| | Articles » Finance | | Qui, du capital national ou étranger, achètera les 20% de BMCE Bank ? |
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Auteur : Publier le : October 2, 2003
On sait, à ce sujet que la réglementation du CDVM impose à toute société cotée de publier tant ses comptes traduisant l’information financière que toute autre information stratégique, c’est-à-dire qui touche à la structure du capital ou qui peut avoir un impact sur la vie de la société. Mais, dans le cas d’espèce, l’information a circulé avant la tenue du conseil d’administration de BMCE Bank qui devait l’officialiser. L’information en question a donc transgressé la règle de confidentialité qui s’impose pour éviter des spéculations positives ou négatives sur l’éventualité ou non de leur réalisation et leur répercussion sur le cours de l’action. Si, la négociation entre M. Othman Benjelloun, PDG de BMCE Bank, et les responsables de l’Écureuil était connue depuis plusieurs mois des milieux financiers et si nombreux étaient ceux qui étaient au courant de la volonté de la Caisse d’Épargne de procéder, pour la première fois, à une croissance externe à l’étranger, l’annonce de l’opération ne pouvait être rendue publique qu’après le conseil d’administration de la BMCE qui devait l’entériner. C’est ainsi que l’officialisation de cette offre du Groupe Caisse d’Épargne n’a été rendue publique que le lundi 29 septembre par un communiqué de BMCE Bank, excipant d’une lettre d’intention du Président de "l’Ecureuil" au PDG de BMCE Bank pour l’acquisition donc de 20 % du capital de cette banque au prix de 500 dirhams l’action. Ce communiqué a fait ainsi suite à la tenue du Conseil d’Administration de BMCE Bank qui a eu lieu le vendredi 26 septembre. La réunion, qui a regroupé dans un premier temps, l’ensemble des administrateurs, a pris connaissance de l’offre de la Caisse d’Épargne, a donné son aval pour les 20 % ainsi que pour les 2 postes d’Administrateur requis par la banque française. Une deuxième réunion, beaucoup plus restreinte, a suivi pour examiner les conditions et lignes générales du pacte d’actionnaires qui pourrait, selon des sources fiables, lier le nouvel actionnaire et certains autres dans l’optique d’une implication dans la gestion de BMCE Bank de la Caisse d’Épargne française. Ce qui dans le communiqué évoqué plus haut prend les termes de “partenariat de dimension économique, financière, et sociétale avec le Groupe Caisse d’Épargne”. Ainsi, l’opération de cession d’une part non négligeable du capital de BMCE Bank à un établissement financier étranger ne poserait donc aucun problème à la BMCE, mais, à l’instar des réglementations en vigueur dans les pays occidentaux, nécessiterait l’accord formel et préalable des autorités de tutelle du secteur bancaire national. Elle devrait émaner de Bank Al-Maghrib, à travers le Comité des Établissements de Crédit. Mais, selon une source proche de la Banque centrale, cette dernière ne verrait pas d’un bon œil une nouvelle banque marocaine tomber dans l’escarcelle de la Finance française. En effet, l’autorisation du Comité des Établissements de Crédit matérialiserait la cession des 20 % du capital de BMCE Bank, mais aussi (et surtout) l’application d’un pacte d’actionnaires impliquant L’Écureuil dans la gestion de cet établissement. L’autorité de tutelle, maître du jeu La position des autorités de tutelle serait pourtant très délicate car officiellement, il ne saurait être question d’empêcher une opération de cession de capital pour des “raisons étroitement nationalistes ” alors que le Maroc proclame urbi et orbi son esprit d’ouverture et son invitation permanente à la présence d’investisseurs étrangers pour participer au développement national. De plus, rien n’indique jusqu’à présent que l’on regrette la présence au sein du paysage financier de plusieurs importantes banques françaises qui occupent des positions majoritaires dans certains établissements locaux, tels le Crédit Lyonnais au Crédit du Maroc, BNP Paribas à la BMCI et le Groupe Société Générale à la SGMB. Mais on souligne, dans certains milieux, la volonté des autorités de tutelle d’impulser le renforcement du système bancaire à travers les établissements dont le capital serait détenu majoritairement par des nationaux, même si on se félicite par ailleurs de l’apport positif qu’a représenté l’arrivée de banques étrangères dans notre pays. Leur présence a certes permis la restructuration de leurs filiales locales et l’introduction d’une certaine concurrence et d’une nouvelle compétitivité basées sur les économies de coûts induites par l’amélioration des systèmes d’information, la création de synergies internes et l’amélioration de la relation avec les clients. On reconnaîtra également que c’est sous la pression des banques étrangères au long des cinq dernières années que certaines banques à capital majoritairement national ont été obligées de suivre la voie de la restructuration. Toutefois, les reproches à l’encontre des banques françaises installées au Maroc sont également connus. On remarque, tout d’abord, que leurs “ missionnaires ” ont pratiquement occupé tous les postes dirigeants au sein des établissements en question, contrairement à certaines promesses qui avaient été faites de privilégier l’encadrement marocain… D’autre part, la centralisation de leurs décisions d’octroi de crédit au niveau de leurs sièges parisiens, du moins pour les gros dossiers (ceux qui sont aussi les plus sensibles parce qu’impliquant d’importants clients locaux), a pu constituer parfois un frein au financement de projets industriels, froissant au passage la susceptibilité de plusieurs opérateurs de renom… Mais, surtout, on a souvent considéré qu’il ne faudrait pas attendre des banques étrangères qu’elles s’impliquent profondément dans le processus de bancarisation de certaines régions du pays, ni qu’elles seraient prêtes à prendre quelques risques pour en assurer le développement. Pour toutes ces raisons et peut être d’autres encore, il semblerait que l’autorité de tutelle pourrait refuser la cession des 20 % du capital de BMCE Bank à L’Ecureuil, au motif que le seuil de tolérance est aujourd’hui atteint en termes de présence du capital étranger dans le système financier national. Les prochains jours apporteront sans doute plus d’informations sur cette question, mais une chose est sûre, c’est que la BMCE Bank est en position officielle de cession d’une partie de son capital. Une autre chose est aussi sûre, c’est que le prix de 500 dirhams l’action sera la base de toute négociation. En effet, à ce prix, la banque est valorisée à un excellent niveau qui traduit ses acquis et ses potentialités. De plus, l’acquéreur d’aujourd’hui est une grande banque qui occupe la troisième place du système bancaire français, ce qui donne un réel poids à l’offre en question. BMCE Bank se trouve ainsi dans une situation assez confortable du fait que si son rapprochement avec l’Ecureuil est refusé, aucune opération de la même nature avec une banque marocaine ne pourra se faire à un prix inférieur à 500 dirhams, soit 25% de plus que le cours boursier actuel de la banque… Tel pourrait être le prix de la création de champions nationaux dans notre système bancaire. Afifa Dassouli
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