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Roumanie : Le système bancaire, acteur premier de la croissance économique

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DNES à Bucarest

A la veille du premier anniversaire de son adhésion à l’Union Européenne, la Roumanie offre un système bancaire totalement restructuré aux investisseurs potentiels.  Après sept ans d’efforts, celui-ci est en mesure d’accompagner le développement économique du pays.
Jusqu’en 1998, dix ans après la révolution roumaine, le système bancaire roumain était essentiellement étatique bien que constitué de grandes banques, avec juste quelques succursales étrangères de la Société Générale, de la Citibank, d’ING, et d’ABN Amro aux  parts de marché très limitées. Les années Quatre vingt-dix ont été celles des  turbulences et des  faillites. On se souvient tout particulièrement de Bancorex, la banque du commerce extérieur, qui a sombré pour des raisons généralement reconnues de manque de compétence des managers et de défaut de supervision dans un contexte politique tres difficile. Puis, le gouvernement roumain, suivant le mouvement engagé dans les autres pays de l’Europe de l’Est, a conduit une politique de privatisation des banques pour en faciliter la restructuration. La première banque privatisée fut la BRD, achetée par la Société Générale  en 1999. D’autres ont suivi, faisant qu’aujourd’hui le système bancaire roumain  est à  90 % entre les mains de banques internationales.  Il n y a plus vraiment de grandes banques publiques sauf la Caisse d’Epargne dont la part de marche représente  moins 5 % et qui peine  à avoir une stratégie de développement.
Le système bancaire roumain compte aujourd’hui 38 banques du fait du nombre important de banques étrangères qui s’y sont installées. Mais, seules cinq d’entre elles comptent, parmi lesquelles la banque commerciale roumaine BCR qui vient d’être achetée par Erchte une banque autrichienne, la BDR SG, et trois  autres dont  deux étrangères. Enfin,  la Transilvania, banque privée roumaine dont la BIRD est actionnaire  se porte bien.  Elle est cotée en bourse et occupe 7% de part de marché.
Les privatisations ont été réalisées à hauteur de  51% au moins du capital, plus parfois. Elles ont été souvent accompagnées par le marché boursier où les banques sont cotées. Elles ont apporté au système bancaire roumain l’expertise des banques internationales, expertise qu’elles ont appliquée à  la mise à niveau de leurs  filiales.
Il faut reconnaître également les progrès de la Banque centrale en matière de supervision si bien que les banques roumaines ne posent plus aujourd’hui, de problèmes en termes d’équilibre financier.
Le secteur bancaire roumain est donc devenu moderne avec des banques totalement restructurées qui présentent une offre commerciale complète. On peut considérer qu’aujourd’hui elles n’ont pas de retard, compte tenu de l’évolution de la société roumaine. En effet, pour les particuliers, les crédits à la consommation, au logement, à l’acquisition d’automobiles ainsi que les cartes bancaires connaissent une croissance à 2 chiffres.  De même,  les crédits accordes aux entreprises explosent.
La bancarisation suit la progression de l’économie roumaine, qui se porte bien, avec une croissance de 5 % à 6 % par an. L’inflation est tombée en sept années de 40 %   à  8 %, voire moins dans les années précédentes, sachant qu’elle s’est aggravée en  2007 du fait de la sécheresse. La santé économique de la Roumanie s’améliore avec un déséquilibre budgétaire contenu à moins de 3 % du PIB et une dette publique faible. Sa faiblesse tient toutefois au déséquilibre de la balance commerciale qui devient structurel.
La Roumanie essaie de respecter les critères de convergence exigés pour son adhésion a la zone euro, sachant qu’il faut une antériorité dans le constat des équilibres du déficit budgétaire, de l’inflation et de la dette publique sur plusieurs années. Cette convergence, selon la Banque centrale, sera atteinte en  2012-2013, pour une entrée de la Roumanie dans la zone euro en 2014. Certes, le pays est en retard par rapport à la Pologne et à la Hongrie parce qu’il est parti d’un niveau plus bas, du fait d’un régime politique oppressif et archaique, les autres pays d Europe Centrale ayant commencé à se libéraliser avant la fin du régime communiste.
La Roumanie s’était d’ailleurs  rigidifiée un peu comme la Corée du Nord,  coupée du monde exterieur.  Donc,  sa situation  au lendemain de la «Révolution de 1989» était d’autant plus difficile que le gouvernement n’avait pas mis en place de  projet économique.  Depuis sept ans, et grâce à  son entrée dans l’UE, la Roumanie sait mieux vers quel horizon s’orienter économiquement, forte de son succès auprès des investisseurs étrangers.
Ces trois dernières années, ils ont injecté pas moins de 35 milliards d’euros, et ils sont présents dans tous les secteurs : la grande distribution, la banque, l’automobile, le BTP,  l’agroalimentaire, les laboratoires et  la téléphonie.

Afifa Dassouli

Trois questions à Patrick GELIN,  PDG de  BRD ( groupe Société Générale) : «Nous sommes la première banque des PME en Roumanie»

La Nouvelle Tribune : Vous présidez la BRD SG en Roumanie depuis sa privatisation. Qu’avez-vous retenu de cette opération ?
M. Patrick Gelin :
C’est une des plus belles « succès story » de la Société Générale avec celle de la République tchèque, alors que la SG couvre tous les pays de l’Europe Centrale : la Roumanie, la Bulgarie, la Serbie, la Croatie l’Albanie et la Slovénie. Elle a raté l’Ukraine, n’a qu’une succursale en Pologne, mais elle vise la Russie à travers l’acquisition de Ros Bank.

Quand vous êtes arrivé dans quel état se trouvait la BRD ?
Cette banque, tournée vers les entreprises, était en assez bonne santé. Sa restructuration n’a pas consisté  à faire le ménage parce qu’elle était saine et ne présentait pas de risques majeurs, mais plutôt à la mettre aux normes de la Société Générale. Le processus s’est  déroulé en deux étapes :  une phase de réorganisation / restructuration  de 1999 à  2003-2004, suivie d’une phase de développement commercial.  La BRD a connu une très forte croissance organique : le réseau est passé de 180 à 750 agences et  de 4 500 a 9 000 personnes avec une couverture totale du pays. Aujourd’hui, la BDR SG est la seconde banque en termes de total actif, mais elle est de loin la plus profitable du pays. Nos bénéfices annuels progressent de 30 % par an et notre ROE se situe à 35 %.

Comment la BDR a-t-elle accompagné le développement économique et social de la Roumanie ?
En transformant une banque d’entreprises en banque universelle. Notre clientèle est constituée pour 50 %  de particuliers et 50 % d’entreprises. Notre offre commerciale est  la plus riche du marché et nous sommes initiateurs en matière de crédits à la consommation avec l’introduction d’outils de scoring qui en facilitent l’attribution et le suivi. De même, nous avons perpétué notre implication dans le monde de l entreprise :  avec les grandes entreprises bien sûr, tout en se soutenant tout particulierement  les PME,  dont nous sommes la premiere banque en Roumanie.

Propos recueillis par
Afifa Dassouli à Bucarest

La PME roumaine, client privilégié
"En Roumanie, une entreprise créée par deux couples dans la confection de produits publicitaires a vu son chiffre d’affaires passer de 5 mille à 5 millions d’euros en 3 ans"  témoigne une directrice d’un groupe d’agences de BRD SG à Bucarest. Son activité était basée au départ sur l’importation de produits qu’elle personnalisait au nom de ses clients pour les fêtes de fin d’année, séminaires  et autres. Parallèlement, elle s’est intéressée à certains produits localement. Grâce au financement bancaire, elle a acquis un siège, ou elle se trouve déjà à l’étroit  et elle cherche aujourd’hui un local plus grand – avec possiblité de stockage-  pour lequel elle a dejà déposé une demande de financement. Cet exemple devient courant en Roumanie. ’’La plupart des entreprises commencent avec un petit capital et recourent au financement bancaire rapidement dès que leur activité se développe’’ poursuit  la banquière. 
 L’initiative privée est née en Roumanie au milieu des années 1990. Pourtant,  le gouvernement ne l’a pas encouragée, comme ce fut le cas dans d’autres pays, à l’aide d’une agence de promotion de la PME. Ce sont les banques, et en particulier BRD SG, qui ont su proposer plusieurs produits spécifiques : crédits d’exploitation, de trésorerie ou d’investissement en équipements ou pour l’expansion de l’activité. 
La directrice que nous avons interrogée est à la tête d’un groupe d’agences du groupe BRD SG sur Bucarest :  50% de ses  clients entreprises  sont des PME (à hauteur de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires).  La jeune Roumaine atteste que les deux autres groupes de la capitale et les 16  autres du pays suivent la même voie.  Certes, chacun des groupes couvre toutes les  activités de crédit aux  personnes physiques et aux  PME, mais  priorité est donnée aux PME. Pourtant, les taux de crédit en Roumanie restent chers et le taux de base bancaire est de 7,5%. Des conseillers commerciaux suivent de très près cette catégorie de clients, ce qui leur permet d’avoir une idée claire de leur activité et de leurs besoins pour mieux en évaluer le risque. Dès que la relation de confiance est instaurée, les clients présentent au début de chaque année aux banquiers leurs besoins de financements en termes d’exploitation et d’investissements. La banque, partenaire des entreprises, leur demande de s’engager à faire fructifier leur activité et à prendre en compte leur propre avenir en améliorant leur cash flow. Ce groupe d’agences  gère  9000 comptes de PME. Il opère en plein coeur de Bucarest. Mais, prudence  oblige, nous ne pouvons  généraliser le rôle économique  naissant de la PME  à l’ensemble du pays. La Roumanie compte encore beaucoup plus aujourd’hui sur les multinationales qui s’y installent pour accélerer le développement de  son économie.  

A.D.



 

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