Face à la persistance de la surliquidité du système bancaire, Bank Al-Maghrib vient de sortir de sa manche un nouveau instrument de régulation du marché monétaire, le Swap de change. Il s'agit d'une opération qui lui permet d'acheter ou de vendre du dirham au comptant contre devise et, simultanément, de le revendre ou le racheter à terme, à une date et à un taux de change prédéterminés. Ce dispositif qui s'effectue par voie d'appel d'offres ou par recours aux procédures bilatérales, est limité aux banques intermédiaires agrées.
Le renforcement du dispositif de régulation du marché prouve que les instruments utilisés par la Banque Centrale n'ont pu éponger la surliquidité du marché. Notons que cet excédent tire son origine d'une multitude de facteurs favorables dont: l'encaissement du chèque d'Altadis suite à la privatisation de la Régie des Tabacs, les transferts des MRE de plus en plus conséquents, des rentrées touristiques et la baisse de la facture céréalière suite à une bonne année agricole. Ces ressources n'étant absorbées que très faiblement par les crédits à l'économie, les banques se retrouvent avec des excédents qu'elles n'arrivent pas à rémunérer convenablement du fait de la baisse des taux qu'induit cette situation. Du coup, Bank Al-Maghrib est appelée à la rescousse. Le faible impact des reprises de liquidités et des ventes en pensions de 7 jours avaient amené la gardienne de la politique monétaire à relever pour la seconde fois en moins d'une année le plafond de la réserve monétaire. Celle-ci passait ainsi de 14% à 16,5 %, faisant passer la nouvelle moyenne requise à constituer de 22 856,2 MDH à 28 271,2 MDH. Seulement, outre le fait que cette mesure réglementaire n'avait pas fait l'unanimité au sein du secteur bancaire, ses effets sont restés limités comme en témoigne la persistance de la liquidité que la Banque Centrale essaye d'enrayer à coup de reprises de liquidités. Partant, le Swap de changes intervient à point nommé. Selon un analyste de la place, "le Swap peut être un complément et/ou une alternative aux reprises de liquidités de Bank al-Maghrib". Seulement, "au lieu de donner en contrepartie des titres, l'État octroie aux établissements habilités des devises". La première opération du genre lancée par Bank Al-Maghrib le jeudi 16 octobre dernier visait un achat de dirhams pour un montant de 2 000 MDH avec l'euro comme devise objet de Swap. Bien que les taux soient alléchants, il n'y a pas eu de réponse massive des banques commerciales. Ces dernières n'ont offert que 850 MDH, contre les 2000MDH demandés. Pour une première, ce fut tout de même un succès et l'Institut d'émission s'apprête selon des sources du marché à lancer une seconde opération de Swap de changes de même montant mais d'une durée d'un mois seulement.
Faible impact sur les taux
L'intervention présente des avantages aussi bien pour Bank Al-Maghrib que les banques commerciales. Pour l'institut d'émission, cette intervention qui se traduit par l'utilisation de devises qu'elle dispose contre les dirhams lui coûte moins cher que les autres instruments d'intervention. Cet instrument est d'autant plus convenable qu'actuellement les réserves extérieures de change sont à leur plus haut niveau. Quant aux banques commerciales qui disposent de liquidités qu'elles n'arrivent pas à mieux rentabiliser et qui sont globalement à court de devises, le Swap de change devient une opportunité. Partant, l'opération se traduit par une sortie nette de dirhams du système bancaire et une injection nette d'euros.
Reste que Bank Al-Maghrib étant à sa première opération, il faudra plusieurs autres opérations de ce type pour espérer contribuer fortement à l'"assèchement" des excédents de liquidités du système, et ce d'autant que les interventions du Trésor au niveau du marché des adjudications restent marquées par des levées globalement trop faibles. Ce qui explique le faible impact des opérations sur les taux du marché. D'ailleurs le taux moyen pondéré au jour le jour s'est établi à 3,03 % contre une moyenne de 3,28 % une semaine auparavant. La baisse se justifiant par la fin de réserve obligataire excédentaire.
Toutefois, on note au niveau de la courbe des taux une certaine tension. Ainsi, lors de la dernière adjudication, les 2 et 5 ans se sont appréciés respectivement de 30 et 34 pbs (points de base) pour ressortir à 3,7 % et 4,77 %. Ce glissement vers le haut des taux risque de se poursuivre cette semaine du fait des faibles levées du Trésor de 650MDH pour des tombées atteignant 2,9 milliards de dirhams.
Moussa Diop