Auteur : Moussa Diop
En l’espace de quelques mois, les prix de plusieurs produits, notamment alimentaires ont enregistré de fortes progressions. A titre illustratif, le litre d’huile, les pâtes alimentaires et le lait en poudre ont affiché des progressions respectives de plus de 80 %, 65 % et 20 %. La liste est malheureusement plus longue, car la flambée des prix touche presque tous les produits, hormis ceux subventionnés par l’Etat, et la frénésie haussière ne semble pas vouloir s’estomper de sitôt. Du coup, c’est le pouvoir d’achat des consommateurs qui trinque et ce d’autant que les hausses touchent particulièrement les produits de premières nécessités et pour lesquels il n’y a pas souvent de produits de substitution. Et face à cette érosion du pouvoir d’achat, les données relatives au niveau d’inflation fournies par Bank Al-Maghrib ou le Haut Commissariat au Plan sont jugés sous-estimer l’inflation réelle ressentie par les ménages. Beaucoup s’etonnent même quand dépit des hausses des prix, le Maroc figure parmi les rares pays ayant affiché, au titre de l’année 2007, un taux d’inflation de 2 %! Partant, le lancement officiel de la nouvelle «Revue mensuelle de la conjoncture économique, monétaire et financière» de Bank Al-Maghrib, à la place de la «Note de Conjoncture», a été l’occasion de débattre de ce niveau relativement bas de l’inflation dans un environnement de hausse généralisée des prix. D’emblée, souligne M. Karim El Aynaoui, Responsable de la Direction des Etudes et des Relations Internationales (DERI) de Bank Al-Maghrib, la situation pourrait évoluer différemment en 2008. En effet, selon les dernières données de l’institut d’émission, après avoir enregistrer des hausses, en glissement annuel, de +1,7 % en janvier, +2,4 % en février, l’ICV (indice du coût de la vie) a progressé de 3,4 % an mars, reflétant ainsi cette tendance haussière des prix. L’accélération de l’inflation en glissement annuel est le fait aussi bien des facteurs de coûts –renchérissement des intrants notamment- que de la flambée des cours internationaux des matières premières. Ainsi, selon Bank Al-Maghrib, «en février, l’indice des prix des industries manufacturières, calculé sur la base des prix sorties usine hors taxes et subventions, a progressé de 18,7 % après 16,2 % en janvier, sous l’effet, essentiellement, de la hausse des prix dans les branches alimentaires et chimique, ainsi que de l’appréciation significative des coûts dans l’industrie du raffinage (…), le prix à l’import du blé a cru en janvier de 58 % en glissement annuel, après avoir réalisé un taux record de 61 % en décembre et l’indice des prix à l’import des huiles végétales a augmenté de 25 % en janvier 2008, après avoir affiché une moyenne mensuelle de 37 % durant 2007».
Un indice plus adapté Revenant sur la question de la faiblesse du niveau d’inflation au Maroc, M. Karim El Aynaoui, avance qu’il faut d’abord avoir à l’esprit que «le Maroc est avant tout un pays faiblement inflationniste de par son histoire». A quelques exceptions près, le niveau d’inflation a toujours été maintenu à un niveau relativement bas. Et cela, ajoute t-il, s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs. D’abord, «les politiques monétaires et budgétaires prudentes adoptés par le Maroc, à l’exception des périodes fastes du boom des phosphates dans les années 1970, ont beaucoup contribué à la maîtrise du niveau d’inflation». Ensuite, «la Caisse de Compensation, en prenant en charge les hausses de certains produits de base, joue un rôle d’amortisseur de la hausse des produits importés». Enfin, l’inflation récente étant en partie importée, «l’ancrage du dirham à l’euro a été très utile en atténuant l’effet de l’inflation importée”, poursuit M. El Aynaoui. Convaincantes soient-elles, ces facteurs et tant d’autres expliquent-ils concrètement la faiblesse du niveau d’inflation au Maroc. Plus concrètement, l’indice ICV appréhende t-il correctement l’inflation. Pour M. El Aynaoui, «si l’ICV correspond au standard dans le domaine, il n’en demeure pas moins que des réajustements de l’indice sont nécessaires”. Ces réajustements donneront plus de crédit à l’ICV et à l’inflation sous-jacente de Bank Al-Maghrib, calculé à partir des données statistiques fournies par le HCP. D’ailleurs conscient de cette nécessité, «le HCP est en train de revoir la composition du panier de produits et variétés composant l’indice et leurs pondérations», explique le Responsable de la DERI. Avec ce réajustement, l’ICV qui compte actuellement 368 produits et 768 variétés, devrait en compter, au moins, plus d’une centaine de nouveaux produits et plus d’un millier de variétés. «Ces nouveaux produits et variétés ainsi que les nouvelles pondérations permettront de mieux coller l’indice aux modifications des habitudes de consommation», avance M. El Aynaoui. Espérons ainsi qu’on n’aura ainsi un indice des prix à la consommation qui reflètera mieux l’inflation que subissent les consommateurs.
BAM publie la «Revue mensuelle de la conjoncture économique, monétaire et financière» Depuis l’adoption de ses nouveaux statuts lui conférant son indépendance, à l’image des grandes banques centrales du monde développé, Bank Al-Maghrib s’active pour faire de la transparence vis-à-vis du public son credo. Elle n’a cessé depuis d’améliorer considérablement et de manière graduelle sa communication externe pour expliquer les tenants et aboutissants de sa politique monétaire. Dernière en date, l’institut d’émission vient de remplacer sa «Note de Conjoncture» mensuelle par un nouveau document intitulé «Revue mensuelle de la conjoncture économique, monétaire et financière». «L’objectif recherché à travers la publication de ce document est de partager avec le public l’analyse des développements les plus récents de la conjoncture économique, monétaire et financière», souligne t-on auprès de Bank Al-Maghrib. Cette revue mensuelle paraîtra 8 fois par an, les 4 mois restant coïncidant avec la publication trimestrielle du Rapport sur la Politique Monétaire. En gros, 8 chapitres -Environnement international, Comptes extérieurs, Evolution de l’inflation, Marché de change, Marché financier, Finances publiques, Production, demande et marché du travail, et, enfin, Monnaie, taux d’intérêt, liquidité- sont traités dans cette nouvelle revue avec des textes d’analyse concentré et synthétique illustrés par des graphique et des tableaux. Le document est élaboré à partir des données du document du Comité Monétaire et Financier qui se réunit mensuellement sous la direction du Gouverneur de Bank Al-Maghrib et qui regroupe l’ensemble des responsables des différents départements de l’institut d’émission.. Comparativement à l’ancienne Note de Conjoncture, «les améliorations ont concerné pratiquement toutes les parties: inflation, production, monnaie, environnement international, etc.», souligne M. Karim El Aynaoui, Responsable de la Direction des Etudes et des Relations Internationales (DERI).
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