Auteur : Afifa Dassouli
Non,et contrairement à certains articles parus dans la presse nationale,l’agence de notation Standard & Poor’s n’a pas récemment abaissé la notation du Maroc. En effet, celle-ci a confirmé la note à long terme « BB+ » du Maroc, tout en révisant uniquement la perspective, (outlook), de « positive » à « stable ». Il faut rappeler, à ce sujet, que chaque notation est assortie d’une perspective qui peut être « positive», « stable » ou « négative ». Pour l’année 2006, le Maroc était déjà noté à long terme BB+ avec perspective stable et est passé en 2007 à BB+ positive, compte tenu de l’amélioration de la situation économique. En 2008, et malgré les bons fondamentaux de notre pays, S&P est revenue sur l’évaluation de la perspective en la ramenant à « stable ». Cette agence explique elle-même ce changement de perspective par la révision de ses prévisions en liaison avec une conjoncture internationale difficile. Elle estime que l’augmentation prévue des salaires et des charges de compensations, à la suite de la hausse des prix des matières premières sur le marché international, vont peser lourdement en 2008 sur les dépenses publiques du Maroc. Cette agence conclut donc que le rythme de réduction du niveau de dette publique observé au cours des dernières années va baisser et remettra ainsi en cause la convergence rapide vers les niveaux médians des souverains notés dans la catégorie « Investment grade »,(catégorie d’investissement). Cette décision est basée donc sur des anticipations et non sur une dégradation des fondamentaux du Maroc. En effet, l’année 2007 a été une bonne année en termes de croissance et de consolidation des principaux équilibres macro-économiques avec notamment la réalisation, pour la première fois, d’une situation d’équilibre budgétaire au niveau des finances publiques et ce, malgré les contraintes internes (sécheresse) et les contraintes externes évoquées par Standard & Poor’s (flambée des prix du pétrole et des produits alimentaires). Cette agence a d’ailleurs confirmé et reconnu ces mêmes performances réalisées par le Maroc quand elle a assorti la note de notre pays de « perspective positive » en mai 2007. En 2008, elle a préféré communiquer plutôt sur des anticipations pour faire preuve de prudence en affichant sa prise en compte d’un environnement international qualifié par elle-même de difficile. Or, les principales performances réalisées en 2007 par le Maroc montrent sans ambiguïté que cette agence s’est effectivement placée dans la prudence, voire même une prudence extrême. Une interrogation simple et de se demander à juste titre quel est le pays qui ne souffrira pas de cette flambée des prix pétroliers et des matières premières. Le FMI et la Banque Mondiale, pour ne citer que ces deux institutions, ont révisé à la baisse leurs prévisions de croissance de l’économie mondiale et européenne.
Les fondamentaux du Maroc
La croissance économique s’est établie en 2007 à 2,2% et ce, en dépit d’une année de sécheresse. Le secteur non agricole a enregistré une croissance de près de 6% et a compensé largement le recul du PIB agricole. Le taux d’inflation a diminué de 3,3% en 2006 à 2%. Les crédits à l’économie ont progressé de 100 milliards de DH contre 57,4 milliards de DH l’année précédente. Et surtout, le compte courant de la balance des paiements a enregistré un solde proche de l’équilibre malgré un renchérissement des prix des céréales et des produits énergétiques que S&P vient de prendre en compte. Les avoirs extérieurs ont atteint un montant de 188,2 MM DH et représentent plus de 8 mois d’importations de biens et services et couvrent plus d’une fois et demie l’encours de la dette extérieure publique, soit 15,8 milliards de $. Aussi, le taux d’investissement s’est établi à 34% du PIB contre 31,6% en 2006 et 20,3% en 1996. En un mot, la situation du Trésor s’est soldée, pour la première fois, par un équilibre budgétaire et ce, en dépit des charges de compensation liées à la hausse des cours du pétrole et des produits alimentaires sur le marché international, ce qui inquiète l’agence en question. Les ratios de la dette dont l’évolution future interpelle les analystes de Standard & Poor’s connaissent globalement une tendance baissière depuis plusieurs années. Le ratio de la dette publique (intérieure + extérieure) + la dette extérieure garantie) s’est établi à 64,2% du PIB, soit une amélioration de 2 points par rapport à 2006. La dette du Trésor a enregistré une baisse de près de 3 points par rapport à 2006 pour se situer à 54,9% du PIB. Sur 2005-2007, la dette du Trésor a baissé de 7,8 points de PIB. Enfin, la dette intérieure a enregistré pour la première fois de son histoire une baisse de 1,9 milliard de DH. Rapporté au PIB, l’encours de cette dette poursuit sa diminution pour la deuxième année consécutive en passant de 49,5% en 2005 à 46,2% en 2006, pour s’établir à 43,9% en 2007. La dette extérieure publique est restée pratiquement au même niveau de l’année dernière soit près de 20% du PIB, contre 22,2% du PIB en 2005.
Les « big three »
Il s’agit des trois plus grandes agences mondiales de notation : Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch. Leur légitimité a été remise en cause dans la crise financière des subprimes qui touche le système bancaire et financier occidental parce que, non seulement elles ne l’ont pas prévue, mais, en plus, ont continué à accorder des notations de premier rang à certaines banques qui se sont avérées en difficulté. D’ailleurs, si on veut faire un peu d’histoire, on se rappellera qu’aucune agence n’avait prédit la catastrophe financière du Crédit Lyonnais dans les années 80 du siècle dernier. Et quelques jours à peine avant leur faillite, World Com et Enron appartenaient à la catégorie « Investment grade ». Dans le cas d’Enron, les agences n’ont réagi qu’après l’annonce par celle-ci d’une perte de 640 millions de USD. Le marché leur reproche également l’absence d’anticipation de la crise asiatique en 1997. De même en 2002, les trois agences ont rétrogradé la note du Japon au rang de «speculative grade», au même niveau que la Grèce, la Lettonie ou encore le Botswana. Pour tout observateur, difficile de ne pas critiquer la méthode d’évaluation mettant la deuxième puissance économique du monde, le plus important créancier du monde et le plus grand donateur d'aide au développement au même niveau que ces pays. A la suite de cette dégradation, le Ministre des Finances japonais avait publiquement déclaré que ces agences n’étaient pas crédibles. L’absence de concurrence, puisqu’elles sont trois à sévir dans le monde, les erreurs d’appréciation, leur mode de rémunération générateur de conflits d’intérêts, l’opacité d leurs méthodes d’évaluation sont autant d’éléments qui décrédibilisent ces agences.
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