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La Bourse de Casablanca s’ouvre sur les places financières arabes et africaines

Auteur : Entretien réalisé par Afifa Dassouli

La Nouvelle Tribune : La Bourse de Casablanca vient d’accéder à la vice-présidence des bourses de valeurs arabes. Comment expliquez- vous cette nouvelle responsabilité et pourquoi ?
Fathallah Berrada : Cette désignation, qui honore notre institution, exprime la réelle volonté » de rendre la Bourse de Casablanca visible à l’international. Elle doit jouer un rôle important au niveau de l’Afrique subsaharienne, du Maghreb, voire du Moyen-Orient. Cela passe nécessairement par une visibilité au niveau du monde professionnel des bourses de valeurs arabes et africaines et par des liens « one to one » avec les différentes bourses de ces ensembles régionaux.

Jusqu’à présent, vous aviez surtout des liens avec les bourses occidentales ?
Plus précisément, on était essentiellement orienté assistance technique Euronext, ce qui est d’ailleurs normal et cela nous a énormément profité. Nous avons suivi le modèle de la Bourse de Paris et nos amis français nous ont bien aidés. Mais aujourd’hui, la Bourse de Casablanca a une nouvelle priorité, celle de tisser des relations mutuellement profitables avec ses homologues  arabes et africaines.

Comment dépasser cette absence antérieure durant dix ou quinze ans, assumer une présence pleine et profitable et arriver à la vie-présidence, comme vous venez de le faire ?
La longueur de notre absence n’a pas eu d’incidences, parce que notre entrée au sein de l’association des bourses  en question a été précédée d’un lobbying actif et efficace au moment idoine.

Que va apporter cette vice-présidence et avez-vous d’ores et déjà un plan d’action pour ces bourses ?
Nous allons être en phase avec des places financières à rythmes et stades de développement similaires. Il faut savoir que cette association regroupe la Tunisie, la Libye, l’Egypte, la Jordanie, le Liban, les Etats membres du Conseil de Coopération du Golfe, l’Arabie Saoudite. Notre volonté est donc de mieux connaître ces bourses et de développer un business commun. En effet, l’objectif le plus simple et le plus évident, c’est d’avoir des sociétés à double cotation, aussi bien à Casablanca que sur les autres places arabes  concernées, en fonction des intérêts et des sphères d’activité des émetteurs.
L’exemple de Maroc Telecom, coté à Casablanca et Paris à la fois, et qui se porte très bien, bénéficiant d’une excellente image de marque sur les deux places boursières en question, nous ouvre la voie et nous inspire.
Maroc Telecom est ainsi «benchmarké» avec les plus grandes sociétés similaires, cotées en Europe et dans le monde, comme Cegetel, France Telecom, Vodaphone, etc.
À partir de ces constats, qui expliquent votre volonté de vous rapprocher des bourses arabes, on perçoit cependant mal l’intérêt de la Bourse de Casablanca pour ses consoeurs de l’Afrique subsaharienne. Les bourses africaines sont plutôt embryonnaires et, surtout, ne sont pas membres de l’association dont vous venez de prendre la présidence…
Il est vrai que les bourses subsahariennes ne sont pas au même stade de développement que les bourses nord-africaines ou arabes, mais elles ont un grand potentiel. D’autre part, elles disposent également d’une association dans laquelle nous allons œuvrer très activement, l’Association des Bourses Africaines que nous voulons réactiver. Nous en sommes membres d’ailleurs, mais nous misons également sur le travail bilatéral avec les places africaines. C’est le cas, par exemple, avec le Gabon, où nous implémentons une plateforme boursière, en partenariat avec Atos Euronext, la filiale technologique d’Euronext, avec laquelle nous sommes en train de finaliser un accord qui nous permettra d’accomplir la mise en œuvre et l’assistance technique des licences de cette société spécialisée dans la mise en place de plateformes boursières. Cela témoigne du degré de maturité, de technicité et d’expertise de la Bourse de Casablanca, lequel est désormais reconnu au niveau international.
De plus, outre la valeur marchande du service qui sera accompli par la Bourse de Casablanca, il faut également relever l’importance de la présence stratégique auprès des bourses africaines, ce qui nous permettra de développer le business.Ainsi, on pourra appliquer la double cotation que j’évoquais plus haut. Au Gabaon, par exemple, qui regroupe six institutions boursières de cette région africaine, nous pourrons identifier les sociétés à taille critique, aujourd’hui peut-être encore des monopoles étatiques, mais dont la privatisation est aussi proche qu’inéluctable, notamment dans les secteurs du cacao, de la téléphonie, l’exploitation portuaire, les ressources en hydrocarbures, etc. Leurs bourses ne pourront jamais absorber leur cotation, et Casablanca pourra constituer un réceptacle naturel pour ces sociétés.

Pour en revenir aux bourses arabes, quelle est celle qui assume aujourd’hui la présidence de l’association éponyme ?
Il s’agit de la bourse égyptienne qui est l’une des plus développées de notre ensemble, avec une longue expérience et quatre cent cinquante sociétés cotées au Caire. De plus, l’Egypte excipe aujourd’hui de plus de trois millions de petits épargnants et des volumes traités d’une moyenne trois fois supérieure à celle de la Bourse de Casablanca. De plus, le travail de leur dépositaire central est remarquable, lui qui tient des comptes individuels, ce qui est exceptionnel grâce aux performances de leur service à la clientèle. J’évoquerai également la Bourse de Tunis, dont la taille et les volumes traités sont bien inférieurs à la Bourse de Casablanca, mais dont la technicité est équivalente à la nôtre.

Quel sera le contenu de votre mandat de vice-président ?
Il s’agit, d’abord, d’une vice-présidence d’une année, selon le principe du mandat tournant, qui va me permettre, avec le secrétariat général de l’Association de la doter d’une structure permanente justement au niveau de ce secrétariat. Cela facilitera la mise en œuvre de projets structurants notamment à partir du siège de notre association qui se trouve à Beyrouth où les autorités libanaises accordent leur soutien conséquent à notre institution, telle l’exonération de tous impôts et taxes du secrétariat permanent et la jouissance du statut diplomatique pour les membres étrangers de cette instance. Après la mise en place de cette structure, qui sera effective dès le mois prochain, nous allons travailler sur la faisabilité d’une plateforme de cotation commune, interarabe donc, dans la mesure où un tel projet, préexistant, n’a jamais pu bénéficier d’une réelle mise en œuvre.
Nous allons développer également les échanges d’indices et d’indicateurs, mais aussi développer un site commun et travailler à la double cotation des sociétés.


 

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