De plus, cette société a été transformée de Sarl en Société Anonyme avec Directoire et Conseil de surveillance, lequel est constitué des plus hauts dirigeants d’Accor international dont son Vice-Président et fondateur du Groupe, M. Pélisson. Aujourd’hui, le groupe Accor détient 45 % du capital de la société Risma pour un montant levé de près de 500 millions de dirhams qui correspondent au capital de la société.
Un partenariat équilibré et innovant
Le Groupe Accor s’est engagé à financer tous ses projets au Maroc par l’intermédiaire de ce fonds d’investissement et en contrepartie, les actionnaires ont accepté que les hôtels appartenant à Risma soient gérés par Accor Gestion Maroc, le représentant local du Groupe Accor international.
Enfin, pour plus de transparence et pour permettre une vraie convergence entre les intérêts des investisseurs et ceux du groupe Accor, Risma détient 25 % du capital de la société de gestion susnommée.
Exécutant un modèle d’orthodoxie financière, Risma a adopté une structure de financement visant un taux d’endettement (dettes/fonds propres) inférieur à 1. L’endettement s’élève ainsi au 30 juin 2003 à 429 millions de dirhams et se décompose en 180 MDH d’émissions obligataires et le reste en emprunts bancaires à moyen terme.
C’est donc sur cette base de financement des projets Accor que Risma vient de lancer une nouvelle formule de financement qui consiste en l’émission d’obligations remboursables en actions, ORA. Les ORA qui, juridiquement, se rapportent à des obligations, ont la particularité de se rattacher comptablement à la classe des actions et constituent des quasi-fonds propres pour Risma.
Le programme d’investissements de développement du parc hôtelier de Risma court sur la période 2003-2007 et se monte à 942 MDh. La première tranche, à exécuter en 2003-2004, s’élève à 509 millions de dirhams environ. Elle devra répondre aux conditions de financement énoncées plus haut, soit 50 % en capital et 50 % par endettement.
Dans un premier temps donc, Risma a lancé un programme d’ORA pour réunir le montant qui représente la partie en capital, sachant qu’il lui faudra dans un second temps, s’endetter pour sécuriser le financement sur deux ans.
Des contraintes de marché
Certes, Risma aurait pu s’engager dans une augmentation de capital, mais, dans la conjoncture actuelle, le marché financier n’est pas favorable à des émissions d’actions ou à des introductions en bourse et c’est pourquoi la société a opté pour la structuration d’un produit plus attractif que les actions. Cela, d’autant qu’engagée dans une phase d’investissements, elle se trouve dans une situation déficitaire de plus de près de 55 millions de dirhams pour l’année 2002, du fait du poids des amortissements comptables et des charges financières. Risma ne peut donc, à court terme, servir de dividendes à ses actionnaires.
En effet, elle appartient à cette catégorie de sociétés qui sont obligées pour leur développement de procéder à des investissements particulièrement lourds dont les rendements s’envisagent sur le moyen, voire le long terme.
En ce sens, Risma est comparable à Méditel par exemple qui a dû dans un premier temps investir lourdement pour construire son réseau au Maroc avant d’acquérir progressivement sa clientèle, source de chiffre d’affaires. Or, des investisseurs comme les compagnies d’assurances et les caisses de retraite se trouvent dans une situation où il leur faut du rendement immédiat pour servir, entre autres, les produits d’assurance Vie. En conséquence, le conseiller financier de Risma, CFG Conseil, assisté de Price Waterhouse en tant que conseiller juridique, a élaboré un nouveau produit de placement financier, l’ORA (obligation remboursable en actions) parfaitement adapté aux contraintes actuellement dictées par le marché.
L’ORA et ses atouts
Il s’agit d’une obligation remboursable à une certaine maturité, uniquement en actions. Donc, par définition, c’est une émission d’actions nouvelles différées, ou une augmentation de capital différée, qui permet pendant la période où la société fait des pertes de servir aux investisseurs un coupon comme pour les obligations et, au-delà du remboursement en actions qui devrait correspondre à une période plus faste de réalisation de bénéfices par la société, de distribuer des dividendes. Les souscripteurs signent un contrat qui les engage à souscrire l’augmentation de capital future. Naturellement donc, l’émission d’ORA qui sera lancée vers la mi-octobre par Risma s’adresse en premier à ses actionnaires actuels sauf que ceux-ci peuvent vendre leurs droits de souscriptions préférentiels à d’autres investisseurs institutionnels.
Ce placement n’en reste pas moins restreint et exclut le grand public.
Un vide juridique
Les ORA ne sont pas réglementés au Maroc et donc ne sont pas prévues par la loi 17/95 sur les sociétés anonymes. Par contre, elles sont très pratiquées en France dans des situations spécifiques en tant que produits hybrides tirant leurs avantages des émissions d’obligations et d’actions.
Il a donc fallu recourir à l’aide de juristes pour la conception d’un tel produit, et la structuration de l’opération pour qu’elle ne soit pas en violation avec la loi et qu’elle en respecte l’esprit. Les conseillers de CFG Group et Price Waterhouse ont ainsi réellement innové en proposant un produit qui permet de se financer dans la conjoncture actuelle du marché qui privilégie un rendement immédiat. En effet, ces produits devraient faciliter l’accès par les entreprises à des investisseurs pour les suivre dans le financement de leurs projets. Ils sont également très adaptés au financement des travaux d’infrastructure à rentabilité différée qui constituent aujourd’hui le fer de lance de l’économie marocaine.
Pour toutes ces raisons, sur proposition du CDVM, le ministère de l’Industrie devrait s’appuyer sur cette première opération d’émission d’ORA par Risma pour réglementer ce type de financements dans les meilleurs délais.
Pour la réalisation de cette opération, Risma et ses conseillers souhaitent être à l’écoute du marché avant de finaliser la structuration définitive de l’opération. Ainsi, la société a obtenu un visa préliminaire du CDVM qui lui permet d’entamer les discussions avec les investisseurs. Cette note contient une présentation complète de l’activité de la société et de ses comptes, de la nature de l’opération, mais ne contient pas le prix de souscription, le coupon servi, ni le prix du droit de souscription. Ces trois éléments seront fixés en octobre par une Assemblée Générale sur proposition du Directoire sur la base du son de cloche des investisseurs consultés. Un visa définit devrait alors être émis par le CDVM.
Ainsi, le Groupe Accor, opérateur majeur du tourisme dans notre pays, tient ses engagements d’investissements au-delà de ses promesses initiales puisque le montant des capitaux qu’il a engagés est aujourd’hui de 25 millions de dollars au lieu des 10 millions de dollars prévus au départ.
Afifa Dassouli