Malgré une conjoncture économique atone au premier semestre avec un taux de croissance du PIB en progression d’à peine 2 % et une concurrence de plus en plus intense entre les acteurs du secteur, particulièrement au niveau de certains segments du marché dont l’immobilier, le secteur bancaire, dans le sillage des bons résultats enregistrés en 2006, a connu un excellent cru semestriel. Tous les indicateurs confirment la bonne santé du secteur comme en atteste les performances des huit principales banques de la place -Attijariwafa bank, Groupe Banques Populaires, BMCE Bank, CIH, BMCI, SGMB, Crédit du Maroc et Crédit Agricole du Maroc. Prises globalement, elles ont vu leur produit net bancaire semestriel croître de 17,75 %, par rapport à la même période de l’exercice précédent, pour s’établir à 14,70 milliards de dirhams. Cette progression est d’autant plus significative qu’elle est surtout liée à l’activité récurrente fruit du programme de développement et de la redynamisation commerciale dans laquelle toutes les banques de la place sont aujourd’hui engagées. La plus forte hausse est à mettre sur le compte de BMCE Bank. En consolidé, celle-ci a vu son Pnb croître 50,3 % à 2 611,3 MDH. Cette forte hausse est toutefois le fait des opérations de marché qui ont progressé de 166,75 % à 1007,5 MDH et ce grâce aux plus-values de cession réalisées sur la cession d’actions détenues en propres à la Caja de Ahorros del Mediterraneo à hauteur de 5 % du capital aux termes d’un accord de partenariat industriel et capitalistique. Le Crédit Agricole du Maroc également a vu son Pnb croître de 31 % à 925 MDH. La Banque verte aussi a réalisé une opération exceptionnelle qui lui a permis de dégager une plus-value sur cession de titres BCP d’un montant de 572 MDH, montant qui a été affecté au rattrapage du sous provisionnement ancien que traînait la Banque appelée désormais à ce conformer aux nouvelles règles prudentielles. Le Pnb du CIH également s’est apprécié de plus de 17 % à 631,5 MDH. La Banque a enregistré un élément exceptionnel lié à la cession de l’une de ses principales participations hôtelière, Dounia Hôtels.
Maîtrise des charges
Hormis ces éléments exceptionnels, la progression du Pnb du secteur (hors CIH et Crédit Agricole du Maroc) a été porté par les évolutions positives des marges d’intérêts (+6,5 % à 8 060 MDH) et les marges sur commissions (+22,7 % à 2 040 MDH). Outre le fait que les politiques d’accélération d’ouverture d’agences ont permis d’accroître le taux de bancarisation qui tourne autour des 30 % actuellement, les banques de la place ont su répondre avec finesse aux sollicitations du marché en collaborant aux financement de grands projets structurants. Notons que la progression relativement faible de la marge d’intérêt de l’échantillon est surtout le fait de BMCE Bank dont la marge d’intérêt s’est effritée de -7,15 % à 895,5 MDH et dans une moindre mesure par le Groupe Banque Populaire dont la marge d’intérêt n’a connu qu’une faible hausse de 3,01 % à 2 601,6 MDH. A noter que cette progression, bien que très moyenne, a été réalisé dans un contexte marqué par des taux créditeurs bas particulièrement dans le segment du crédit immobilier où les banques tirent les taux vers le bas dans un souci de gagner des parts de marché. On notera le bon comportement du leader du secteur, Attijariwafa bank, dont la marge d’intérêt s’est appréciée de 11,6 % à 2 464,95 MDH, grâce notamment à une appréciation des crédits qu’elle a octroyé de 24 % à 90,3 milliards de dirhams. On notera également la bonne tenue de la SGMB dont le Pnb s’est apprécié de 20,5 % à 1 240,9 MDH.
Par ailleurs, on notera que les charges générales d’exploitations ont enregistré une hausse inférieure à celle du Pnb avec une hausse de 14,5 % à 6 443 MDH. Cette progression reflète une maîtrise des charges dans un contexte sectoriel marqué par une accélération de la croissance interne via notamment une augmentation significative de la cadence d’ouverture d’agences par toutes les banques de la place, le recrutement de nouveaux collaborateurs et les investissements en informatiques pour améliorer la productivité.
83 % du résultat de 2006
Grâce à ces politiques de maîtrise des charges et aux assainissement des bilan à coup d’énormes efforts provisionnement des créances en souffrances, les bancaires ont pu dégager au premier semestre d’excellents résultats nets. Ainsi, pour les six premiers mois de l’année en cours, le bénéfice net engrangé par les 8 banques de l’échantillon s’établi à plus de 4 982 MDH, en hausse de 31,85 %. A noter que le résultat semestriel global des banques citées représente plus de 83 % le bénéfice net engrangé par tout le secteur durant toute l’année 2006. Si toutes les banques ont enregistré des résultats en progression, on notera tout de même les bonnes performances du Crédit Agricole du Maroc, du CIH, de BMCE Bank, de la BMCI et de la SGMB dont les bénéfices semestriels ont progressé de respectivement 153 % à 247 MDH, 122 % à 551 MDH, 70,45 % à 862 MDH, 37,3 % à 361,7 MDH et 23 % à 322,9 MDH. A noter que pour le CIH, la cession et l’apurement des créances en souffrances se sont traduits par un impact positif sur le résultat net de la Banque de l’ordre de 169 MDH. Sans éléments exceptionnels, la BMCI et la SGMB tirent leurs épingles de la situation avec de bonnes progressions de résultats attestant ainsi la justesse des stratégies de croissance interne et de diversification des sources de revenus mises en place par les deux banques. Les leaders du secteur, Attijariwafa bank, Groupe Banques Populaires et BMCE Bank, confirment leurs solidités, affichent d’excellents résultats et s’internationalisent pour mettre en place des relais de croissance. Le CIH et le Crédit Agricole, après des programmes d’assainissement qui commencent réellement à porter leurs fruits comptent désormais peser davantage sur l’échiquier bancaire national pour y jouer les premiers rôles. C’est dire que la concurrence risque d’être encore plus rude dans les années à venir.
Enfin, signalons que le total bilan de notre échantillon (hors Crédit Agricole) a progressé de 19,08 % à 582,8 milliards de dirhams. Cette croissance des actifs du secteur est porté par le développement sain des encours crédits et des dépôts.
Moussa Diop