Les allers-retours continuent à rythmer le marché boursier casablancais qui connaît au cours de ces dernières semaines une certaine dynamique inhabituelle en dehors des séances suivants les introductions en Bourse de grosses entreprises. Ainsi, au cours des douze dernières séances –du 26 novembre au 11 décembre-, le volume des transactions cumulées au niveau des deux compartiments du marché s’est établi à 33,24 milliards de dirhams. «Il s’agit d’une situation habituelle au niveau du marché boursier à pareille période de chaque année avec toutefois cette spécificité que les allers-retours constatés cette fois-ci ont une touche un peu particulière liée à les nouvelles réglementations fiscales qui vont entrer en vigueur à partir du 1 er janvier 2008», souligne t-on auprès de la Bourse. Pour rappel, ces nouvelles mesures fiscales contenues dans la loi de finances 2008 concernent, d’une part, le relèvement de la taxe sur les produits des cessions des valeurs mobilières (TPCVM) qui passe ainsi de 10 % à 20 % pour les personnes physiques et, d’autre part, l’abrogation de l’abattement fiscal transitoire de 25 % ou 50 %, selon la durée de détention des titres en portefeuilles, appliqué sur les plus-values de cession des valeurs mobilières qui touchent les institutionnels, particulièrement les compagnies d’assurance. Partant, c’est logiquement que les détenteurs de titres cèdent leurs actions pour supporter une taxe moins onéreuse et surtout marquer le cours pour les cessions futures de titres. A titre d’exemple, et très schématiquement, un investisseur personne physique qui avait acquis 1 000 titres d’Addoha à 585 dirhams lors de l’introduction en Bourse (coût d’acquisition de 585 000 dirhams), réalise aujourd’hui, en cédant la totalité de ses titres au cours de 3 400 dirhams, une plus-value de 2 815 000 dirhams. Avec la réglementation fiscale en vigueur, il va s’acquitter d’une TPCVM de 281 500 dirhams alors que s’il attend l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation pour se dessaisir de ses titres il supportera une taxe de 563 000 dirhams. C’est dire que c’est logique que les investisseurs aient tous la même vision de maximiser la rentabilité de leurs investissements en payant moins d’impôts.
Le marché résiste
En plus, ces allers-retours leurs permettent de marquer les cours de titres de leurs portefeuilles à des niveaux élevés pour minimiser d’éventuelles charges fiscales qu’ils supporteraient dans les années à venir en cas de cessions de leurs actifs. Et cette situation qui justifie aujourd’hui les importants mouvements enregistrés au niveau du marché, qui, à la différence des années précédentes concernent aussi de manière significative les personnes physiques. Ainsi, au niveau du marché central actions, les allers-retours ont boosté le volume échangé qui s’est établi à 12,96 milliards de dirhams en douze séances. Selon notre source, «l’importance du volume sur ce compartiment s’explique aussi par le fait qu’au niveau des porteurs, il y a aujourd’hui de «gros» petits porteurs qui investissent massivement en Bourse». Cette nouvelle catégorie d’investisseurs est d’ailleurs prise en compte par les nouveaux émetteurs qui leur consacrent généralement une tranche d’investissement lors des opérations d’introduction en Bourse. Du côté des personnes morales et des institutionnels, on note d’importants mouvements d’allers-retours. Globalement, ces opérations ont concerné un volume de 20,28 milliards de dirhams au cours des douze dernières séances. Les plus significatives enregistrées au niveau du marché de blocs ont concerné les titres BMCI (5 488,4 MDH), Centrale Laitière (4 651,6 MDH), Managem (3 006 MDH, Lafarge Ciments (1 652,5 MDH), Lesieur Cristal (1 267,5 MDH), Samir (1 038 MDH) et Cosumar (648 MDH), etc. D’importants mouvements de valorisation de portefeuille sont attendus d’ici la fin de l’année du côté des institutionnels.
Enfin, ces mouvements qui sont aujourd’hui derrière un climat d’incertitude et d’hésitation se sont traduits par un repli des principaux indicateurs de la place. Ainsi, et durant notre période d’étude, les indices MASI et MADEX se sont contractés de respectivement -2,12 %, à 12 526,62 points, et -2,16 %, à 10 312,53 points et la capitalisation boursière s’est délestée de 5,75 milliards de dirhams à 576,75 milliards de dirhams. Cette baisse mesurée s’explique par le fait que les investisseurs cédants, une fois avoir marqué les cours des titres de leur portefeuille, reviennent sur le marché pour racheter souvent les mêmes titres et ce du fait d’absence d’instruments de placements alternatifs à même de générer des rendements aussi intéressants que le marché actions sur le long terme.
Moussa Diop