Depuis quelques mois le partenariat ONA-Auchan dans le domaine de la Grande Distribution battait de l’aile. Et pour couper court, les deux parties ont décidé d’un commun accord de mettre fin à leur partenariat qui remontait à fin 2000 et qui visait la création d’un réseau de supermarché «Acima» et le développement du réseau d’hypermarchés «Marjane». Suite à cet accord, Auchan a cédé à l’ONA sa participation de 49 % au capital des deux sociétés de distribution. Le montant de la transaction s’élève à 3,27 milliards de dirhams. Désormais, la holding marocaine détient 100 % du capital des deux sociétés.
Origine du différend
Rappelons que le différend entre les deux parties remonte à quelques mois et avait atteint son paroxysme en mars 2006 lorsque l’ONA avait voté, lors d’un conseil de surveillance, à la majorité simple et contre l’avis d’Auchan, une résolution faisant passer de 2 à 3 le nombre des membres du directoire de Marjane et d’Acima. Au fond, ce différend était lié à la divergence de points de vue quant à la stratégie de développement à mettre en place pour les deux chaînes de distribution. Alors que la holding marocaine souhaitait une accélération du rythme d’ouverture de nouvelles enseignes Acima et Marjane, le groupe Auchan, qui souhaitait accentuer son recentrage sur le marché européen pour accompagner le développement de la Grande Distribution dans les pays d’Europe de l’Est, ne voyait pas l’intérêt d’accélérer la cadence d’ouverture de nouvelles surfaces. Le désaccord entre les deux parties avait fini devant une instance arbitrale qui avait tranché en faveur de l’ONA. Apparemment, le groupe français n’avait pas avalé la pilule et la sortie effective d’Auchan des tours de table des deux distributeurs n’était qu’une suite logique des relations tendues entre les deux groupes au cours de ces derniers mois. Suite à cet accord, l’ONA a désormais tous les atouts en mains pour mener à bien sa stratégie de développement des réseaux Marjane et Acima. Il faut reconnaître que la Grande Distribution figure aujourd’hui parmi les créneaux porteurs du Groupe et contribue fortement à l’amélioration de son activité. «La grande distribution fait partie des secteurs stratégiques d’investissement du Groupe ONA. Marjane et Acima, en poursuivant le développement de ce métier, apportent à notre économie nationale un facteur de cohésion régionale grâce à l’ouverture de structures dans un nombre croissant de villes et de régions du pays», souligne t-on au niveau de la holding marocaine. Et en matière de développement du réseau, libéré des contraintes de son partenaire, le groupe ONA souligne que «la qualité des produits, l’excellence des services et la valeur ajoutée de notre activité de grande distribution pour le développement économique et social des villes et des régions où nous sommes implantés guideront notre stratégie de croissance». L’objectif étant «d’accompagner notre clientèle par une offre sans cesse renouvelée et compétitive adaptée à son pouvoir d’achat et à son mode de vie», poursuit-on auprès du groupe.
A fin 2006, le réseau qui comptait 22 supermarchés Acima et 13 hypermarchés Marjane avait réalisé un chiffre d’affaires hors taxe de 6,9 milliards de dirhams et permis la création de 5 200 emplois.
Partenariats
Par ailleurs, bien que le divorce soit consommé, «les contrats d’assistance et de sourcing seront honorés par Auchan pour les prochains mois», lit-on dans un communiqué commun publié par les deux parties. Ce que nous confirme t-on auprès de la holding marocaine où on souligne que «sur la base d’engagements contractuels existant, Auchan va poursuivre les prestations de services qui étaient les siennes». Si ces engagements d’assistance et de sourcing ne courent que pour quelques mois encore, «l’ONA reste ouvert aux partenariats transnationaux», rappelle t-on auprès du groupe marocain.
Reste qu’avec ce divorce, certains ne manquent pas de s’interroger sur la nature des relations futures que nouera le groupe avec ses partenaires étrangers. Pour le groupe marocain, «une restructuration du capital est un acte ordinaire qui n’a pas besoins de lecture subliminale». En clair, cette séparation à l’amiable n’aura pas d’effet et n’augure aucun changement d’orientation des relations que noue la holding avec ses partenaires locaux et étrangers. D’ailleurs, «les partenariats locaux et internationaux se poursuivront dans un esprit d’ouverture et de responsabilité», fait-on remarquer auprès de la holding. Seulement, ils doivent se fonder sur certaines règles. «Là où nous investissons, nous sommes opérateur et nous avons pour responsabilité de conduire nos partenariats dans le respect scrupuleux de la gouvernance saine et transparente», martèle t-on auprès du groupe. Cette orientation est capitale, en ce sens qu’«elle est fondée sur notre volonté, reconnue par nos partenaires et partagée avec eux, de faire vivre notre communauté d’intérêts en appliquant pleinement et de bonne foi nos conventions réciproques, en conformité avec les principes et les meilleurs standards de gouvernance, et bien entendu, en confiance et dans le respect mutuel», conclut notre source.
Moussa Diop