie d’assurances et du fonds de participations, lesquels ont jusqu’au 25 novembre pour se prononcer. À  la précision près que ce type de décision se base sur l’opportunité de placement et non pas sur l’intérêt de l’opération…
À ce titre donc, la RMA et Interfina pourraient refuser de suivre l’augmentation de capital de Sofac, avalisant par la même occasion une dilution de capital en leur défaveur, ce qui renforcerait la position de la CDG, en portant sa participation à un niveau supérieur à 67 % du capital, ce qui lui donnerait ainsi la majorité absolue.
En effet, la CDG et ses filiales, qui détenaient autour de 35 % du capital de Sofac au moment de sa privatisation, ont renforcé leurs positions à 46,6 % en rachetant la participation de la CIMR et en ramassant sur le marché, alors qu’Interfina et la RMA détiennent respectivement 18,86 % et 16 % du capital de la société de crédit soit 34,86 %, après avoir acquis, elles aussi, les parts de la CNIA. Il faut rappeler à ce sujet qu’il a été question dans un passé pas très lointain d’un renversement de majorité en faveur de ces deux derniers actionnaires, ce qui aurait permis ainsi le rapprochement de Sofac Crédit et du Groupe BMCE.
On n’oubliera pas également que Sofac Crédit a été privatisée par des institutionnels avant que ces derniers ne cèdent récemment une partie de leurs participations à la CDG, faisant de cette dernière l’actionnaire de référence avec plus de la moitié du capital.
On se demandera donc si la CDG, aujourd’hui en charge de la gestion de Sofac, pourra entreprendre avec succès une stratégie de diversification, de mise à niveau informatique, et de mise à niveau du système de scoring, toute une restructuration donc en profondeur dont le coût est évalué à 15 millions de dirhams pour sauver Sofac Crédit.
Sur ce point, un sérieux doute persiste dans l’esprit des analystes basé sur le fait que le crédit à la consommation est aujourd’hui fortement interpellé par l’arrivée au Maroc de spécialistes comme Franfinance, filiale du Groupe français Société Générale qui a pris une participation dans Eqdom, de concert avec la SGMB.
De plus, nombre de spécialistes du secteur estiment qu’une meilleure distribution de crédits implique pour les sociétés de financement de s’adosser à un réseau bancaire, alors que la création leurs propres agences leur demanderait des moyens financiers conséquents.
Quels sont donc les objectifs finaux de la CDG quand elle s’engage à assainir une entreprise comme la Sofac, au portefeuille en souffrance et au ratio de solvabilité en dessous des normes de Bank Al-Maghrib ?
Au-delà de l’assainissement de Sofac, dont elle est responsable du fait de sa participation majoritaire, son intention ne serait-elle pas de la céder ou de trouver un partenaire stratégique ?
 Ainsi, au minimum, la Caisse de Dépôt et de Gestion devrait prévoir de marier sa filiale du crédit à la consommation à un partenaire sérieux et performant, sachant que l’option la plus satisfaisante serait incontestablement de la céder à une banque de la place pour l’adosser à un réseau déjà bien développé.

Afifa Dassouli



 

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