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Monnaie & Changes : Quels impacts de l’euro et du dollar sur l’économie marocaine ?

Auteur : Moussa Diop

Lors de l’élaboration de la Loi de finances 2008, les conjoncturistes du Ministère de l’Economie et des Finances, conscient de l’impact des évolutions de l’euro par rapport au dirham et du cours du baril de pétrole sur l’évolution de la balance commerciale et des dépenses budgétaires, avaient retenu comme hypothèses une parité euro/dollar de 1,4 et un baril de pétrole à 75 dollars. Ces hypothèses sont aujourd’hui loin de la réalité. En effet, l’euro continue à s’envoler par rapport à la devise américaine. Ainsi, à l’ouverture du marché de la séance du mercredi 12 mars, la parité euro/dollar s’établissait à 1,54, soit 0,14 point de plus que le taux retenu lors de l’établissement de la loi des Finances. Et la tendance ne semble pas vouloir s’inverser de sitôt étant donnée que les facteurs à l’origine de la dégringolade du dollar ne cessent de s’amplifier (cf. entretien). Mais l’écart le plus important et certainement aussi qui aura le plus d’impact sur la loi de Finances et sur l’économie marocaine est celui résultant de l’évolution du baril de pétrole. Ainsi, à 105,01 dollars le baril du brent (108,75 dollars le light sweet crude américain), l’écart par rapport à l’hypothèse signalée plus haut s’établit à 30 dollars par baril. Là aussi, et du fait le prix du baril de pétrole suit, depuis quelques semaines, voir quelques mois, le mouvement de bascule, le recul du dollar s’accompagnant d’un flambée de l’or noir.
Cette situation n’est pas sans effet sur l’économie marocaine. En effet, le dirham marocain étant adossé à un panier de devises avec une prépondérance de l’euro (environ 80 % du panier) par rapport au dollar (moins de 20 % du panier), la hausse de la monnaie unique européenne se traduit inéluctablement par une appréciation de la monnaie marocaine par rapport au billet vert et aux monnaies ayant le dollar américain comme devise d’ancrage, c’est la cas notamment de certains pays asiatiques. Partant, si la dépréciation de dollar face à l’euro et par ricochet par rapport au dirham, rend les importations libellés en dollars (pétrole, produits agricoles, etc.) moins onéreuses pour le Maroc, il n’en demeure pas moins que les importations en provenance de la zone euro (biens d’équipement, demi-produits, etc.) tendent à s’alourdir du fait de l’appréciation de l’euro face au dirhams et que les exportations facturées en dollar tel le phosphate dont le Maroc est le premier exportateur au monde pâtissent de la faiblesse de la monnaie américaine. De même, si le dirham joue aujourd’hui le rôle d’amortisseur efficace des chocs externes liés à la hausse des cours de pétroles et des produits agricoles, il n’en demeure pas moins que la flambée des cours de ces produits est telle que la facture demeure colossale avec des impacts négatifs sur les dépenses budgétaires et dont sur le déficit budgétaire attendu en 2008. Et si les répercussions de ces hausses ne se font pas trop sentir sur le consommateur final, c’est grâce surtout à la Caisse de Compensation qui commence à devenir un véritable goulot d’étranglement pour le Gouvernement. Les dépenses de celle-ci sont ainsi passées de 3 milliards de dirhams à la fin des années 1990 à 12,2 milliards de à fin 2006, sous l’effet particulièrement de la flambée des cours du pétrole et du blé, absorbant ainsi l’équivalent de la moitié du budget alloué à l’investissement.  
C’est dire que l’évolution de la parité euro/dollar a aussi bien des effets négatifs et positifs sur les échanges extérieurs du Maroc et des dommages collatéraux importants à même de freiner la croissance du pays.
Face à cette situation, et pour pérenniser la croissance économique seule à même de créer des emplois tout en profitant des possibilités qui se présentent sur le marché mondial, le Royaume se doit de concentrer ses efforts, plus que par le passé, à l’amélioration de la compétitivité de son tissu économique et ne pas tout mettre sur le compte d’une politique de changes. Les réformes entreprises jusqu’à présent ont permis certes d’atténuer l’effet de la crise, mais pour se prémunir davantage, il faudrait poursuivre et renforcer ces réformes (notamment au niveau judiciaire et de l’enseignement) afin d’améliorer encore plus l’environnement des affaires et rendre le Royaume plus attractif.


 

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