1,5 milliard de dirhams d’actifs gérés, 250 MDH investis en une décennie dans 60 entreprises, 20 sorties dont 40 % via la Bourse et un taux de rentabilité interne moyen dépassant les 12 %, voilà en gros les réalisations de la première génération de fonds de Capital Risque au Maroc distillées lors d’une table ronde organisée par l’Association Marocaine des Investisseurs en Capital (AMIC) et ayant pour thème: «Evolution du cadre réglementaire marocain du Capital Risque pour renforcer sa compétitivité et son attrait».
Si ces résultats sont globalement bons pour un marché naissant, il n’en demeure pas moins qu’ils demeurent très modestes comparés aux potentialités énormes du marché: besoins d’investissement importants pour restructurer les entreprises locales et améliorer leur compétitivité, lancement de nouveaux secteurs d’activité comme le offshoring, etc. «C’est pour répondre à cette demande vigoureuse qu’on a assisté à partir de 2006 au lancement de la deuxième génération de fonds de Capital Risque», a expliqué M. Mehdi Tahiri, Directeur Général de BMCE Capital Finance et Président de l’AMIC. Ces nouveaux fonds se caractérisent par des tours de table élargis, de tailles plus conséquentes (500 MDH en moyenne contre 150 MDH pour ceux de la première génération) et des tickets d’investissement moyens plus conséquents (30 MDH en 2006, contre 15 MDH en 2000-2005 et 5 MDH en 1995-2000). Les 5 nouveaux fonds qui sont venus enrichir le secteur portent l’actif géré à fin 2006 à 4,7 milliards de dirhams. Reste qu’à ce niveau, la part de l’actif géré, bien qu’en forte progression, rapporté au PIB demeure négligeable, n’atteignant même pas les 0,7 %. Partant, l’AMIC s’est fixé un objectif relativement ambitieux de 15 milliards d’actifs sous gestion (1,5 % du PIB) à l’horizon 2015. Pour y arriver, il faut conjuguer tous les moyens réglementaires, juridiques, fiscaux, professionnels et communicationnels. Et dans cette optique, les expériences positives de certains pays peuvent servir de modèles en les adaptant bien évidemment au contexte local. Intervenant dans le cadre de cette table ronde, Mme Marie-Annick Peninon-Bernard, d’European Venture Capital Association (EVCA, a souligné que partant du modèle européen, quatre variables sont nécessaires pour développer le Capital Risque: la structuration juridique et fiscale des fonds, le développement de l’esprit d’entreprise, l’existence de marchés financiers et bancaires modernisés et, enfin, des opérateurs très professionnels. En clair, les opérateurs du secteur ne détiennent pas toutes les clés pour développer le secteur même s’ils doivent être plus présents au niveau de la vulgarisation de cet instrument de financement auprès des managers d’entreprises. Selon Mme Marie-Annick, «il faut que les pouvoirs publics interviennent et créent des structures juridiques spécifiques à l’image des modèles internationaux existants». Sur le plan fiscal cela peut se traduire par des incitations pour les fonds et un taux préférentiel d’imposition sur les bénéfices réalisées par les sociétés qui font appel au Capital Risque. Ces incitations sont nécessaires étant donnée que «les investisseurs apportent une valeur ajoutée en plus du financement», soutient M. Piers Cumberlege de Cordiant Capital (Canada) qui cite pêle-mêle les apports en gestion, conseils stratégiques, accès au réseau, bonne gouvernance, etc. Ces incitations fiscales sont d’autant plus nécessaires que les investisseurs étrangers, et particulièrement les américains, exigent globalement des TRI supérieurs à 17 %. Ainsi, pour M. Saunders Miller de la SBIC (Small Business Investment Company -un fonds d’investissement capital-risque américain de 35 milliards de dollars de fonds gérés qui a investi dans plus de 100 000 entreprises qui se distingue par la particularité que le fonds peut substituer des fonds publics aux fonds privés grâce au soutien que lui accorde le Gouvernement américain), sur le marché américain, «un TRI de 20 % est considéré comme une excellente performance qui ne peut être réalisée qu’accompagnée par une politique de transparence fiscale, (…) primordiale pour attirer les investisseurs et faire bénéficier les petites entreprises des investissements du Capital Risque». La transparence fiscale est souhaitée pour développer l’activité, fait remarquer M. Miller qui soutient tout de même que «si le Gouvernement est apte à définir les paramètres du Capital Risque, il ne peut dicter les conditions dans lesquelles les décisions d’investissement doivent être faites». Et pour cause, l’interventionnisme de l’Etat peut se traduire par «une fuite des capitaux privés vers d’autres pays, ou bien vers les actions/obligations cotées et les spéculations immobilières qui ne stimulent pas les autres branches de l’économie et qui ne sont pas créatrices d’emplois», explique t-il. Enfin, l’expérience Sud-africaine, présentée par Mme Tshepidi Moremong, d’Aureos Capital (Afrique du Sud), montre la nécessité de compter d’abord sur les investisseurs nationaux. En effet, avec un actif sous gestion de plus de 8 milliards de dollars (environ 64 milliards de dirhams) dont plus de 4,3 milliards investis, l’investissement du secteur Capital Risque rapporté au PIB sud-africain ressort à 1,7 %. A noter également que les fonds locaux ont représenté en 2006 environ 45 % du montant total des fonds investis. Les capitaux levés proviennent, par ordre d’importance, des fonds de pensions et des caisses de retraites, du Gouvernement et des agences d’aide, des compagnies d’assurances, des fonds de fonds de portefeuille, etc. Globalement, les structures financées par le Capital Risque sont plus créatrices d’emplois et génératrices de chiffre d’affaires et enregistrent des taux de croissance à l’exportation plus importantes. Par ailleurs, en Afrique du Sud, «le taux d’investissement des sociétés financés par le capital Risque est largement supérieur à la moyenne nationale (18 % contre 1 %», fait remarquer Mme Moremong. A noter également que les fonds de Capital Risque sud-africains sont présents dans plusieurs pays de l’Afrique au Sud du Sahara. D’ailleurs, pour le développement de l’activité, plusieurs intervenants ont mis l’accent sur la nécessité de penser systématiquement aux régions Maghreb et Afrique de l’Ouest sur lesquelles les entreprises marocaines montrent des intérêts grandissants.
Enfin, les témoignages de M. Aziz Qadiri de CMCP et de M. Mohamed Horani de HPS, deux sociétés qui ont bénéficié des concours des capitaux investisseurs marocains dans leur phase de développement ont permis de mesurer l’impact réel de ce mode de financement qui allie apport financier, conseils stratégiques, gestion, mise à disposition de réseau, soutien au développement à l’international, etc.
Moussa Diop