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Bourse : Le mouvement haussier du marché devrait se poursuivre en 2008

Auteur : Moussa Diop

Dans un marché où l’incertitude est la règle, analystes et experts semblent accorder leurs violons. Gagnés par un optimisme béat, excès d’optimismes diront les plus prudents, tous prédisent la poursuite du mouvement haussier de la Bourse de Casablanca, même si nombre d’entre eux hésitent d’avancer des chiffres.
Pour établir leurs prévisions, si certains continuent à se baser sur l’analyse fondamentale, d’autres n’hésitent pas à égayer celle-ci des enseignements de l’analyse technique. Globalement, plusieurs facteurs se liguent cette année encore pour assurer une croissance vertueuse du marché boursier. La place tirera d’abord profit de la bonne orientation de l’économie nationale même si beaucoup d’observateurs ne manquent pas de souligner la déconnexion de la Bourse du reste de l’économie. Cela a été manifeste en 2007 lorsque la Bourse affichait une progression de plus de plus de 33 % alors que le PIB ne devrait enregistrer qu’une croissance mitigée d’à peine 2,6 %. Pour 2008, la croissance du PIB devrait ressortir à 6,8 % tirée par une valeur ajoutée agricole en hausse de 12,8 % et la consommation des ménages qui demeure le principal moteur de la croissance économique.

Croissance bénéficiaire

Par ailleurs, le niveau d’inflation devrait rester maîtrisé autour de 2 % et le déficit budgétaire, en dépit de l’envolée des cours des matières première (pétrole, céréales, etc.) devrait s’établir autour de 3 %. Outre la solidité des fondamentaux de l’économie nationale, un certain nombre de facteurs devrait contribuer à la bonne orientation de la place. D’abord, comme lors des trois dernières années, la Bourse de Casablanca serait tirée par les mouvements d’introduction en bourse. Plusieurs entreprises sont annoncées. Parmi celles-ci figurent plusieurs postulants dont Delattre Levivier Maroc, Delta Holding, Finatech Group, Hyper S.A, Chaabi Lil Iskane, etc. Chaabi Lil Iskane est certainement la plus attendue quand on sait l’accueil que réserve le marché aux sociétés du secteur immobilier. Plusieurs autres entreprises sont citées et beaucoup d’observateurs pensent que le record d’introductions en Bourse lors d’une année (10 en tout) sera battu en 2008. Ensuite, il y a l’évolution favorable des capacités bénéficiaires qui pèsent sur la balance. Pour 2007e, les analystes du département Analyse & Recherche de CDG Capital tablent sur une hausse de 21,5 %, après une performance de 26,4 % en 2006. Pour 2008, ils soulignent que «profitant de conditions économiques favorables, la capacité bénéficiaire de la place casablancaise devrait enregistrer, lors de l’exercice 2008, une progression estimée à 13,5 %, soit plus de 28 milliards de dirhams». Cette capacité bénéficiaire devrait bénéficier de la réduction du taux d’imposition appliqué aux société de droit commun (30 % au lieu de 35 %) et aux établissement financiers (37 % au lieu de 39,6 %). Idem pour les analystes de BMCE Capital Bourse qui évaluent «la croissance de la capacité bénéficiaire prévisionnelle des sociétés cotées pour l’année 2008 à 15,5 % (hors effet de la baisse de l’IS)». C’est dire que dans tous les cas, la croissance bénéficiaire globale des sociétés de la place devrait au moins être deux fois supérieures à la croissance du PIB. Toutefois, cette hausse ne serait pas le fait de tous les secteurs d’activité. Pour les analystes de CDG Capital, «cette hausse des bénéfices des sociétés cotées sera portée essentiellement par le secteur immobilier dont la contribution à cette évolution est estimée à 41,8 %». Le secteur devrait continuer à profiter d’une conjoncture sectorielle favorable entretenue par le déficit en logements et l’insuffisance des infrastructures touristiques. Les Télécommuni-cations et les Bâtiments & Matériaux de construction devraient également suivre le trend.

Volatilité accrue

Partant, les analystes de BMCE Capital, «le trend haussier devrait se poursuivre en 2008 et ce, en dépit du climat ayant régné sur la place boursière au cours des deux derniers mois de l’année 2007». Toutefois, poursuivent-ils, «le potentiel de hausse devrait être limité comparativement à 2007 (+33,92 %)». Pour eux, et partant des prévisions obtenues de l’analyse technique, le marché devrait évoluer en suivant quatre phases. Après une phase de reprise de la tendance haussière qui durera jusqu’en mai, le marché devrait corriger pour redescendre aux alentours des 11 500 points en août avant de reprendre un nouveau mouvement haussier et se propulser vers un maximum de 14 540 points en novembre avant de corriger à nouveau et retomber aux alentours des 14 000 points à la fin de l’année. Bref, pour eux, «le MASI devrait s’inscrire en 2008 en consolidation latérale prolongée laquelle devrait l’orienter vers une performance annuelle aux alentours de 15 %».
Seul hic, les cours de plusieurs sociétés cotées sont à leur plus haut niveau, avancent nombre d’observateurs. Certains n’hésitent pas à parler d’une déconnexion entre le niveau des cours et les fondamentaux de certaines entreprises cotées. Partant de l’adage boursier que «les arbres ne montent pas jusqu’au ciel», beaucoup jugent que des corrections à même de rendre au marché son attrait ne pas à écarter. Reste à connaître le timing et l’ampleur de ces corrections qui sont souvent utiles pour relancer le marché à un moment ou le niveau des cours semble devenir un obstacle pour la liquidité de plusieurs titres. D’ailleurs, certaines sociétés n’hésitent pas à procéder à des opérations d’augmentation de capital par d’actions gratuites aux actionnaires dans le but de réajuster leur cours boursier à la baisse tout en augmentant le flottant. C’est le cas dernièrement de Lafarge Ciments et de Distrisoft.

Excellent démarrage

Dans tous les cas, l’évolution du marché depuis le début de l’année laisse entrevoir de bonnes perspectives. Outre l’importance de la volumétrie, tous les indices enregistrent d’excellentes performances. Le MASI et le MADEX, tirés par les bons comportements des valeurs phares de la place pointent avec des performances annuelles respectives de 13,09 %, à 14 356,98 points, et 13,68 %, à 11 896,16 points, pour une capitalisation boursière qui a augmenté de 83 milliards de dirhams pour s’établir à 669,03 milliards de dirhams. La première capitalisation boursière de la place, Maroc Telecom, a fortement contribué à cette hausse avec un cours qui s’est apprécié de plus de 29 % depuis le début de l’année à 191 dirhams (séance du lundi 18 février). Dans tous les cas, il ne faut pas trop s’enflammer. Le marché sera très volatile cette année. Selon les analystes de BMCE Capital Bourse, «dépourvus d’incitations fiscales (notamment les abattements dont ils bénéficient en fonction de la période de détention des titres), les institutionnels seraient enclins à réaliser plus rapidement des prises de bénéfices à court terme sur le portefeuille non stratégique».
Dans tous les cas, la place casablancaise serait immunisée de la conjoncture boursière mondiale difficile du fait de la faible intégration économique et financière du Maroc et de son poids dans l’économie mondiale. D’ailleurs, certains n’hésitent pas à soutenir que la crise boursière qui touche plusieurs régions peut être bénéfique pour le Royaume qui pourrait ainsi voir affluer d’investisseurs à la recherche de placements sécurisant pour leur capital.


 

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