C’est devenu une habitude. Les encaissements des chèques tirés des grandes opérations de privatisation se traduisent inéluctablement par des surliquidités au niveau du système bancaire national, situation que Bank Al-Maghreb est appelé chaque fois à gérer avec beaucoup de doigté. La cession de 80 % de la Régie des Tabacs, opération qui a rapporté au passage 14,08 milliards de dirhams à l'État, ne pouvait constituer une exception. L'encaissement du chèque, fin juin, venu s'ajouter aux importants transferts des MRE et des entrées touristiques dans une conjoncture marquée par la baisse de la facture céréalière suite à une campagne agricole plutôt favorable, s'est traduit par une hausse significative de la surliquidité. Les faibles levées du Trésor suite à l'emprunt obligataire international et cet encaissement n'ont fait qu'aggraver la situation de surliquidité du marché. En effet, après avoir levé en moyenne mensuelle 7,2 milliards de dirhams durant les six premiers mois de l'année 2003, le recours du Trésor au marché de la dette en juillet et août s'est établi respectivement à 1,99 et 2,6 milliards de dirhams. Et ce n'est pas l'emprunt d'environ 3 milliards de dirhams d'Altadis sur le marché local qui allait enrayer les excédents bancaires.
Concurrence effrénée
Ainsi, et en l'absence de financement de projets d'investissements significatifs, les établissements bancaires ont vu leurs excédents croître de manière significative sans toutefois avoir la possibilité de les rémunérer convenablement. Une situation qui commençait à fragiliser le système bancaire national. En effet, croulant sous d'importantes ressources -253,4 milliards de dirhams à fin juin-, alors que les crédits ne suivent pas -155,2 milliards à la même période-, et face à la dégringolade des taux monétaires, les banques se sont engagées dans une concurrence effrénée sur les taux dans certaines créneaux porteurs. Ce fut le cas notamment au niveau de l'immobilier où les taux ont atteint des niveaux historiquement bas suite aux surenchères entre les différents établissements bancaires pour appâter une clientèle, notamment les Marocains résidant à l'étranger, présentant des risques moindres. De même, pour placer leurs excédents, certaines banques n'hésitaient pas à octroyer des crédits spot à des taux tournant autour du taux des avances à 5 jours de Bank Al-Maghrib. Ces comportements ont poussé à plusieurs reprise la gardienne de la politique monétaire à rappeler les établissements bancaire à la raison du fait que cette concurrence effrénée fragilisait davantage le secteur. Ceci a amené la Banque centrale à multiplier ses interventions au niveau du marché pour atténuer l'impact négatif des excédents de liquidité.
Mêmes maux, mêmes remèdes
Toutefois, ses différentes interventions n'ont pas eu d'effets escomptés et n'ont pu inverser par la même occasion la tendance baissière des taux au jour le jour. Bien au contraire. La moyenne hebdomadaire du taux moyen pondéré est passée de 2,29 % à 2,24 % alors que celle des taux de Repos est passée de 1,93 % à 1,46 %. Ces derniers sont tombés en deçà de 0,5 % au début du mois de septembre. On est loin des tensions que connaissait le marché monétaire lorsque les taux au jour le jour dépassaient 4,3 %. Cette situation a poussé Bank Al-Maghrib à intervenir énergiquement pour enrayer la surliquidité du marché et faire remonter les taux. Les mêmes maux justifiant les mêmes remèdes, l'institut d'émission a décidé, comme ce fut le cas fin décembre 2002, de relever le cœfficient de la réserve monétaire qui passe ainsi de 14 % à 16,5 %. Désormais, la moyenne arithmétique des soldes quotidiens des comptes ordinaires des banques tenus à Bank Al-Maghrib doit donc être égale au moins à 16,5 % de leurs exigibilités libellées en dirhams. Le relèvement du cœfficient de la réserve monétaire à 16,5 % implique que les établissements bancaires devraient dorénavant respecter une nouvelle moyenne requise à constituer. La réserve complémentaire née du relèvement du cœfficient permettra ainsi l'absorption des excédents bancaires, estimés quotidiennement à 4,2 milliards de dirhams. Pour les établissements bancaires qui n'arriveront pas à respecter la moyenne requise, le recours aux avances de Bank Al-Maghrib sera nécessaire. Suite à cette intervention, les taux ont remonté rapidement.
Par ailleurs, la Banque centrale a décidé parallèlement au relèvement du cœfficient de la réserve monétaire de rehausser le niveau de rémunération des avoirs des banques qui passe de 0,5 % à 0,75 % l'an. Une manière de compenser en partie le manque à gagner qu'entraîne le niveau actuel de la réserve pour les banques.
Avec cette intervention réglementaire, théoriquement, Bank Al-Maghrib devrait porter le loyer de l'argent au jour le jour au niveau de son taux directeur de 3,75 %, niveau supposé orienter le taux réel du marché et constituer la base de la courbe des taux. Ainsi, les taux des différentes maturités au niveau du marché obligataire devrait s'ajuster mécaniquement à la hausse.
Moussa Diop