Le secteur du crédit à la consommation a connu durant ces dernières années une transition un peu difficile. "L'accélération de l'érosion des marges dans un contexte de tendance baissière des taux, conjuguée à l'impératif d'assainissement des portefeuilles et au relèvement substantiel du taux de provisionnement, les sociétés de crédit à la consommation ont vu leurs résultats régresser de manière significative", soulignent les analystes de Wafa Bourse. Ainsi, durant les deux dernières années, le production du secteur du crédit à la consommation n'a enregistré qu'une croissance d'à peine un peu plus de 4 % pour s'établir à 9,1 milliards de dirhams à fin 2002 pour un encours global de 19,2 milliards de dirhams. A l'opposé, le crédit-bail connaît toujours un certain dynamisme profitant notamment des besoins d'investissements des PME/PMI en liaison avec la mise à niveau du tissu économique dictée par le démantèlement douanier.
Concernant l'encadrement réglementaire du secteur, "la réglementation des sociétés de financement a franchi un cap crucial à l'occasion de la publication de la circulaire n°19 de Bank Al-Maghrib relative aux normes de classification et provisionnement des créances en difficulté", souligne t-on à Wafa Bourse. Pour rappel, cette circulaire définit clairement les normes de classification et incite le secteur à y adhérer au plus tard à la fin du premier semestre 2003 avec un différé allant jusqu'à 2004 pour leur couverture en provision. Vu l'intérêt de la maîtrise des risques au niveau du secteur, deux systèmes d'aide à l'appréciation du risque (SAAR) ont été mis en place. Le premier, placé par l'APSF, permet d'apprécier le risque en amont et orienter les actions de recouvrement en aval, alors que le second, qui ressort de Bank Al-Maghrib, permet aux entreprises du secteur d'échanger des données relatives aux niveaux d'endettement des clients qui sollicitent des crédits, permettant ainsi d'éviter leur surendettement et réduisant par la même occasion les risques de défaillance.
Concentration
Pour ce qui est des perspectives de développement du secteur, "les potentialités de développement du crédit à la consommation demeurent importantes", font remarquer les analystes de la société de bourse. Toutefois, poursuivent-ils, "seules les sociétés qui ont la capacité de s'adapter au nouvel environnement, marqué par une croissance et un cadre réglementaire de plus en plus contraignant peuvent tirer leur épingle du jeu". Partant, les analystes de Wafa Bourse estiment que le nombre d'opérateurs du secteur du crédit à la consommation et du leasing devrait se réduire considérablement à la faveur du mouvement de concentration. Dans ce cadre, le rachat d'Eqdom par la Société Générale et sa fusion avec Sogécrédit sont considérés comme le début d'un vaste mouvement dont ne peuvent logiquement se soustraire à terme d'autres opérateurs.
partant du fait que les différents opérateurs ne sont pas logés dans la même enseigne, les analystes de Wafa Bourse ont procédé à l'analyse des principales entreprises du secteur afin d'établir leurs recommandations.
Perspectives bénéficiaires
Pour Acred, adossé au groupe ONA, via sa filiale Axa Assurance Maroc, qui bénéficie des conditions de refinancement favorables et qui mise sur les nouvelles technologies de l'information, traîne toutefois un taux de contentieux de 35 %, niveau jugé alarmant par les analystes de Wafa Bourse. En plus, en 2002, la société a connu une flambée des charges d'exploitation (+25 %) avec un impact négatif sur le cœfficient d'exploitation générale qui passe de 18,6 % à 23,2 %, niveau qui demeure toutefois le plus faible du secteur. Pour les années 2003 et 2004, Wafa Bourse table sur des résultats nets respectifs en régression à 1,6 MDH et 0,1 MDH. Partant, elle recommande d'alléger le titre au niveau des portefeuilles. Pour Crédor, qui occupe la troisième place en matière de production et qui dispose d'un réseau propre étendu et d'un partenariat avec Barid Al-Maghrib lui conférant une proximité forte par rapport à la clientèle, et un nouveau système d'information "e-mad" lui assurant des gains de productivité, les analystes de Wafa Bourse tablent sur une stabilisation des bénéfices de la société pour les années 2003 et 2004 suite aux importants efforts de provisionnement entrepris par la société. Ce faisant, ils recommandent de conserver le titre dans les portefeuilles. Pour Diac Salaf, la société a défini un nouveau plan stratégique et a suspendu les conventions présentant des taux d'impayés importants et a recentré ses efforts en direction du segment des fonctionnaires qui présentent un faible niveau de risque. Toutefois, la société éprouve plusieurs difficultés. Outre la problématique de réaliser une augmentation de capital vu le niveau extrêmement bas de son cours boursier par rapport à son nominal, la faible marge d'intermédiation de la société -la plus faible du secteur-, le niveau du cœfficient d'exploitation le plus élevé du secteur (72,2 % en 2002), et le retard pris en 2002 par rapport au business plan 2002-2005, etc, sont autant de facteurs défavorables. Pour les années 2003 et 2004, Wafa Bourse table sur des résultats déficitaires respectifs de -36 MDH et -38 MDH. Ainsi, ils recommandent aux investisseurs d'alléger le titre dans leurs portefeuilles. Pour ce qui est du leader du secteur, Eqdom, sa taille, son adossement à la SGMB et à son réseau bancaire, ses coûts de refinancement avantageux, son taux de provisionnement le plus élevé du secteur sont autant de facteurs favorables qui justifient la solidité des fondamentaux de la société. En plus, l'implication de Franfinance dans la gestion des dossiers et le développement du système d'information ne manqueront pas d'avoir des retombées positives sur les résultats de la société. De même, la réduction de l'effort de provisionnement devrait influencer positivement les résultats de la société. Pour 2003 et 2004, les analystes de Wafa Bourse estiment que les bénéfices de la société devraient s'établir respectivement à 108 MDH et 115 MDH. Partant, ils recommandent le titre à l'achat. Pour Sofac Crédit, la prise de contrôle de la société par la CDG et la diversification de son offre constituent ses forces. Toutefois, les faiblesses de la société demeurent nombreuses. Outre une assise financière fragile, un cœfficient d'exploitation anormalement élevé, un niveau de provisionnement jugé insuffisant, la société a connu deux exercices déficitaires. Wafa Bourse estime que ce déficit risque de s'amplifier et table pour 2003 et 2004 sur des pertes respectives de -44,5 MDH et -43,5 MDH. Ainsi, les analystes recommandent d'alléger le titre.
Au niveau du leasing, Maghrebail continue d'avoir la confiance des analystes de Wafa Bourse. Leader du secteur avec comme actionnaire de référence le groupe BMCE, Maghrebail profite des synergies avec le groupe Finance.com et dispose d'une bonne maîtrise des risques avec un taux de contentieux de seulement 5,6 %. Toutefois, les analystes de la société de bourse attirent l'attention des investisseurs sur le risque de constitution de provisions additionnelles induit par la nécessité de la société à se conformer aux nouvelles règles prudentielles de Bank Al-Maghrib. Pour 2003 et 2004, ils tablent sur des croissances bénéficiaires respectives de 9,4 % et 4,8 %. Du coup, le titre est recommandé à l'achat. Enfin, Maroc Leasing, contrôlé par la CDG et qui élabore actuellement un plan stratégique devant permettre de redémarrer l'activité sur des bases saines et maîtrisées, continue tout de même de perdre des parts de marché depuis 1998 en termes de réalisations et d'encours. En plus, les principaux indicateurs de la société sont en rouge et le taux de contentieux de la société demeure élevé. Le taux de provisionnement qui ressort à 57,4 % est jugé extrêmement faible au regard de la nouvelle circulaire de Bank Al-Maghrib. Pour ce qui est des résultats attendus pour 2003 et 2004, Wafa Bourse table sur des replis respectifs de -24,2 MDH et -23,7 MDH. Partant, elle recommande d'alléger le titre au niveau des portefeuilles.
MD