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Moulay Hafid Elalamy sauve la CNIA et Essaada pour en faire la 3è compagnie du secteur des assurances

Auteur : Entretien réalisé par Afifa Dassouli

La Nouvelle Tribune : Vous annoncez la fin de l’opération d’assainissement de la compagnie d’assurances Essaada. En quoi cet assainissement a-t-il consisté ?
Moulay Hafid Elalamy : Il s’est agi de la reprise en main de l’ensemble du portefeuille d’Essaada pour l’améliorer, le travailler, le nettoyer, mais l’assainissement a surtout porté sur le volet financier. Nous avons trouvé un retard extrêmement important au niveau du règlement des sinistres.

Est-il vrai, cependant, que dans le cadre de l’assainissement, vous avez, comme l’a écrit La Nouvelle Tribune, exporté une partie du portefeuille Vie d’Essaada vers la CNIA ?
Effectivement et cela pour une raison très simple, celle d’être conforme à la réglementation puisque Essaada ne disposait pas d’agrément pour opérer sur la Vie. De ce fait, avant même d’entreprendre l’assainissement, il nous a fallu mettre les choses en pleine conformité avec la loi et en totale transparence.

Comme preuve de la fin de son assainissement,  peut-on rappeler rapidement les prescriptions du Code des Assurances qu’Essaada respecte aujourd’hui ?
Au moment où je vous parle, toutes les règles prudentielles des assurances sont respectées au sein d’Essaada et notamment la règle de couverture des réserves, qui est la plus importante. Car, nous avons réinjecté  avec le fonds de solidarité 2 milliards 200 millions de dirhams dans Essaada pour rééquilibrer ses comptes et couvrir ses réserves. Ce dernier a versé sa contribution sous forme de prêt sur quinze années sans intérêts pour un montant de 800 millions de dirhams tandis que nous avons versé 1,4 milliard de dirhams. La situation financière de la compagnie est donc totalement assainie, tous les retards ont été comblés et les équipes sont reparties à la tâche avec dynamisme et détermination. Le volume de son portefeuille d’Essaada sera en 2008 à 1, 250 milliard de dirhams, lorsque la CNIA sera à 1,426 milliard de dirhams, ce qui donnera un ensemble de 2,676 milliards de dirhams, soit 14% du marché national de l’assurance. Il faut savoir aussi que Essaada possède l’un des plus beau réseaux d’agents au Maroc. Elle en a 115 quand CNIA en possède 130, ce qui donnera à l’ensemble fusionné 245 agents répartis dans tout le Royaume.

Qui dirige donc Essaada ?
J’assure moi-même la présidence et c’est la même équipe que celle qui est au comité directeur de CNIA. Mme Ghita Lahlou qui occupe les fonctions d’Administrateur-Directeur général, M. Mohamed Elalamy qui est en charge de l’assurance, tandis que Mme Nadia Fettah s’occupe des supports. Le Comité de Direction opère donc en permanence sur les deux entreprises.

Vous passez donc à l’étape du rapprochement entre vos deux compagnies, quel est l’intérêt de la fusion entre CNIA et Essaada ?
Nous avons mené une étude avec un cabinet très connu au plan international, pour évaluer l’opportunité et l’intérêt d’une fusion, la poursuite d’une démarche séparée des deux compagnies d’assurance, mais avec un back office commun. Nous sommes arrivés à la conclusion qu’une fusion totale était la plus indiquée et ce pour plusieurs raisons. La première est que les portefeuilles des deux compagnies sont complémentaires et il n’y aura pas de cannibalisation de l’une par l’autre. La seconde réside dans la complémentarité des équipes, chacune possédant d’ailleurs un potentiel différent, ce qui approfondira la complétion. De plus, l’ensemble fusionné donne un positionnement assez fort : premier en assurance automobile, troisième en assurance santé-maladie. Enfin, sur tous les indicateurs financiers, la fusion des deux compagnies crée de la valeur plutôt qu’elle n’en réduit.

Quand la fusion aura-t-elle lieu et comment se fera-t-elle ?
Nous avons choisi Accenture comme cabinet conseil pour accompagner la fusion . Elle sera effective au 1er janvier 2009 pour être terminée à la fin de ce mois-là, sachant que toute l’action préparatoire sera menée au cours des six mois qui nous séparent de cette échéance.
D’ailleurs, comme vous le savez, dans tous les marchés d’assurances matures, on ne permet plus l’existence de compagnies d’assurances à la fois Vie et non Vie. C’est exactement, en outre, une nécessité que notre Code prévoit pour toute nouvelle compagnie et l’on doit s’attendre à des changements dans ce champ-là afin d’inciter les compagnies qui opèrent au Maroc à réaliser la scission entre Vie et non Vie.
Pas question donc de mélanger ce type de bénéfices avec des résultats non Vie.
Nous examinons donc d’ores et déjà cette piste de la séparation, déterminés à observer pour la fusion une politique avant-gardiste au niveau du secteur des assurances. Nous voulons donc respecter cette prescription du code des assurances, même s’il n’y a pas encore d’obligation aujourd’hui.

Quid de la santé financière de la CNIA ? D’aucuns avancent qu’elle n’est pas totalement assainie ?
Ceux qui énoncent de telles affirmations ne sont pas à jour ! Nous avons acquis cette compagnie il y a environ quatre années et l’année même de l’acquisition, CNIA était assainie par la couverture de 600 millions de dirhams. Aujourd’hui, la compagnie couvre l’ensemble de ses réserves et dispose de plus-values latentes, qui ne sont pas comptabilisées dans les réserves, de plus d’un milliard cinq cents millions de dirhams.

Pouvez-vous nous parler de l’avenir de vos partenariats en particulier dans  la bancassurance ?
Nous avons une relation de partenariat  avec la Banque Populaire qui n’a jamais cessé puisqu’il n’y a jamais eu de résiliation du contrat entre la CNIA et la BP contrairement aux bruits qui ont couru. Mais, il faut reconnaître que notre engouement n’est pas énorme et nous avons aujourd’hui moins de dix pour cent de notre chiffre d’affaires en bancassurance.
De plus, ce n’est pas pour l’instant notre axe de développement. Notre parti pris de départ est de faire de la compagnie d’assurance une entité à part entière, autonome, capable de dégager du résultat, du développement, de façon intrinsèque.Mais pour la distribution de la Vie, vous avez besoin d’un réseau bancaire et un partenariat commercial n’induit pas de dépendance …
Nous avons démontré que nous nous sommes développés malgré la baisse de notre chiffre d’affaires Vie.
CNIA Essaada peuvent vivre sans bancassurance. La démonstration est faite désormais puisque sans être adossé à un réseau bancaire, nous avons des résultats satisfaisants. Le groupe CNIA / Essaada dégage aujourd’hui entre 300 et 400 millions de résultat net récurrent, ce qui n’était pas imaginable auparavant.
Mais la BP représente une bonne opportunité pour vous puisqu’elle n’a pas de compagnie d’assurance dans son giron…
Il est  vrai que la Banque Populaire est notre partenaire privilégié en banque Assurance, et nous développons ensemble cette activité.

Mais, le fait que la CDG soit présente dans Atlanta n’implique-t-il pas l’examen d’opportunités avec elle ?
Toutes les options restent envisageables, pour autant qu’elles aient un sens industriel.

Avez-vous d’autres messages sur la fusion et sur le mode que vous avez choisi ?
Désormais, le rapprochement entre CNIA et Essaada est concevable parce que les deux structures sont assainies, la première depuis deux ans et la seconde depuis cette année, au prix certes, de fortes injections de fonds et grâce au travail remarquable des équipes. Et je peux même dire que le redressement d’Essaada est, à titre personnel, la fierté de ma carrière.
Nous avons abordé ce dossier avec beaucoup de sérieux en plaçant notre client au centre de nos préoccupations.  Nos équipes sont mobilisées et nos vivons cette nouvelle aventure de façon festive.
Cela signifie donc que la fusion entre les deux compagnies n ‘attend de se  faire seulement sur le plan juridique et financier parce qu’en réalité et sur le terrain, voire même sur le plan opérationnel, elle est déjà réalisée !
Tout à fait, il nous reste du travail à accomplir pour réaliser la compagnie de nos rêves !

Reste donc la question de l’introduction en bourse.
Il est difficile de songer à de tels projets en même temps qu’un assainissement et une consolidation.  Chaque chose en son temps.  Nous devons nous concentrer sur sa réussite.  Nous n’avons pas pour habitude de décevoir le marché.



 

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