La Nouvelle Tribune : M. Ibenmansour, selon vous, pourquoi les produits dits alternatifs sont-ils plus chers que le crédit classique?
M. Ibenmansour : Les produits en question reviennent plus chers car ils exigent des frais d’intervention qui n’existent pas dans un financement classique. La banque sort en effet de sa position de simple prêteur et endosse un rôle commercial plus élaboré : elle achète et revend des biens, avec ce que cela implique comme charges et formalités. Au cœur de ce mode de financement alternatif, il y a une transaction commerciale. Il s’agit donc d’un métier nouveau, qui demande de nouvelles structures et un personnel formé à cet effet.
Qu’est-ce qui différencie la Mourabaha de l’Ijara?
Dans la finance alternative, la banque prélève soit une marge soit un loyer. Dans le cas de la Mourabaha, le client devient immédiatement propriétaire du bien ; la banque a acquis un bien pour le client qu’elle lui cède ensuite contre une marge bénéficiaire. Cette cession peut se faire soit par versement immédiat soit par tranches. Aux yeux du client, il a payé une marge bénéficiaire et non un intérêt, conformément à ses convictions religieuses.
En ce qui concerne l’Ijara, la banque acquiert un bien désigné par le client et le met à la disposition de ce dernier en contrepartie du versement d’un loyer. Le client peut se rendre propriétaire du bien à l’issue du contrat de location. Le schéma de l’Ijara est très proche de celui du leasing.
Dans les deux cas, il s’agit de prendre un risque sur le bien financé et non sur l’emprunteur.
Les banques ont-elles réglé le problème de l’assurance et de la fiscalité ?
Il y aura sûrement des assurances alternatives. La banque peut par exemple s’engager à remplacer le bien en cas de défaillance au lieu de garantir la survenance d’un accident.
Quant à la fiscalité, elle sera la même que pour les produits existants. Dans le cas de l’Ijara, c’est le régime de la TVA qui sera appliqué, comme c’est le cas pour le leasing. Pour la Mourabaha, c’est la fiscalité des plus-values qui sera appliquée.
Propos recueillis par
Alix Fourier