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Financement du Trésor : Le Trésor, un opérateur de marché comme les autres

Auteur : Moussa Diop

M. Zouhair Chorfi, Directeur du Trésor, a tenu une conférence de presse, le mardi 18 mars à  Rabat, devant un parterre de journalistes et de représentants des IVT (Intermédiaires en Valeur du Trésor), sur le financement du Trésor en 2007 et les perspectives de 2008. Lors de cette rencontre, la question pendante était celle du retour du Trésor sur les maturités moyen et surtout long terme du marché de la dette  pour marquer les taux sur cette partie de la courbe qui sert de référence pour les crédits immobilier notamment. Et dans un environnement national et international où la préservation du pouvoir d’achat est sur toutes les lèvres, beaucoup de Marocains scrutent avec anxiété les sorties du Trésor sur ces maturités. Et pour cause, les taux variables des crédits immobiliers dépendront fortement des sorties du Trésor sur ces maturités. Sur cette question cruciale, la position de M. Zouhair Chorfi, Directeur du Trésor, a été limpide. Il a d’abord précisé que «sur la partie longue de la courbe des taux, l’évolution des taux doit dépendre surtout des anticipations sur les fondamentaux économiques (déficit budgétaire, niveau d’inflation, etc.) du pays et non des offres des investisseurs». D’ailleurs, pour corriger cette faille, «le Trésor s’est fixé un objectif d’instituer un taux de marché, comme l’euribor (euro interbank offred rate) au niveau européen, pour servir de référentiel à l’évolution des taux», a-t-il révélé. Et en l’absence d’un tel instrument, «le Trésor a refusé toute remontée importante des taux pour ne pas impacter l’évolution des crédits octroyés à l’économie, particulièrement les crédits immobiliers à taux variables». Plus explicitement, ajoute M. Chorfi, si on avait retenu les offres des investisseurs, «nous aurions dû accepter pour les maturités 10 à 15 ans des hausses de taux de plus de 100 à 150 points de base (pbs) en 2007». Une telle situation aurait constitué une charge supplémentaire lourde pour tous ceux qui avaient contracté un crédit immobilier à taux variable.

L’encours de la dette intérieure en baisse
N’empêche, M. Chorfi a adressé un message aux IVT présents en soulignant qu’il n’écartait pas des hausses modérées des taux long, justifiant qu’«avec des hausses de 50 pbs enregistrées au cours de ces dernières semaines, il est possible que le Trésor revienne sur les maturités moyen et long terme», sans toutefois fixer un timing. Dans tous les cas, et modérée soit-elle, la pilule risque d’être difficile à digérer pour nombre de particuliers, notamment ceux de la classe moyenne, qui, en plus de la hausse du panier de la ménagère, font face à la révision à la hausse de la TVA sur la LOA. Mais, c’est le revers de la médaille des crédits à taux variables et il faut savoir accepter les règles du marché si celles-ci ne sont pas bien évidemment biaisées.
Sur le reste, le Directeur du Trésor a détaillé la situation du financement du Trésor au titre de l’année 2007, se réjouissant que «pour la première fois de son histoire, l’encours de la dette publique termine l’année avec une baisse évaluée à 1 milliard de dirhams pour se fixer à 330,1 milliards». Cette baisse est le fait essentiellement de l’encours de la dette intérieure qui marque un repli de 1 %, ou 1,9 milliard de dirhams, à 264,1 milliards de dirhams, ne représentant plus que 43,9 % du PIB contre 46,3 % en 2006. Par contre, les charges en intérêts et commissions de la dette intérieure payées ont connu une légère hausse de 320 MDH à 16,7 milliards de dirhams. 
Bien qu’en légère contraction de 329 MDH, les bons émis par adjudication représentent encore plus de 98 % de l’encours total de la dette intérieure, traduisant ainsi l’extinctions des autres instruments de financement. A ce titre, il est à signaler que les souscriptions en Bons du Trésor se sont établies à 41,9 milliards de dirhams en 2007, contre 38,8 milliards en 2006, soit une progression de 3,1 milliards de dirhams. Cette progression se justifiant essentiellement «par les émissions effectuées par le Trésor pour rembourser les avances conventionnelles à Bank Al-Maghrib et qui se sont élevées à 4,5 milliards en 2007 contre 1 milliard en 2006», explique M. Chorfi. Avec ces remboursements, «le Trésor a apuré toutes les avances conventionnelles consenties par Bank Al-Maghrib à l’Etat se conformant ainsi aux normes internationales en matière d’autonomie de la Banque Centrale par rapport à la politique budgétaire du Gouvernement, et ce à peine deux ans après l’entrée en vigueur des nouveaux statuts de l’institut d’émission», s’est félicité le Directeur du Trésor.
A noter également que le Trésor a focalisé ses interventions au niveau du marché de la dette sur la maturité court terme dont les souscriptions ont représenté 60 % des adjudications globales, contre seulement 18 % pour le long terme et 22 % pour le moyen terme. Conséquence, la durée de vie moyenne de cette dette a poursuit sa tendance baissière en reculant de 4 mois pour s’établir à environ 6 ans et 5 mois à fin 2007. A noter aussi que plus de 86 % de l’encours est assorti d’un taux d’intérêt compris entre 3 % et 7 %. 

Aisance financière
Côté créanciers, les banques et les compagnies d’assurance demeurent les premières sources de financement du Trésor avec pour chacune d’entre elles une part de 28 % de l’encours de la dette intérieure. Les OPCVM (19 %), la CDG (9 %) et les autres créanciers se partageant le reliquat. «Bien que les crédits à l’économie aient augmenté fortement en 2007, le portefeuille des Bons du Trésor détenus par les banques a accusé une baisse de 5 % à 73,23 milliards de dirhams, ce qui signifie qu’il n’y a pas d’effet d’éviction comme certains le laissent entendre», s’est expliqué M. Chorfi.
Enfin, côté besoins de financement pour 2008, le Trésor compte mobiliser sur le moyen et long terme 27 milliards de dirhams au titre de l’exercice 2007. Les besoins nets sont estimés à seulement 7 milliards de dirhams, ce qui illustre l’aisance du Trésor. «Nous sommes sereins sur notre capacité d’exécution de la loi de Finances 2008 dans des conditions meilleures que les prévisions établies et ce grâce aux hausses de recettes attendues qui permettront d’atténuer l’augmentation des dépenses, notamment celles résultant de l’appréciation du baril du pétrole», dixit M. Chorfi. D’ailleurs, et afin d’assurer une gestion active de sa trésorerie, «le Trésor souhaite obtenir l’autorisation de Bank Al-Maghrib pour pouvoir placer une partie de ses excédents de trésorerie sur le marché monétaire et ou, le cas échéant, alimenter son compte courant à travers des emprunts à très court terme», a laissé entendre le Directeur du Trésor. Cela lui permettra d’améliorer de manière significative la gestion active de la trésorerie publique. 


 

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