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Gestion collective : Les OPCVM obligataires délaissés par les investisseurs

Auteur : Moussa Diop

Placement de refuge pour les investisseurs qui ne souhaitent pas trop prendre de risques en investissant directement sur le marché actions ou indirectement sur les OPCVM actions et diversifiés, les fonds obligataires ont longtemps constitué l’essentiel de l’encours du marché de gestion de portefeuille. L’intérêt des investisseurs pour cette catégorie de fonds s’expliquait essentiellement du fait que ces fonds leur garantissaient généralement des rendements sûrs, bien que relativement faible comparativement à ceux offerts par les fonds actions, plus risqués certes. A la faveur de l’évolution favorable des taux et surtout de la crise qu’avait traversé le marché boursier, les OPCVM obligations étaient même devenus le véhicule phare des produits de placement en réussissant à marier convenablement rendements appréciables et risques faibles. Ce faisant, ils ont drainé l’essentiel des placements de portefeuilles, représentant jusqu’à plus de 70 % de l’actif net géré du marché à un certain moment. Le retournement de situation au niveau de la Bourse de Casablanca à partir de 2003 ne s’est pas traduit directement par des rachats massifs au profit des fonds actions et diversifiés qui offraient d’excellents rendements. Et pour cause, les gérants de fonds obligataires ont adapté leurs stratégies à la nouvelle donne du marché. Tout en jouant sur la sensibilité des fonds obligataires, ils ont globalement opté pour la diversification du support d’investissement en adoptant des dosages fin en actions pour doper leurs performances. Résultats, les OPCVM obligataires ont continué à afficher d’excellentes performances jusqu’en 2006 et certains sont même arrivés à battre des fonds investis majoritairement ou totalement en actions de sociétés cotées.

Réorientation des placements

Reste que la poursuite de l’embellie boursière avec son corollaire de performances exceptionnelles des OPCVM actions et diversifiés et l’évolution défavorable des taux sur le marché secondaire en 2007 ont fini par désarçonner les placements obligataires. Du coup, les investisseurs ont commencé à se détourner de ces placements pour d’autres plus rémunérateurs. D’abord, «les fonds dédiés des compagnies d’assurance et des Caisses de retraite ont retiré une partie non négligeable de leurs portefeuilles obligataires pour investir une partie à l’étranger comme l’autorise la réglementation des changes et réorienté le reste vers le marché actions local pour pouvoir profiter de l’évolution favorable du marché boursier dans un contexte porteur et ce afin de se prémunir contre une hausse des taux au niveau du marché secondaire», explique M.   Abderrazek Oumerri, Responsable Gestion Obligataire Alistitmar Chaabi. Par la suite «il y a eu un comportement moutonnier. Les gros clients et certains petits porteurs ont emboîté le pas aux fonds dédiés en procédant à des mouvements de rachats massifs pour ne pas subir la tendance haussière des taux sur le marché secondaire», poursuit M. Oumerri. Et ils avaient vu juste. En effet, alors que les taux secondaires avaient enregistré des replis significatifs en 2006 par rapport à 2005, contribuant aux excellentes performances des fonds, en 2007, et comparativement à 2007, les taux ont flambé sur toute la courbe avec des variations allant de 34 points de base (pb) pour le 30 ans (4,308 %) à 118 pb pour la maturité de 26 semaines (3,820 %).
Suite à la hausse des taux, très manifeste au niveau du marché secondaire (cf. tableaux), la situation s’est aggravée à cause des dépassements de sensibilité et des débits. En effet, soutient M Oumerri, quand il y a des rachat sur un OPCVM moyen et long sans qu’il y ait en contrepartie du cash, celui-ci devient débiteur. Et cette situation a coïncidé ave des taux monétaire qui étaient aux alentours de 3,4 % -3,5 % qui ont même atteint 4,25 %, renchérissant le coût de refinancement». En effet, poursuit-il, «avec des taux à 2,25 %, 2,30 % et même 2,5 %, on disposait des marges du fait qu’on pouvait céder son débit en  le finance à un taux bas. Mais avec un taux supérieur ou égal à 3,5 % auquel s’ajoute une TVA de 10 % non récupéré, le coût de refinancement du débit devient très exorbitant». Partant, et face à cette situation, les gérants ont préféré liquider leurs positions avec une perte certes au lieu de laisser les débits et les pertes (baisse de la valorisation, coût de refinancement, etc.) ronger chaque semaine l’actif du portefeuille. C’est dire que le resserrement monétaire constaté durant l’année 2007, et particulièrement au second semestre a beaucoup contribué à l’aggravation de la situation au niveau du compartiment obligataire.

Moins de 50 % de l’encours global

Du coup, les souscripteurs ont commencer à se désintéresser petit à petit des OPCVM obligataires au profit des fonds actions, diversifiés et monétaires qui réalisent de rendements meilleurs. Cela a été manifeste aussi bien au niveau des souscriptions que des rachats. Ainsi, en 2007, alors que les encours fonds actions et diversifiés progressaient de respectivement 64,45 % à 14,63 milliards de dirhams et 51,60 % à 9,77 milliards de dirhams, l’actif net géré des fonds obligataires baissait de 12,36 % à 70,12 milliards de dirhams. Ainsi, les fonds obligataires qui représentaient 61,78 % de l’encours total du marché ne concentrent plus actuellement qu’à peine 50 % de l’actif net géré. Les investisseurs qui ont une forte aversion au risque se sont positionnés sur le monétaire qui représente désormais plus du quart de l’encours total du marché. C’est dire que l’embellie boursière n’explique pas tout. Il faut reconnaître que les fonds obligataires ont beaucoup perdu de leur superbe. Ainsi, et au titre de l’exercice 2007, les OPCVM obligataires ouverts au public ont réalisé des performances comprises entre -7,09 % et +3,09 %.
En tenant compte du niveau d’inflation, de la fiscalité sur les OPCVM obligataire et des frais de gestion, on peut dire qu’au meilleur des cas, les rendements de ces fonds sont négligeables. Et la situation ne semble pas trop s’améliorer depuis le début de l’année en cours avec des performances comprises entre 2,69 % et -1,11 %. «Certains OPCVM Obligataire moyen et long terme ont pu s’en sortir en dégageant des performances faibles ou en essuyant des pertes minimes et ce en gardant des actifs d’une sensibilité de 3, 3,5 ou 4, par contre. Par contre, ceux qui avaient des actifs très sensibles et très exposés au marché ont subi le coup et ont enregistré des pertes plus significatives», fait remarquer M. Oumerri. Du coup, en plus de l’absence de souscriptions pour les fonds obligataires, les rachats semblent se multiplier. Rien que lors de la première semaine du mois de février, l’encours des OPCVM obligataire s’est amoindri de plus de 2 milliards de dirhams. Et la tendance n’est pas prête à s’inverser.


 

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