Cette semaine, les sociétés cotées en bourse ont terminé de publier leurs résultats semestriels. Inutile de rappeler que tenues par l’obligation de transparence, elles doivent faire partager les résultats de leur activité au grand public deux fois par an. C’est une façon de vérifier à mi-parcours si les objectifs de l’année comptable sont atteints conformément aux prévisions. Mais on sait également que la quête de l’information financière va, parfois, jusqu’à imposer aux sociétés cotées de ne pas attendre le délai réglementaire de publication semestrielle ou trimestrielle quand le chemin qui mène aux objectifs ne se déroule pas normalement. Celles-ci sont obligées de faire des «profit warnings», c’est-à-dire avertir officiellement que les résultats attendus pourraient être différents des estimations annoncées auparavant. C’est dire l’importance de ce moment de prise de connaissance des résultats des sociétés cotées sur un marché financier. En effet, la formation des cours se fait à longueur de temps à partir des estimations des résultats futurs et se mesure par un ratio appelé Price Earning Ratio (PER) qui exprime les profits attendus d’une valeur. Normalement, à la publication des résultats, une confrontation entre les attentes du marché et la réalité de l’entreprise se produit. En conséquence, le verdict se traduit par le comportement des cours des valeurs cotées qui augmentent si les résultats concordent avec les bénéfices attendus et qui diminuent dans le cas contraire.
Sur la base de ces règles financières, on pourrait interpréter le comportement du marché marocain, qui est resté totalement indifférent à l’annonce des résultats semestriels des sociétés cotées, en concluant tout simplement que ceux-ci ont été décevants. Or, il se trouve que ce n’est pas du tout le cas. En effet, si on analyse secteur par secteur les résultats publiés, on peut faire le constat global que toutes les sociétés profitent du tournant économique qu’a pris le Maroc et la croissance économique qui en a résulté.
Ainsi, tant le secteur financier que les secteurs industriels dégagent des résultats dignes d’un retour sur investissement (ROE) que traduit une augmentation du résultat net situé entre 10 et 20% passant par le 15% recherché par la norme internationale. C’est donc que la passivité du marché à la suite de l’annonce de résultats aussi positifs doit trouver une explication dans le comportement de ses acteurs.
Ces derniers agissent dans un but purement spéculatif. Ils concentrent leurs interventions sur une seule valeur qui présente un attrait particulier, pour la recherche de gains rapides et souvent injustifiés. De ce fait, ils faussent la vérité des prix sur le marché et, par la même occasion, la cohérence entre les cours et la création de valeur des sociétés cotées. Les acteurs et les observateurs de marché devraient donc s’interroger sur l’efficience du marché boursier si à un moment aussi crucial de la vie d’une entreprise comme la publication des résultats, il ne réagit pas et ne transmet pas de signaux différents aux sociétés cotées à cette occasion. Car il est quasiment impossible que les cours de toutes les valeurs aient anticipé les résultats de chacune d’entre elles, même s’il faut reconnaître que le niveau global des cours est aujourd’hui élevé. Le management de ces sociétés inscrites à la cote, qui a travaillé pour créer de la valeur, a besoin de la reconnaissance de ce même marché qui lui impose la transparence. Voilà pourquoi on conclura, avec quelque dépit et regret, que le marché boursier marocain n’est toujours pas efficient…
Afifa Dassouli