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La Bourse est repartie, mais le rebond sera-t-il durable ?

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Publier le : September 11, 2003

Toutefois, si les rendements obligataires s’amenuisent du fait de la tendance baissière des taux d’intérêt, le marché boursier, lui, connaît une hausse de ses indices depuis plus d’un an. D’ailleurs, celle-ci s’est accélérée brutalement ces derniers mois, portant l’évolution des indices MASI et MADEX depuis janvier 2003, à + 28,65 % et + 26,22 % respectivement, (données du début de la présente semaine). Mais, au-delà de ce constat et parce que la crise boursière a duré quatre longues années, il convient de s’interroger sur la pertinence et la pérennité de ce retournement de tendance sur le marché actions.

Le pourquoi du comment

L’une des premières questions à poser se rapporte aux instigateurs de ce phénomène haussier. Qui est de retour à la Bourse des valeurs de Casablanca et quel poids ont ces acteurs pour assurer le redressement boursier à moyen terme ? Il semblerait que ce sont les personnes physiques qui interviennent suivant la vague du marché avec les moyens limités qui les caractérisent. Ce sont donc ces personnes physiques qui ont contribué à la formation graduelle de la nouvelle bulle financière qui ne cesse de gonfler à la Bourse. Mais leur comportement n’est cependant pas absurde car le rebond technique auquel ils contribuent est qualifié par les analystes de " fondamental " parce qu’il est parti d’un très bas niveau de valorisation des valeurs cotées, souvent inférieur à leur valeur comptable. Les cours boursiers ne révélaient alors ni les bénéfices potentiels des sociétés cotées, ni même ceux qu’elles réalisaient.
En effet, nombre de ces dernières réalisaient de la valeur ajoutée, affichant des résultats appréciables. Elles distribuaient des dividendes élevés qui donnaient des " dividend yields " (ou taux de rendement) supérieurs à l’obligataire, et pour certaines distribuaient même des dividendes exceptionnels.
Les personnes physiques, en revenant à la Bourse, ne font donc pas des placements spéculatifs, mais leurs interventions ne pourront assurer un redressement structurel de ce marché.
C’est donc au niveau du comportement des institutionnels que les interrogations sont les plus pressantes, sachant que ceux-ci ne peuvent être assimilés aux personnes physiques.
On constatera, à ce sujet, que les compagnies d’assurances sont certainement les plus réticentes aux placements boursiers. D’abord, elles sont déjà très exposées aux actions dont une partie est stratégique, et doivent plutôt équilibrer leur portefeuille en obligations pour diversifier leurs actifs. Mais, surtout, elles sont soumises à une contrainte qui ne leur en donne pas le choix. En effet, le taux minimum garanti annuel de 3,25 % imposé aux compagnies d’assurances pour la rémunération des produits de retraites par capitalisation, les dissuade de toute prise de risque non contrôlé. Et pour servir un tel taux, il faut qu’elles dégagent des rendements bruts qui lui seraient supérieurs de 1,5 % à 2%, compte tenu de leurs frais de gestion.
Les OPCVM, quant à eux, ne sont que des institutionnels par procuration de personnes physiques, épargnants moyens, dont ils suivent les choix de placements. Actuellement d’ailleurs, ils ne se repositionnent pas vraiment sur les SICAV actions. Par contre, les autres institutionnels que sont les caisses de retraite et la CDG n’ont pas les mêmes contraintes et peuvent afficher des rendements variables.
Mais seule la CIMR, en tant que caisse de retraite privée, peut librement opérer des arbitrages entre les actions et les obligations, contrairement à ses homologues étatiques, tels la CMR et le RCAR dont les placements sont encadrés par la loi qui leur impose d’orienter 8 0% de leurs fonds vers les émissions du Trésor.
Enfin, les fonds de la CNSS sont gérés par la CDG. Celle-ci joue un rôle important à la Bourse de Casablanca par ses interventions quasi permanentes tant à la hausse qu’à la baisse.

Une démarche à encourager

Ainsi, en l’absence de l’intervention de l’ensemble des institutionnels sur tous les compartiments du marché financier et à la Bourse en particulier, aucune reprise à moyen terme n’est envisageable. Par leurs interventions isolées, les différents acteurs de ce marché n’impactent le marché que de façon conjoncturelle exclusivement. Ce qui est encore plus valable pour les particuliers dont les moyens sont limités. Mais l’absence d’intervention boursière des institutionnels locaux, expliquée par les raisons évoquées ci-dessus est relativisée par un phénomène récent. En effet, il semblerait que des investisseurs internationaux en portefeuille soient de retour dans notre pays depuis plus d’un an. Aucune statistique n’est fournie par la Bourse sur cette catégorie d’investisseurs, mais la reprise du marché boursier serait parfaitement justifiée par cette information, les fonds étrangers venant appuyer les interventions des épargnants nationaux et de la CDG.
Ceci étant, la Bourse de Casablanca est un marché dont le temps de réaction reste lent même si son fonctionnement est efficient. C’est ainsi que les personnes physiques qui achètent aujourd’hui des actions en bourse auraient vraiment gagné à le faire, il y a plus de deux ans. D’autre part, la reprise du marché, si elle avoisine les 30 % depuis le début de l’année, ne signifie pas  arithmétiquement une absorption, puisque depuis septembre 1998, la baisse des cours a été supérieure à 50 %. Car pour rattraper 1 point de baisse, il faut une hausse de 2points, soit le double.
Pourtant, sachant que la hausse boursière est un phénomène attractif pour les investisseurs, il est certain qu’il faut essayer de capitaliser sur ce processus et que tous les intervenants y mettent du leur.
C’est ainsi que les compagnies d’assurances pourraient faire des allocations tactiques en marge de leurs portefeuilles pour les réajuster, ce qui les ramènerait petit à petit à la bourse. De même que les émetteurs, ainsi incités à faire une meilleure évaluation de leur entreprises, s’introduiraient plus facilement en bourse. Enfin, les privatisations seraient un moyen d’importance pour accompagner la reprise du marché. Elle pourrait ainsi s’appuyer sur la cession de la BCP en octobre, puis d’une partie du capital de Maroc Telecom qu’il faudrait d’ailleurs coter en plusieurs fois, et enfin de la Régie des Tabacs, ce qui serait, pour le moins un programme tout à fait rassurant.
Mais s’il n’en était rien, la reprise boursière risquerait d’être passagère, sans avoir été  conjoncturelle.

Afifa Dassouli



 

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