Auteur : Afifa Dassouli
La crise financière née aux Etats-Unis en août dernier, communément appelée « crise des subprimes », n’a pas manqué d’impacter négativement l’économie américaine et, par le jeu de la mondialisation, celles des pays occidentaux développés. D’aucun, qui disaient que les économies émergentes permettraient de préserver la croissance mondiale d’une phase dépressive, commencent à changer d’avis du fait notamment des taux d’inflation qui caractérisent les pays les plus en vue de l’émergence, comme la Chine et l’Inde. Serait-ce, pour autant, que la crise touchera l’ensemble des pays du « Sud » ? La question se pose vraiment à l’heure où des économies, comme celle du Maroc par exemple, malgré une insertion de plus en plus évidente dans le champ de l’économie mondiale, devraient réussir à tirer leur épingle du jeu. Plusieurs facteurs et raisons expliquent cette perception anticipative optimiste. La première, est que le système bancaire et financier national est sain, moderne et à l’abri des turbulences financières internationales, d’une part du fait de l’existence d’une barrière qui a pour nom règlementation des changes, d’autre part, parce que les banques locales, même si elles commencent à pratiquer les produits structurés, ne le font pas de la façon débridée qui a été celle de certaines de leurs consœurs américaines et européennes engagées dans les produits dématérialisés de titrisation douteuse. La seconde raison, c’est que l’économie nationale est toujours en phase de croissance, hors secteur primaire s’entend, traduisant par des investissements étatiques et privés, tant locaux qu’étrangers, un dynamisme qui devrait continuer à se manifester dans les prochaines années. En effet, le Maroc bouge, s’équipe, investit, se développe et l’intérêt que lui porte la grande presse internationale en est l’exemple le plus probant. C’est d’ailleurs un paradoxe souvent relevé que celui de constater que ce qui s’écrit à l’extérieur a plus d’impact localement que ce qui est publié à l’intérieur. Mais, on ne s’en plaindra pas s’il s’agit d’articles ou d’analyses qui présentent la réalité du Royaume sous son vrai jour, celui « d’un immense chantier à ciel ouvert », pour reprendre l’expression heureuse de M. Mohamed Kettani, PDG d’Attijariwafa bank, lors de la présentation des résultats de la banque la semaine passée.
Figaro Si, Figaro La C’est de cet esprit que relève, incontestablement, la page entièrement dédiée à l’essor économique marocain actuel et publiée par le quotidien parisien à grand tirage Le Figaro en son édition du lundi 24 mars sous la plume de son envoyé spécial Arnaud Rodier. Ce dernier, qui a notamment enquêté à Casablanca, constate que la capitale économique du Maroc, qui accueille 48 % des investissements nationaux et réalise 45% du PIB du pays, déploie des efforts intenses pour conserver un leadership que lui contestent désormais des villes comme Tanger (avec le projet Tanger-Med, entre autres), Rabat, Fès ou Marrakech. C’est qu’effectivement la métropole économique, qui a privilégié depuis plusieurs années l’investissement dans les nouvelles niches, est l’exemple probant de la concrétisation du Plan Émergence, lancé en 2005, au temps du gouvernement Jettou. Dans l’optique d’un accroissement du PIB de 1,6 point par année, ce plan décennal prévoit la création de 44 000 emplois annuels à partir de l’implantation de nouvelles activités dont l’offshoring, l’aéronautique, l’automobile, l’électronique, l’agroalimentaire, la pêche et le textile. Mais le plan Émergence n’est plus seul puisque de nouvelles orientations ont été imprimées, grâce à l’étude qui avait été réalisée en juillet 2007 par le cabinet américain Monitor, laquelle étude a notamment déterminé de nouvelles niches comme la nanotechnologie, la microélectronique ou encore la biotechnologie. Casablanca, en fait, grâce à une anticipation judicieuse, a ainsi réussi à se positionner favorablement dans le champ extrêmement compétitif et très ouvert à la concurrence de l’offshoring ou des industries aéronautiques, secteurs de pointe s’il en est. L’une des illustrations de ce pari audacieux est Casanearshore, dédié à la délocalisation d’entreprises qui cherchent les meilleurs coûts et des télécommunications performantes, ce que Maroc Telecom garantit au prix d’investissements conséquents en équipements chaque année. C’est ainsi que l’Indien Tata Consultancy Services a choisi Casanearshore pour une externalisation des processus métiers et des traitements informatiques, au même titre que le Marocain HPS ou le Français BNP Paribas. D’autres sociétés occidentales ont fait de même, mais, comme le relève l’envoyé spécial du Figaro, elles préfèrent rester discrètes afin que leurs plans de délocalisation ne suscitent pas des levées de boucliers syndicaux dans leurs pays d’origine… L’informatique n’est d’ailleurs pas le seul atout de la métropole économique qui, grâce à une joint venture entre Boeing et Labinal, Matis Aerospace, développe un savoir-faire des plus performants en matière d’équipements sophistiqués pour l’industrie aéronautique. Matis Aerospace, qui se satisfait pleinement des compétences des ingénieurs marocains, « aussi bien payés ou presque que leurs homologues en France », prévoit la création de 30 000 emplois à l’horizon 2020 ! Pour conforter sa position privilégiée et malgré les projets qui se multiplient à Marrakech ou à Fès, Casablanca mise également sur le développement touristique et tout spécialement le tourisme d’affaires et les « incentives ». C’est l’objectif que s’assignent la CDG et la Communauté urbaine à travers une société commune qui a pour mission la réalisation de la marina, de terrains de golf, d’un palais des congrès et de plusieurs unités hôtelières. Celles-ci emboîteront le pas donc au Groupe Accor et à Risma lesquels sont déjà présents grâce à l’ouverture récente d’une unité Novotel, de plusieurs Ibis et la construction prochaine d’un Sofitel dans le cadre de Casablanca City Center. Tout cet effort, bien sûr, ne devrait pas rester sans conséquences sur la croissance économique du Maroc, laquelle devrait, à partir de 2010, compter sur les nouvelles technologies pour 10 % au moins du PIB, plaçant ainsi ce secteur comme l’un des plus importants de l’économie nationale. Il sera sans doute concurrencé par celui des équipementiers et de l’assemblage automobile, notamment dans le nord du Royaume où, à côté du projet Renault-Nissan, s’implantera une nouvelle unité de l’Américain Delphi qui emploiera dans les prochains mois plusieurs milliers de personnes dédiées à la fabrication de pièces automobiles pour l’export. Tels sont, brièvement évoqués, quelques points saillants d’une dynamique qui, ajoutée à celles des investissements privés multisectoriels, du développement de la Bourse des valeurs « boostée » par la programmation de plusieurs introductions prochaines, de l’essor des constructions sociales et résidentielles un peu partout dans le pays, des chantiers d’infrastructure aux quatre coins du Royaume, donne à penser et à espérer que la crise mondiale n’impactera pas trop fortement la croissance économique réelle du Maroc.
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