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Oualalou zappe les 14 milliards d’Altadis Privatisation

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Publier le : June 5, 2003

Cette bonne nouvelle à plus d’un titre n’a malheureusement pas encore été annoncée par le Ministre des Finances et de la Privatisation M. Oualalou qui est parti en voyage le lendemain de l’ouverture des plis.

Pourtant, après les événements du 16 mai, cette privatisation est avant tout un signe de la confiance que les investisseurs étrangers ont placée dans notre pays. M. Oualalou aurait pu en profiter pour non seulement annoncer lui-même la réussite de l’opération et le montant très honorable que l’Etat marocain en retire mais aussi pour capitaliser sur l’intérêt que portent encore les investisseurs étrangers envers notre pays et au-delà leur confiance en l’ouverture du Maroc,et son processus de modernisation. D’autant qu’à l’annonce de cette opération, le cours de l’action ALTADIS a perdu 5 % le même jour à Paris et à Madrid et que l’agence de notation américaine Standard & Poor’s a abaissé la notation de la perspective de " stable " à " négative ". Cela a amené les deux co-présidents  du fabricant de tabacs hispano-français Jean Dominique Comolli et Pablo Isla à défendre sur les marchés concernés leur opération de croissance en organisant notamment deux conférences de presse à Madid et à Paris, pour justifier de l’intérêt qu’ils portent au Maroc, relativiser son risque pays et présenter les perspectives de croissance chiffrés qu’ils en attendent.

En effet, dans les circonstances actuelles, il est clair que les Espagnols et les Français qui connaissent bien mieux le Maroc que les Anglais, les Américains ou les Japonais.

Ils ont dû apprécier le risque pays avec moins de sévérité et en connaissance de cause et donc l’introduire dans leur évaluation de la Régie des Tabacs à un moindre coût. Ils ne manqueront d’ailleurs pas d’en faire état sur les marchés occidentaux pour ramener la confiance sur leur action et convaincre les agences de notations dont le jugement est si important pour toutes leurs opérations financières.

Par ailleurs sachant que la privatisation de la Régie des Tabacs devait se faire en dirhams les hispano-français d’Altadis ont bénéficié de la force de l’Euro qui a pris 25 % par rapport au dollar et gagner ainsi la différence de change alors que les Américains, Altria (Philip Morris) et les Anglo-Japonais (BAT) étaient plutôt défavorisés, alors que le dollar a essuyé une perte équivalente au gain del’euro.

Enfin, il semblerait qu’Altadis devrait aussi profiter dans une telle opération des avantages fiscaux réservés aux investisseurs en Espagne. De plus, si l’acquisition de la Régie des Tabacs s’intègre dans une stratégie de groupe et de croissance d’Altadis, elle a été aussi et certainement bien étudiée en considération du monopole acquis pour 5 ans jusqu’en 2008, mais surtout du fait de la jeunesse du marché marocain gage de son développement rapide en l’absence d’une réelle application de la législation anti-tabac dans notre pays.

Aussi dans l’évaluation de la RTM, une société bénéficiaire et rentable, Altadis pouvait en apprécier son marché monopolistique aujourd’hui mais aussi son développement facile et garanti au Maroc et dans la région.

Les nouveaux acquéreurs de la Régie des Tabacs ont donc tous les arguments pour convaincre leurs actionnaires et les marchés financiers de la qualité et de la rentabilité future de leur investissement . Ils seront d’ailleurs de retour au Maroc la semaine prochaine pour réunir les journalistes nationaux dans la même optique de communication que celle déployée à Madrid et Paris.

On  n’en regrettera que davantage que notre ministre des Finances et des Privatisations n’ait pas choisi de procéder de même, alors que le marché monétaire connaît depuis  quelques jours des perturbations du fait des anticipations de constitution de sur-liquidités que pourrait causer l’arrivée des 14 milliards de dirhams dans les mois qui suivent.

En effet, les taux d’intérêt ont déjà baissé sur le marché monétaire et risquent de continuer sur ce trend, anticipant une moindre intervention du Trésor sur le marché tout en espérant qu’il ne s’y absentera pas totalement, comme il l’avait fait en septembre 2000.

Une telle crainte s’est manifestée lundi dernier à l’annonce de la privatisation de la Régie des Tabacs, quand les acteurs du marché monétaire se sont rué sur les titres dans la psychose d’un manque de papier.

Devrons-nous donc conclure encore une fois que la non communication fait partie de notre culture et que nous devrions en accepter le prix ?

 

Afifa Dassouli



 

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