La Nouvelle Tribune : Dans le cadre de son plan stratégique, Risma avait projeté d’ouvrir quatorze hôtels à l’horizon 2009. Où en est-on aujourd’hui des investissements de ce programme ?
Marc THEPOT : Ce programme prévoyait tout d’abord l’ouverture d’un Ibis à Marrakech Palmeraie. Il a été ouvert le 20 décembre 2006 et compte 152 chambres. Il connaît déjà une activité satisfaisante. Ainsi, sur les premiers jours de mars 2007, il était à 78 % de taux d’occupation. Venait ensuite, par ordre chronologique, l’Ibis Sidi Maarouf, à Casablanca. Cet hôtel ouvrira le 30 mars. Il compte 85 chambres et fait partie du plan de développement de l’enseigne Ibis. Puis, il y a le projet très important du Casablanca City Center avec deux hôtels qui vont être livrés en septembre 2007. L’Ibis qui comptera 266 chambres et le Novotel en aura 274. Cet Ibis représente un investissement de 150 millions de dirhams et celui du Novotel est de l’ordre de 230 millions de dirhams. Dans un second temps, il y aura un Sofitel de 200 chambres, dont l’investissement est de 300 millions de dirhams et qui sera une structure de très haute gamme.
Quel est le montant total du projet Casa City Center ?
Il est de l’ordre de 650 MDh. Mais, il faut également mentionner le projet du Sofitel Thalassa d’Agadir. Certes, il a pris quelque retard, mais sa livraison est prévue pour août 2008. Au départ, nous pensions faire de ce projet un Novotel, mais nous l’avons « upgrated » en Sofitel très haute gamme, du fait de son positionnement stratégique dans la zone balnéaire d’Agadir. Ainsi, le Sofitel actuel, de 273 chambres, sera plutôt orienté « resort » et le Sofitel à venir sera dédié à la thalassothérapie, avec 200 chambres, de nombreuses suites et de grands espaces. Il privilégiera la clientèle individuelle, des curistes essentiellement. Les installations sont d’ailleurs prévues pour en accueillir 150 par jour, soit le double des installations du Sofitel d’Essaouira. Le coût de ce nouveau Sofitel d’Agadir est estimé à 295 millions de dirhams.
Par ailleurs, les travaux de construction d’un Ibis ont démarré à l’entrée d’Essaouira, d’une capacité de 152 chambres pour un montant de 50 MDh environ. Il devrait être livré au tout début de 2008. Tels sont donc les projets en cours.
Nous avons également en prévision toute prochaine un chantier à Tanger et les plans sont déjà arrêtés. Il est situé à côté de la nouvelle gare de Tanger, sur un terrain de 3500 mètres carrés qui nous permettra de construire un Ibis de 200 chambres. Nous sommes en phase de finalisation de l’acquisition du terrain et nous comptons démarrer les travaux avant avril 2007.
Le chiffre d’affaires prévisionnel de 2012 est supérieur à 1, 5 milliard de dirhams. Je suppose qu’il inclut l’activité de toutes les unités que vous venez d’évoquer ?
Tout à fait ! Il s’agit pour réaliser ce chiffre d’affaires de tous les projets que je viens d’identifier, mais également d’autres, comme celui de la SAEMOG d’Essaouira dont Risma est partie prenante dans la station balnéaire. Celle-ci, selon le parti pris du nouveau président de la société d’aménagement, M. Amyn Alami, sera un projet intégré avec un golf, un hôtel du golf, un club house, des quartiers de villas, des riads qui auront, tous, le même positionnement. Risma est dans la SAEMOG à hauteur de 33 % et pour mener à bien ce projet intégré, une augmentation de capital de la SAEMOG sera réalisée, d’une hauteur de 200 millions de dirhams et à laquelle Risma est appelée à participer.
À Essaouira donc, il y aura la mise en place d’un Sofitel de la nouvelle génération, tout comme celui, d’ailleurs, du Casablanca City Center. Cela, sachant qu’Accor met désormais un réel accent sur la question du positionnement des marques du Groupe.
Il faut mentionner également un projet assez innovant, celui d’une « suites-hôtel » à Marrakech. Il est situé en face du Sofitel de cette ville. Il s’agit pour l’instant d’un immeuble à l’état de gros oeuvre qui appartient au propriétaire du Millénium d’Agadir (aujourd’hui sous enseigne et gestion pour compte Sofitel). Nous avons finalisé les accords avec le Cheikh Ahmed Ben Saïf et nous proposons un projet qui sera financé par RISMA pour un montant de 68 millions de dirhams et qui comptera 100 suites. Il s’agira, comme le concept développé en Europe, d’un produit de résidences, avec une cuisinette, un bureau, un coin repos, destiné à satisfaire notamment des familles marocaines, sur des superficies de 36 mètres carrés pour chaque résidence.
Tous ces projets impliquent sans doute une diversification de la présence d’Accor au Maroc ?
Il faut savoir que nous désirons rendre nos marques beaucoup plus visibles. C’est déjà le cas avec l’enseigne Ibis. Pour Sofitel, nous voulons être présent dans toutes les grandes villes du Royaume pour y implanter des hôtels d’exception. Novotel également est une de nos marques qui devrait se développer davantage. Il y aura, très bientôt, celui de Casablanca, de 274 chambres donc et qui comprendra des restaurants aux concepts très modernes. D’autres suivront, plutôt dans des villes d’affaires.
Mais il faut également mentionner de nouveau le projet de suites-hôtels qui pourrait se concrétiser dans des villes comme Casablanca et Rabat.
Pour l’enseigne Mercure, nous réalisons actuellement un travail sur l’identité de cette marque afin de lui donner une image très positive et très accrocheuse qui fera bientôt l’objet d’une mise à niveau.
Tous ces projets représentent des montants considérables en termes financiers. Comment procèderez-vous ?
Nous sommes aujourd’hui à un taux d’endettement très favorable, avec des fonds propres d’un milliard de dirhams. Les unités du groupe sont performantes et nous laissent des résultats qui permettent de financer des projets tandis que notre capacité d’endettement n’a pas atteint son maximum. De plus, nous ne prévoyons pas de distribuer de résultats cette année, mais plutôt de placer nos bénéfices dans les réserves d’investissement.
L’action Risma cote aujourd’hui 434 dirhams pour une introduction à 240 Dh, cela signifie que les porteurs commencent à réaliser la qualité et l’ampleur de notre travail, de nos investissements, de nos résultats, mais aussi de nos projets.
Il faut savoir qu’à l’introduction en bourse de Risma, nous avons fait un travail de valorisation patrimoniale sur l’immobilier, sur la valeur des bâtiments. Derrière Risma donc, il y a des valeurs très fortes, ce qui sécurise les fondamentaux du titre Risma.
Dans toutes ces performances éloquentes, quelle est la part dévolue, justement, au tourisme intérieur ?
Sur 1,2 million de nuitées réalisées par Accor Gestion Maroc, qui s’occupe des unités de Risma, mais aussi de deux hôtels à El Jadida et à Marina Smir, plus de 70 % ont été le fait de résidents marocains. Seuls les clubs sont allotés à 70 % ou 75 % par des TO français et belges. Ainsi Ibis, qui réalise pratiquement 300 000 nuitées, compte 250 000 d’entre elles par des locaux. Sur les Sofitel également, la clientèle marocaine est majoritaire, à l’exception peut-être de celui d’Essaouira, qui a une excellente commercialisation de son produit thalassothérapie en Europe et en France particulièrement.
Revenons aux actionnaires de Risma. Ce sont des institutionnels qui vous accompagnent sur le long terme, mais qui sont également soucieux du rendement de leurs placements. Or, vous ne prévoyez pas de distribution de résultats. Qu’en pensent-ils selon vous ?
Tous nos actionnaires comprennent parfaitement le modèle de Risma. Ils savent qu’il s’agit d’une valeur de fond de portefeuille, qui dégagera des dividendes et qui créera de la valeur.
Notre résultat net part de groupe de 50 millions de dirhams en 2006 est lui-même bien supérieur à nos attentes et prévisions. Il faut savoir que nous avons tous les reports déficitaires à absorber.2006 est incontestablement l’année où nous avons été récompensés du travail réalisé. Nous arrivons, par exemple, sur Casablanca, qui est en manque d’unités hôtelières avec deux très beaux projets, qui créeront plus de trois cents emplois, nous apportons donc de la qualité et du volume.
Quelles sont les idées et les valeurs qui guideront la démarche d’Accor et de Risma donc pour les années à venir, dans la perspective de la réussite de la Vision 2010?
L’année 2006 nous a prouvé que nous pouvions atteindre et même dépasser les objectifs que nous nous étions assignés. Désormais, il nous faut une nouvelle ambition que je déclinerai comme suit : Nous voulons être une entreprise attractive, exemplaire, leader dans son secteur, où il fait bon vivre. Nous voulons représenter une « success story » incontestable de la Vision 2010 et, surtout, une « love story » entre le Groupe Accor, un pays et des partenaires que nous respectons.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli