Auteur : Entretien réalisé par Afifa Dassouli
Selon les derniers chiffres de l’évolution des crédits à la consommation, la part des banques est devenue prépondérante et en régulière augmentation. En effet, au terme du premier trimestre 2008, elle est passée de 39% à 43 % par rapport au dernier trimestre 2007. En l’espace de trois mois, les crédits bancaires à la consommation ont augmenté de 4%, mais surtout leur part qui se limitait à moins de 20% de l’encours total des crédits à la consommation, il y a deux ans, atteint près de la moitié du total. Ainsi, le montant des crédits à la consommation accordés aux particuliers par les établissements bancaires s’établit à 20,9 milliards de dirhams tandis que ceux accordés par l’ensemble des sociétés de crédit atteignent tout juste 27,8 milliards de dirhams. Cette évolution est dangereuse dans la mesure où la perte de parts de marché par les sociétés de crédits à la consommation accroît chez elles le risque d’entreprise lié à nombre de facteurs dont les coûts de production. Ce risque d’entreprise pourrait bien se transformer en risque systémique sachant que la quasi totalité des sources de financements des sociétés de crédit à la consommation émane des banques. Or,l’autorité de tutelle des deux secteurs du crédit à la consommation et bancaire, la Banque Centrale, n’intervient pas pour faire cesser cette bataille sur le crédit à la consommation, créant des craintes que plusieurs des entreprises de financement ne deviennent défaillantes. Cette offensive des banques dans le crédit à la consommation va même à l’encontre des intérêts de leurs filiales dédiées à ce type d’activités. Elle est fondée, selon des observateurs du secteur dernières, sur une simple question de concurrence en termes de parts de marché. Ce faisant, les banques commerciales semblent ignorer qu’elles font courir à leurs filiales dédiées au crédit à la consommation un risque majeur, celui de l’aggravation de leurs créances en souffrance, sachant qu’une société de crédit à la consommation est évaluée sur la base principalement de ses créances en souffrance, dont le taux de risque doit être normalement inférieur à 2% de l’encours global de la société.
Une concurrence acharnée Les banques creusent la part des prélèvements automatiques qui ne cessent d’augmenter et qui se font au détriment des paiements des mensualités dues au titre de crédits contractés auprès de sociétés du secteur tout en permettant aux clients de s’endetter davantage. Pour les banques, cette catégorie de crédits prend tellement d’importance qu’au niveau des informations qu’elles livrent à la banque centrale, elles les classent dans une catégorie dédiée aux crédits à la consommation. Avant, les « petits » crédits que sont les crédits à la consommation n’étaient pas intéressants pour les banques qui considéraient que leur gestion était trop onéreuse par rapport au bénéfice retiré. Mais aujourd’hui, la course à la part de marché dans ce segment est devenue intense. En conséquence, les sociétés de crédit adossées aux banques deviennent de plus en plus des prestataires de service et font essentiellement du back office en faveur de leurs maisons mères, lesquelles deviennent porteuses de l’encours du crédit à la consommation. L’APSF,l’association des sociétés de crédits à la consommation et de leasing, représentée par sa branche du crédit à la consommation, essaie d’apporter aux autorités monétaires toutes les informations nécessaires et les recommandations dans l’objectif de les inciter à la régulation du marché. La Banque centrale, pour réguler le marché, pourrait introduire une définition du crédit à la consommation conforme aux intérêts stratégiques des uns et des autres en particulier des sociétés de crédit à la consommation indépendantes. Certes, les consommateurs se détournent peut être des sociétés spécialisées, parce que le crédit à la consommation est trop cher auprès de ces dernières. Mais, s’il l’est, c’est parce que le taux de casse est élevé. Ce que les banques ne voient pas aujourd’hui, c’est qu’un crédit à la consommation répond à un cycle lent, la moyenne est de cinquante mois, les sociétés de crédit financent jusqu’à 120 mois et la moyenne pour le fonctionnaire aujourd’hui est de 84 mois. Il s’agit quasiment d’un crédit à long terme dont le risque d’impayé peut ne subvenir qu’au terme de la deuxième ou de la troisième année. Et si les banques incluaient ce risque dans leurs taux d’intérêts, elles ne pourraient pas accorder des crédits à la consommation aux faibles taux qu’elles pratiquent aujourd’hui. Il faut rappeler que le TEG, Taux effectif global, pratiqué par les sociétés de crédits à la consommation, est actuellement de 14,17%, de très loin supérieur à ceux pratiqués par les banques pour le même type de crédits. Dans la structure des prix de revient des sociétés de crédit à la consommation, le taux se compose essentiellement du taux de refinancement auprès des banques, de celui de refinancement par les actionnaires ainsi que par un certain nombre de composantes que sont le coefficient d’exploitation, les frais d’exploitation et, surtout, la dotation aux provisions. Donc, plus le risque de paiement augmente, plus la marge diminue.
Un différentiel de taux anormal Pour qu’il y ait un certain équilibre, il faudrait que le coût de refinancement des sociétés de crédit à la consommation soit couvert par le TEG ou les taux effectifs du crédit donné aux clients. Or, le taux pratiqué par les banques pour le crédit à la consommation est de 4,41 % aujourd’hui alors que les sociétés de crédit ne descendent jamais en dessous de 8,9%. Il faudrait une intervention réglementaire des autorités monétaires, une prise de conscience des banquiers et l’engagement de tous les professionnels au sein de l’APSF de la prise en compte de minima en dessous desquels il ne devrait pas être possible de traiter. Ainsi, la banque centrale pourrait exiger une certaine stratification des risques, notamment ceux relatifs au crédit à la consommation. En effet, si la tendance actuelle se confirme, les sociétés de crédit à la consommation, comme on l’a vu en France, ne pourront continuer d’exister qu’à condition de développer des niches et d’opérer entre elles un processus de concentration sachant qu’actuellement au Maroc elles sont au nombre de 14.
|