Auteur : MD
Les prévisionnistes du Ministère de l’Economie et des Finances avaient retenu comme hypothèses lors de l’élaboration de la loi de Finances 2008 une parité euro-dollar de 1,4 et un baril de pétrole à 75 dollars. Il s’agit certes des moyennes, mais à la lumière des évolutions de ces deux variables, on peut avancer, sans se tromper, au moins pour le pétrole, que l’écart entre les prévisions et la réalité sera très grand à la fin de l’année. Si la parité euro-dollar ne s’écarte que de 0,1553 point de l’hypothèse fondamentale, le prix du baril de pétrole, par contre, s’est fortement écarté des projections avec un différentiel de 50 dollars au cours actuel (02 juin 2008). Ces évolutions ne sont pas sans conséquences sur l’économie nationale. D’abord, du fait que le régime de change adopté par le Maroc est moins flexible, comparativement aux régimes tunisien et égyptien, «le dirham s’est moins «ajusté» aux fluctuation des devises internationales», a explique M. Koceila Maames. Et du fait que la monnaie nationale soit adossée à l’euro, l’appréciation de celle-ci par rapport au dollar s’est traduite automatiquement par une appréciation du dirham vis-à-vis du billet vert, contrairement à la livre égyptienne qui s’est fortement dépréciée par rapport à l’euro et le dinar tunisien qui a profité d’une politique de change plus flexible pour afficher une dépréciation par rapport à l’euro plus accentuée que celle enregistrée par le dirham. Conséquence, et toutes choses égales par ailleurs, «les exportations marocains accusent un retard de compétitivité (prix) qu’illustre l’évolution comparée des taux de change effectifs réels», soutien-il. Partant, certains opérateurs ne manquent pas de souligner la nécessité de dévaluer le dirham pour rendre les produits marocains relativement plus compétitifs par rapport aux concurrents qui ont des monnaies qui se sont fortement dépréciées par rapport à l’euro. Reste que pour le Responsable Marchés de Capitaux pour l’Afrique du Nord –Calyon, «compte tenu des cours élevés du pétrole et des produits agricoles, ainsi que les incertitudes liées à la croissance, le timing n’est pas des plus favorables à une dévaluation du dirham». Le contexte est différent de celui qui prévalait en 2001 du fait de la hausse de l’euro et de la flambée du baril de pétrole. A cette époque, l’euro valait 0,9 dollar et le baril de pétrole tournait autour de 26 dollars, contre une parité euro/dollar de 1,5553 et un baril tournant autour de 125 dollars. Partant, «avec une facture pétrolière représentant jusqu’à 15 % des importations, un dirham plus faible creuserait davantage le déficit commercial et budgétaire», justifie t-il. Par contre, un dirham relativement plus fort, comme c’est le cas actuellement, permet au Royaume d’atténuer l’impact de la hausse du baril sur sa facture pétrolière. La dévaluation est d’autant plus inopportune que le Royaume dispose des marges considérables pour faire face à ces évolutions. Les grands équilibres macroéconomiques (balance budgétaire, balance des opérations courantes, inflation, etc.) sont sous contrôle dans une conjoncture globalement très difficile. En plus, les réserves de changes ne cessent de croître et se situent actuellement à des niveaux confortables alimentés par les recettes touristiques, les transferts des Marocains résidents à l’étranger et les recettes d’exportation. D’ailleurs, souligne M. Koceila, «les agences de notation internationale, Moody’s particulièrement, ne semble pas avoir totalement intégrer la nouvelle trajectoire économique vertueuse du Maroc». Si la dévaluation est exclue, M. Koceila souligne néanmoins que «l’intégration commerciale et financière croissante du Maroc à l’économie mondiale nécessitera une plus grande libéralisation de son compte de capital, y compris une flexibilité du régime de change». Toutefois, pour y arriver, le renforcement des équilibres macroéconomiques et la consolidation du cadre monétaire sont autant de préalables à remplir pour une libéralisation du capital réussie. l
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