La Nouvelle Tribune : Quelle lecture faites-vous des mesures prises par le Gouvernement en matière de libéralisation des changes ? Sont-elles suffisantes aujourd’hui pour améliorer la compétitive des entreprises marocaines ?
Mme Mounia Benjelloun: Les mesures ci-dessus sont des mesures d’assouplissement de la réglementation de change en vigueur, nous retenons les éléments suivants :
- Une meilleure couverture des différentes expositions au risque de change sans limitation de maturité,
-Une meilleure gestion de la trésorerie multidevises,
-Une intégration accrue aux marchés financiers internationaux,
-Un meilleur positionnement des exportateurs marocains sur les circuits de distribution internationaux facilitant ainsi l’écoulement de leurs exportations,
-Le renforcement de la confiance des opérateurs nationaux et étrangers dans l’économie marocaine (effet signal).
Ces mesures permettrons aux exportateurs de mieux s’armer et donc de mieux se vendre sur un marché de plus en plus compétitif. En effet, les circulaires 1720 et 1722 permettent d’enrichir les mesures de promotion des exportations et offrent à nos opérateurs des facilités similaires à celles proposées par les autres pays exportateurs concurrents à leurs opérateurs.
Quelles sont les mesures prises par BMCE Bank pour accompagner sa clientèle dans ce nouvel environnement ? Peut-on avoir une idée sur les principales offres de la Salle des Marchés et son positionnement au niveau de la place ?
BMCE Bank a toujours accompagné ses clients dans quelque changement que ce soit. Cette tournée de séminaires (Casa, Rabat, Fès, Tanger et Agadir) en est un exemple. En effet, notre mission est de rendre accessible et viable toutes ces mesures dépendamment, du profil, de la situation spécifique de chaque client. La Direction Commercial & Marketing de BMCE Capital accompagne les clients dans leurs différentes transactions de gestion du risque de change.
Nous permettons aux clients de saisir des opportunités de marchés, d’élaborer ensemble des solutions profilées de couverture des risques financiers (change, taux, matières premières) en tenant compte des contraintes du client à travers des instruments classiques (change au comptant et change à terme) et optionnels (options plain vanilla, options zéro cost et low cost et options conditionnelles).
Notre positionnement est bien connu. Nous pouvons facilement nous qualifier de banque innovatrice et qu’à chaque fois que la réglementation évolue, nous offrons de nouvelles solutions à nos clients (options de change, options sur actions, produits structurés…).
La nouvelle Tribune: Par ailleurs, l’adoption des nouvelles mesures des changes signifie t-elle qu’on se dirige vers l’adoption d’une réglementation des changes flexibles ? Si oui, quelles sont les conditions préalables nécessaires pour migrer vers ce régime de change ?
Le marché est beaucoup plus efficient, plus liquide, plus sophistiqué qu’en 1996. En témoigne l’introduction de plusieurs instruments de couverture tels que les swaps, les options, etc.
Le paysage financier marocain se transforme avec :
- La normalisation des comptes des entreprises (IFRS)
- l’éradication progressive des frontières commerciales et financières
- la mise en application des règles prudentielles Bâle II (pour les banques)
Ces transformations mettent en avant deux problématiques à savoir la mise en relief et l’évaluation des différents risques marchés auxquels l’entreprise est confrontée et la gestion et l’optimisation des risques marchés.
Ce nouvel environnement financier implique un développement global des instruments financiers. Certains gagneront en maturité (Dérivés actions …), d’autres verront le jour:
- Options de change exotiques
- Dérivés de taux
- Dérivés de crédit
- Dérivés actions
… De plus, la croissance des réserves de change, conjuguée à la bonne tenue des investissements étrangers au Maroc, laisse penser que les autorités monétaires disposeront des moyens nécessaires à l’application d’un régime des changes flottants.
Il est clair donc que les autorités monétaires ont d’ores et déjà entrepris plusieurs mesures afin d’assurer un passage en douceur vers un régime des changes flottant. De là à donner une date butoir, seules les autorités de tutelle seront à même de juger du bon timing.
Propos recueillis par
Moussa Diop