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Entretien avec M. Sellam Sekkat, DG d’Atlanta : “Nous ne voulons pas de chiffre d’affaires facile…”

Auteur : Entretien réalisé par Afifa Dassoul

La Nouvelle Tribune : Concernant les résultats 2007, c’est Atlanta qui est cotée en bourse et soumise à l’obligation de publier lesdits résultats, mais vous avez choisi de publier des résultats consolidés qui incluent donc ceux de SANAD…
M. Sellam Sekkat : En effet, Sanad est pratiquement filiale à 100 % d’Atlanta qui en détient 99,66 % du capital et nous avons également une participation de 29,12 % dans le capital des Eaux Minérales d’Oulmès et 22,4 2% dans le capital de la société FERTIMA. Pour les comptes consolidés, nous procédons à une intégration globale des résultats de SANAD et à une mise en équivalence pour les deux autres sociétés. Nous avons l’obligation de communiquer sur les comptes consolidés, mais pour encore plus de transparence, nous avons aussi publié les comptes sociaux d’Atlanta. Ainsi, le résultat net consolidé est de 533,8 millions de dirhams, celui d’Atlanta de 459,8 millions de dirhams et celui de Sanad de 207,1 millions de dirhams, sachant que le résultat de la consolidation ne correspond pas à la somme arithmétique des résultats des deux sociétés, ne serait-ce que du fait des dividendes payés par la Sanad à Alanta.

S’agissant donc d’expliquer les résultats des deux compagnies, pouvez-vous parler de leur évolution et de la structuration de leurs chiffres d’affaires ?
Nos résultats s’expliquent simplement par la stratégie que nous menons depuis quelques années et qui se base sur deux objectifs déterminants qui guident notre action au quotidien, à savoir : l’amélioration continue de la qualité du service rendu à notre clientèle et l’optimisation de nos résultats techniques et financiers. De ce fait, nos résultats proviennent majoritairement du « technique », soit de notre métier d’assureur. Ce qui signifie que nous procédons à une sélection de risques très pointue. Nous ne voulons pas faire du chiffre d’affaires facile, nous appliquons des méthodes rigoureuses de sélection. Toutefois, les assurances-Vie ne représentent que 5,1 % de notre chiffre d’affaires consolidé, cela s’explique par le fait que Atlanta-Sanad ne sont pas adossées à un groupe bancaire. Par contre, en matière de dommages, Atlanta a fait un chiffre en progression de 17 % et 13,3 % en consolidé, contre une évolution du marché de 11,4 %. Sur le plan de la rentabilité, il faut préciser que les produits vie d’épargne et de capitalisation ont une rentabilité très faible, voir même négative. En effet, pour ces produits, lorsque l’assureur réalise des bénéfices, il a l’obligation de distribuer au profit des assurés un minimum de 70 % sous forme de participation aux bénéfices. Dans la pratique, tous les contrats vont au-delà de ce minimum. Ils stipulent un taux de 90 %.
Par ailleurs, les assurances sociales (accidents de travail et groupe-maladie) , ont fortement progressé au cours de ces dernières années et leur part dans la structure de notre portefeuille est de plus en plus importante. Cela est justement lié à la qualité de notre service et à la politique de prévention que nous menons pour éviter à l’entreprise assurée de s’exposer abusivement à des augmentations régulières des primes pour assurer l’équilibre de ses contrats. C’est, en fait, une véritable relation de partenariat que nous essayons d’instaurer et qui nous permet d’accompagner l’assuré pour l’amélioration de ses résultats statistiques. Nous refusons de considérer qu’il s’agit de produits d’appel pour les risques de l’entreprise et de cumuler ainsi les déficits. Ce raisonnement, malheureusement courant, n’est ni dans l’intérêt de l’assureur, ni de l’entreprise assurée. Sanad, qui est aussi une compagnie généraliste, est dans la même tendance.

A l’heure où, la bancassurance est la voie de développement choisie par le secteur des assurances, comment comptez-vous continuer à vous développer sans cette branche ?
Je dirai que nous pourrions continuer à nous développer sans la bancassurance et c’est déjà le cas aujourd’hui, d’autant que ce n’est pas là où il y a le plus de rentabilité. Cela ne veut pas dire que nous n’y intéressons pas. La preuve est que nous avons signé, au mois de novembre dernier, une convention de partenariat avec le CIH pour le développement des produits de bancassurance. Certains contrats ont déjà pris effet à partir du 1er Janvier. Nous comptons accompagner cette banque dans sa stratégie et créer pour ses clients des produits adaptés, tout en ayant d’autres projets de partenariat en cours de négociation.

M. Sekkat, les compagnies locales d’assurances s’adossent aussi de plus en plus à des professionnels étrangers pour la conception des produits d’assurances et leurs systèmes informatiques. Est–ce un besoin que vous ressentez et avez-vous ce genre de projets ?
Le marché marocain a beaucoup évolué ces dernières années sur le plan technique en particulier. Je pense que le Maroc n’a pas besoin d’assistance technique en matière de montage de produits sachant que les règles sont fixées par la réglementation et les techniques maîtrisées par les actuaires. Donc en ce qui concerne la conception des produits, toutes les compagnies savent faire. Les produits distribués par le secteur des assurances dépassent les besoins du marché à l’exception des risques qui ne s’adaptent pas à l’environnement marocain comme l’assurance chômage par exemple. En ce qui concerne les systèmes d’informations, le Maroc exporte des informaticiens, et en ce qui concerne les logiciels d’assurance, les compagnies les renouvellent au fur et à mesure de la mise à jour qui s’impose sur le marché international. Atlanta-Sanad ont opté pour le développement de leurs produits en interne pour mieux les adapter et à ce jour nous n’avons pas eu à le regretter. D’après mon expérience, les compagnies qui ont fait le choix d’acquérir des logiciels d’assurance ont eu du mal et pris du temps à les faire tourner après y avoir investi lourdement.

Dans le résultat consolidé d’Atlanta, quel est le poids des plus-values de cessions issues de la revalorisation de votre portefeuille du fait de la fin des exonérations fiscales introduites par la Loi de Finances 2008 ?
Evidemment, du fait du non renouvellement de l’abattement fiscal, nous avons fait, comme l’ensemble des compagnies d’assurances, des opérations d’aller-retour pour profiter des avantages fiscaux. Mais, je peux vous dire que nous avons été très prudents en prenant une marge dans le choix de la valeur des titres de notre portefeuille pour nous mettre à l’abri d’une éventuelle baisse des cours et ne pas avoir à provisionner. Car, comme vous le savez, les compagnies d’assurances doivent provisionner dès que la valeur d’un titre perd 25 %. Nous avons donc préféré valoriser d’ores et déjà notre portefeuille nettement en dessous de cette dépréciation. Toutefois, pour répondre concrètement à votre question, je précise que le dépassement par rapport au budget de ces opérations d’aller-retour que nous avons réalisées est de l’ordre de 95 millions de dirhams. Cela veut dire, qu’en net  d’impôt, la part des plus-values non budgétisée dans le résultat net d’Atlanta devient accessoire. Nous avons donc essayé de bénéficier de l’avantage fiscal, mais de façon raisonnable. Je peux vous confirmer également que le montant des plus-values latentes sur les titres de participation que nous possédons, est maintenu à un niveau confortable.

Atlanta procède à une augmentation de capital par conversion d’une partie du dividende en actions. A combien s’élèvera-t-elle ?
Atlanta propose à ses actionnaires un dividende de 42,5 dirhams dont 12,5 convertibles en actions sur la base d’un prix de 1250 dirhams l’action. Mais, il s’agit d’une proposition et les actionnaires auront le choix de prendre la totalité de leur dividende en numéraires. Nous ne pouvons donc pas évaluer par avance l’augmentation de capital qui en découlera.

Enfin, quelle appréciation portez-vous sur l’évolution du cours d’Atlanta à la bourse de Casablanca ?
Je demande à ce que les analystes jouent leur rôle et regardent de près les résultats de nos compagnies, notamment par rapport à nos budgets publiés dans la note d’informations au moment de notre introduction en bourse et qui ont servi de base à l’évaluation de la valeur d’introduction de l’action d’Atlanta. C’est pour leur donner le maximum d’informations que nous avons publié aussi bien nos comptes consolidés que les comptes sociaux d’Atlanta. Car les écarts sont très importants par rapport à 2006 et au budget, aussi bien au niveau de la progression du chiffre d’affaires, qu’au niveau des résultats annuels techniques et du ratio combiné qui permet de juger de la rentabilité de notre portefeuille.


 

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