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Groupe Banque Populaire CNIA, rapprochement commercial ou de capital ?

Auteur : Afifa Dassouli

Le 21 mai dernier, lors d’un Comité Directeur du Crédit Populaire, la Banque Populaire n’a pas prorogé le protocole d'accord signé avec la compagnie d’assurances La Marocaine Vie et qui portait notamment sur la prise de participation de 43.54% du capital de cette dernière et la mise en place d’un accord de distribution des produits de la compagnie.  Le compromis de partenariat s’était fixé une date butoir à la fin avril 2008. Mais, à cette échéance, seul le CDVM avait donné son accord pour cette opération, le décret du Premier Ministre qui devait donner l’aval de l’Etat, principal actionnaire de la BP, n’étant toujours pas émis. Pour autant, cette rupture n’a pas surpris le secteur des assurances.
En effet, le schéma du partenariat en question était complexe dans sa réalisation du fait que la compagnie La Marocaine Vie alimente déjà le réseau de la Société Générale Maroc. En effet, le protocole de partenariat introduisait une formule originale de bancassurance au terme de laquelle une compagnie devait servir deux banques. Il s’agissait de créer et gérer des produits proches avec des habillages différents pour ces deux établissements bancaires. Pour pouvoir le faire, La Marocaine Vie se devait de détenir les fichiers clients de la BP et de la SG Maroc, ce qui pouvait être équivoque même si toutes les précautions allaient être prises par les deux partenaires. Enfin, les deux banques étant concurrentes, elles ne pouvaient se partager à égalité le capital d’une compagnie d’assurances sans s’opposer parfois dans la défense de leurs intérêts respectifs.
Par ailleurs, la Banque Populaire était consciente que du fait du lien historique de La Marocaine Vie avec la Société Générale, le doute commercial pèserait tôt ou tard, d’autant que Sogecap, le spécialiste du groupe SG France en matière de produits de bancassurance, devait intervenir dans la création des produits destinés à la BP.
Incontestablement, ce schéma pouvait s’avérer délicat pour la Banque Populaire, même si cette renonciation prive La Marocaine Vie du quadruplement  de son volume actuel de produits Vie et retraites !
M. Mohamed Benchaaboun, le Président récemment nommé du groupe Banque Populaire, pour avoir rompu ce partenariat, se doit d’ailleurs aujourd’hui de reconnaître que la banque qu’il dirige, comparée aux autres grandes intervenants du secteur bancaire, a l’obligation impérieuse de s’adosser à une compagnie d’assurances, voire d’en acquérir une, faute d’obtenir l’agrément pour en créer une nouvelle. Car la BP perçoit incontestablement, et depuis quelques temps déjà, l’intérêt et la nécessité du développement de la bancassurance. 
Il devra trouver la meilleure solution sachant que quelques pistes sont connues ou du moins repérables. Et, c’est ce que le secteur des assurances a compris quand la BP a renouvelé son contrat avec la MANDA-MCMA en avril dernier. En effet, si la BP a été introduite à la Bourse de Casablanca elle n’en demeure pas moins une société publique où l’Etat est l’actionnaire de référence. Il apparaît donc comme normal qu’elle soit sollicitée pour faire de la bancassurance par les compagnies d’assurances de son propre environnement. De premier abord, on pourrait penser à  Atlanta Sanad, dont la Caisse de Dépôts et Gestion, bras financier de l’Etat, détient 50% du capital. En effet, le groupe Atlanta-Saada ne fait pratiquement pas de bancassurance et ne peut se développer longtemps sans emprunter cette voie. D’ailleurs, les deux compagnies en question ont déjà commencé à le faire,  et surtout Atlanta avec le CIH. Elle continuera certainement avec le réseau de la Poste Maroc, déjà partenaire de la CDG et actionnaire à hauteur de 40% dans le capital de Sofac, la société de crédit à la consommation du groupe CDG même si cette dernière distribue déjà certains produits de Wafa Assurances.
La Poste constitue une réelle force de frappe pour la bancassurance du fait de l’importance de son réseau. Il s’agit du plus grand réseau national, avec  plus de 1400 agences, pour la distribution des produits de Vie et d’assurances de personnes, objet par définition de la bancassurance. 
En France, par exemple, la poste s’est tout particulièrement développée avec les assurances de personnes. Mais, sachant qu’Atlanta Sanad sont déjà partenaires du CIH, il est exclu que la Banque Populaire s’y ajoute,  sous peine de tomber dans le même cas de figure qui a motivé l’annulation du rapprochement entre La Marocaine Vie et de la  BP, celui de deux banques pour distribuer les produits d’une même compagnie. Ainsi, un rapprochement éventuel entre le groupe CDG et BP par le truchement de ses compagnies d’assurances Atlanta et Sanad est logiquement à exclure.
En conséquence, on penche pour un rapprochement entre la BP et la CNIA dont la CDG est aussi actionnaire. Cela, d’autant que la CNIA produit déjà pour la banque Addamane Chaabi, qui marche très bien, et qui consiste en une assurance dont les conditions de rémunération sont supérieures au taux servi par la CNIA à ses clients directs. D’ailleurs, la CNIA a toujours été liée à la Banque Populaire par un contrat de partenariat qui a seulement été remis en cause quand la BP en a raté l’acquisition au profit du groupe SAHAM de Moulay Hafid Elalamy.
Ce dernier continue la restructuration de la CNIA et l’assainissement d’Essaada. Et il est très intéressant de noter, dans l’intérêt de notre sujet, que le portefeuille VIE d’Essaada a déjà été transféré à la CNIA en attendant la fusion programmée des deux compagnies. Comme la bancassurance ne concerne que les produits Vie et retraites, c’est la CNIA et elle seule, qui pourrait nouer un partenariat dans ce sens avec la Banque Populaire. Un partenariat commercial, ou, pourquoi pas, de capital...


Ce qu’en pense La Marocaine Vie
Quant à La Marocaine Vie, elle perd donc brutalement et à son corps défendant une belle opportunité de développement avec la BP, à laquelle ses équipes avaient ardemment travaillé depuis de longs mois, dans le souci de préserver les équilibres entre leurs deux "futurs" groupes d'actionnaires. " Nous le regrettons, même si c'est le droit souverain des Banques populaires" affirme Marc DUVAL, Président de La Marocaine Vie. «Il n'en reste pas moins que la filiale du bancassureur français SOGECAP et de la SG Maroc, dispose d'atouts pour reprendre le développement de sa stratégie antérieure » affirme ce dernier. En expliquant que « Son modèle de bancassurance avec la Société Générale, qui lui a permis de réaliser en 2007 une des plus fortes croissances du marché vie (+55%), son positionnement de spécialiste qui lui permet de développer son activité auprès des entreprises partenaires et sa capacité d'innovation qui s'est manifestée en 2007 par le lancement au Maroc du premier contrat d'assurance vie multi support en unités de comptes, en sont les preuves ».


 

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