Il apparaît ainsi clairement que les indices sectoriels tendent vers une consolidation. On pourrait s’interroger sur les volumes seulement dynamisés par les introductions à la cote qui s’enchaînent. En effet, un constat s’impose. La Bourse de Casablanca est totalement dédiée aux introductions en bourse, lesquelles suivent le même schéma, indépendamment de leur activité, taille ou fondamentaux. C’est ainsi que toutes les OPV se font au prix haut de la fourchette, sans décote donc et connaissent à la fois des taux de sursoucription irréalistes et des taux de satisfaction de plus en plus en faibles. Leurs valeurs ne traitent jamais les premiers jours de leur cotation, elles sont suspendues à la hausse et le marché secondaire s’enflamme propulsant en conséquences les cours à des multiples de la valeur d’introduction dans les mois qui suivent, en attendant qu’une autre introduction n’arrive pour chasser la précédente.
Un effet malsain et artificiel
Une telle situation rend la Bourse totalement inefficiente du simple fait que les entreprises qui s’introduisent à la cote ne peuvent en aucun cas présenter des similitudes au point de connaître un comportement de cours boursier identique.
Leur seul point commun est une sursouscription massive rendue possible par l’effet de levier.
À ce sujet, le problème se situe entre les banques et leur autorité de tutelle, Bank Al-Maghrib. En effet, il est inconcevable que celle-ci accepte que les banques accordent des crédits qui se traduisent par des engagements bancaires non comptabilisés et ce, pour financer l’appétit excessif de leurs clients pour les introductions en bourse. Car si les crédits sont accordés pour permettre aux clients de souscrire 10 fois plus que ne leur permettent leurs propres moyens dans l’espoir d’une meilleure attribution, ils ne sont pas considérés par les banques comme étant décaissés et de ce fait ne sont pas comptabilisés.
En fait, il s’agit d’un cercle vicieux sachant que les sursouscriptions sont à l’origine de la faiblesse de l’attribution issue de la disproportion entre l’offre et la demande de titres de l’opération. Il est donc clair que les banques jouent le mauvais rôle et le levier financier fausse l’objet et les résultats des OPV. De plus, les banques, pour cela, transgressent les règles comptables et prudentielles imposées par la loi bancaire, tandis que, de surcroît, la Banque centrale les laisse faire. Mais, il semblerait que BAM commence à prendre conscience de ce très gros problème et elle ne devrait plus tarder pas à imposer aux banques de comptabiliser ce type de crédits, même s’il s’agit d’engagements non effectifs. Si cela était, les banques devraient tout simplement arrêter de faciliter le financement des interventions en bourse pour la raison simple du déséquilibre entre leurs capitaux propres et ces engagements, même s’ils ne comportent aucun risque car elles ne pourraient en aucun cas risquer d’afficher des ratios prudentiels de liquidité, de risque et de solvabilité dépréciés. Dès lors, à partir du moment où les banques arrêteront de faire jouer l’effet de levier, les sociétés de bourse n’auront plus les moyens de pousser leurs clients à la surenchère à l’occasion de chaque OPV.
On sait, à ce sujet, que les sociétés de bourse, et tout particulièrement après l’euphorie de la CGI, se sont fait réprimander par le CDVM, qui leur a reproché de ne pas respecter les règles qui leur imposent de veiller à ce que les souscriptions ne soient pas disproportionnées par rapport aux moyens financiers des souscripteurs, lesquels font systématiquement appel à l’effet de levier. Certes, le levier n’est pas engagé, mais pourrait le devenir. Dans l’OPV d’ATLANTA, la tranche réservée aux courtiers représentait quelque 500 millions de dirhams pour 20 % de l’opération. Elle a bénéficié d’une attribution de 20,5 %, soit 108 millions de dirhams que les courtiers ont certainement financée par le levier bancaire. Rien n’empêche donc que ce qui s’est passé à cette petite échelle ne se généralise un jour à toutes les catégories de souscripteurs.
Retour au réalisme
La conséquence attendue de la prescription de l’utilisation de l’effet de levier, qui a pour conséquence de gonfler les souscriptions aux OPV, serait de permettre aux émetteurs de mesurer de façon réaliste le succès de leur opération et surtout de le ramener à un niveau propre à chaque entreprise. Les émetteurs ne seraient donc nullement pénalisés d’autant que le marché marocain se caractérise par une surliquidité.
Ils seraient ainsi satisfaits d’une sursouscription de 10 fois contre 100 fois aujourd’hui, artificiellement obtenue avec l’effet du levier financier.
Une OPV peut parfaitement réussir avec un syndicat de placement proportionnel à sa taille et une demande en adéquation avec son offre, sachant que l’objectif premier de toute opération de cette nature est la réussite du placement. Certains émetteurs envisagent donc de modifier les procédures. C’est le cas, tout particulièrement, de celui dont l’opération est déjà en cours au CDVM. En effet, il compte, dans l’optique de s’introduire en bourse, exclure de sa note d’information la possibilité du recours au crédit pour multiplier la souscription. Il ne manquera pas ainsi de créer l’événement en affichant un taux de sursoucription à la mesure de l’épargne disponible sur le marché. L’angoisse des émetteurs de vivre l’échec de leur opération d’introduction en bourse à cause de la faiblesse des souscriptions disparaîtra donc. Et ce, sachant que les opérations pourront bientôt profiter de l’avantage du «split» de la valeur nominale de 100 dirhams à 10 dirhams pour multiplier leur offre et toucher ainsi un public plus large sachant que la loi portant réduction de la valeur nominale d’une action, présentée par le CDVM, a déjà été voté à la Chambre des Représentants et attend d’être discutée à celle des Conseillers.
Quant au marché boursier, lui gagnerait qu’avec la limitation du levier, le caractère spéculatif des opérations boursières soit cantonné à un niveau acceptable et seulement nécessaire à la dynamisation d’un marché sachant qu’aujourd’hui, la quasi-totalité des transactions portant sur les OPV sont spéculatives.
Pour une appréciation pérenne et régulière
Il est clair, en outre, que les sociétés nouvellement introduites à la Bourse de Casablanca ont tout intérêt, au-delà de la réussite de leur OPV, à bénéficier d’un cours boursier reflétant leur santé financière. Celle-ci, en effet, traduit l’évolution de leurs résultats et incite leurs actionnaires grand public à continuer à s’intéresser à elles.
Dans la conjoncture actuelle, avec des cours surélevés qui anticipent des bénéfices futurs sur plusieurs années à venir, les sociétés cotées prennent la responsabilité de devoir réguler le cours en bourse sous peine de le voir dégringoler à la suite du report de l’intérêt des spéculateurs vers d’autres valeurs et tout particulièrement les OPV attendues sur le marché. C’est le cas aujourd’hui de la CGI qui, après Addoha, qui vient de lancer un programme de rachat de ses propres titres. Il s’agit pour elle de maintenir son cours boursier entre 2100 dirhams et 3360 dirhams sachant que les caisses de retraite du groupe CGI ont déjà dû ramasser à des cours élevés.
Enfin, le CDVM voit d’un très mauvais œil cette course à la spéculation à l’occasion des introductions en bourse et a réagi en introduisant de nouvelles mesures restrictives. C’est ainsi que pour l’OPV d’Atlanta, les institutionnels collecteurs d’épargne ont été distingués des autres holdings, telles les structures de gestion de fortunes familiales ou même personnelles. Et, le résultat ne s’est pas fait attendre puisque le taux de satisfaction a été trois fois supérieur pour les premiers, soit de 0,93% contre 0,3% pour les seconds. De même, dans l’OPV prochaine de Stokvis, il est prévu de consacrer 30 % de l’OPV aux premiers et 10 % uniquement aux seconds.
Et, last but not least, dans le projet de loi de finances 2008, la fiscalisation des plus-values réalisées par personnes physiques devrait passer de 10 % à 15 %, ce qui contribuera à rééquilibrer les choses, même si seuls des plans d’épargne actions défiscalisés pour les épargnants qui investissent à moyen terme feraient un meilleur effet.
On espèrera, à ce sujet, que M. Salaheddine Mézouar, nouveau ministre des Finances, sera sensible à la dérive actuelle du marché boursier et veillera à l’arrêter. En effet, quel mauvais exemple que celui qui est donné aujourd’hui par les spéculateurs en bourse. Ils réalisent, artificiellement, des plus-values mirifiques, ce qui manifestement dévalorise le travail et son appréciation par le salaire !
Afifa Dassouli