La radiation de la BNDE de la cote de la Bourse des Valeurs de Casablanca est prévue pour la fin du mois de juin, mais sa liquidation est en cours. En effet, la BNDE qui se transforme en banque d’affaires au profit de la Caisse de Dépôt et de Gestion, doit avant tout procéder à la liquidation de toutes les participations qu’elle détient dans son portefeuille. Il s’agit d’ailleurs, tant des participations majoritaires que les autres. L’exemple type est très certainement celui de la cession de la BMAO, sa filiale à 100 % à la CNCA, mais elle devra aussi céder d’autres participations stratégiques, notamment celles dans des organismes financiers comme la Caisse Marocaine des Marchés, CMM, Safabourse, Safacred Maroc Leasing et dans d’autres comme un club sportif, des sociétés touristiques, immobilières ou maritimes.
De même, la BNDE devra liquider ses participations minoritaires dans plusieurs organismes financiers comme Dar Addamane, Maroclear, Interbank et celles dans des sociétés cotées comme Ciments du Maroc ou non cotées comme Air Liquide.
C’est donc dans cette optique de liquidation de son portefeuille que la BNDE vient de céder à la CDG, 46% de sa participation dans le capital de Maroc Leasing au prix uniqaire de 75 dirhams l’action. Celle-ci, qui détenait un paquet de 5 % d’actions de la même valeur, se retrouve ainsi en possession de 51 % du capital soit la majorité. Cela lui confère donc la gestion de cette société de crédit-bail.
L’opération de prise de contrôle de Maroc Leasing par la CDG a été enregistrée la semaine dernière sous forme d’acquisition de 736 450 titres pour un montant global de 55 233 750 dirhams.
La valeur de 75 Dh, qui a été celle du prix unitaire de l’action Maroc Leasing pour cette transaction, peut être considérée comme une valeur d’échange entre deux entités du même groupe, ce qui sous-évaluerait la valeur réelle de l’action Maroc Leasing. Telle a été, en tout cas, l’appréciation du marché, puisque au lendemain même de l’opération, l’action Maroc Leasing a pris 2,56 % à 80 dirhams tandis que le lundi suivant son cours était réservé à la hausse, dépassant donc les 6 % d’augmentation par rapport à sa précédente cotation. La CDG a donc fait une très bonne affaire en achetant la majorité du capital de la société de leasing de la BNDE à un prix inférieur à sa valeur nominale, qui est de 100 dirhams. Et réciproquement, Maroc Leasing a conclu une excellente alliance avec la CDG qui, en fait, constitue un groupe aux moyens conséquents. Cette entrée dans le groupe de la Caisse de Dépôt et de Gestion lui permettra sans doute d’étoffer ses moyens de financements car la CDG ne refusera pas de souscrire à ses BSF, sachant que Maroc Leasing a plus besoin de moyens de financements que d’augmentation de capital contrairement à ce que certains prétendent.
Par ailleurs, la BNDE elle cède 25 % à la CNCA sur les 27% du capital de Maroc Leasing qui lui restent. La "banque verte" apportera à la société de crédit-bail un réseau commercial étendu par la récente acquisition des agences de la BMAO. Logiquement, le prix de cession de l’action devrait être le même que pour la CDG, soit 75 dirhams. Les 2 % du capital restant ne font pas partie de l’opération, sans doute parce qu’ils sont détenus par les SICAV de la BNDE et ne sont pas considérés comme des titres de participation de la banque publique mise en liquidation.
Maroc Leasing restera, bien sûr, inscrit à la cote casablancaise. Cela permettra à ses nouveaux actionnaires de valoriser leurs acquisitions en actions de cette société de crédit sachant que son cours, qui a coté 45 dirhams à son plus bas, pourrait encore s’améliorer après l’annonce de la cession des 25 % du capital à la CNCA pour les raisons citées plus haut, notamment l’apport par la banque agricole de son réseau commercial et de nouveaux moyens de financement.
Afifa Dassouli
Safabourse analyse Maroc Leasing
Points forts :
• Un secteur porteur qui a enregistré une forte progression de 14 % en 2002, d'autant plus intéressante qu'elle succède à une autre progression à deux chiffres de 10,2 % en 2001.
• Maroc Leasing, qui était jusqu'en 2000 le leader du secteur et le premier opérateur historique, dispose d'un fonds de commerce solide, d'un savoir faire démontré en particulier dans le leasing mobilier, d'un portefeuille clientèle développé, mais qui pourrait se détourner vers des sociétés plus réactives si la crise au niveau de la société ne se résorbe pas dans les plus brefs délais.
• Le changement d'actionnariat intervenu au mois de mail 2003, qui était fortement attendu, est de nature à booster de manière significative l'activité eu égard aux moyens financiers dont dispose la maison mère et aux synergies qu'elle pourrait développer avec les autres filiales du Groupe.
• Les frais généraux de Maroc Leasing s'établissent à 2,6 % du CA contre 3,4 % pour tout le secteur, ce qui dénote d'une bonne maîtrise des charges.
• Des fonds propres solides puisque Maroc Leasing a connu deux augmentations de capital qui ont renforcé ses capitaux propres. Ces derniers atteignent 1,6 fois le capital grâce à l'accumulation des résultats positifs.
• Des efforts de provisionnement soutenus qui ont porté la dotation aux provisions nette de reprises 2002 à 32 MDH contre 27 MDH en 2001 portant le stock de provision à 123,94 MDH et le taux de couverture à 85,73 %, soit l'un des taux les plus élevés de la place.
Points faibles :
∫Durant cette année de forte activité mais année charnière pour Maroc Leasing, cette dernière a marqué un repli de 17 % de ses immobilisations données en crédit-bail. Le chiffre d'affaires s'est rétracté de 8 % et le produit net bancaire a régressé de 25 % (contre une progression de 17% pour le secteur). Cette baisse de régime dans un secteur fortement concurrentiel appelle des efforts urgents pour remettre la société en régime de croisière. En effet, avec le fonds de commerce dont dispose la société, la résolution des problèmes de refinancement à très court terme devrait aboutir à un redressement certain de l'activité à condition de ne pas laisser le portefeuille de clientèle s'effriter
• Le refinancement a reculé de 19 % contre une progression de 17% pour le secteur. C'est dire les difficultés vécues par Maroc Leasing pour trouver les moyens d’assurer son développement. Ce problème, qui peut être responsable du pire comme du meilleur pour la société, appelle des solutions urgentes et adéquates
• Le recours massif aux ressources bancaires (69 % pour Maroc Leasing contre 57 % pour le secteur) au lieu du marché financier qui ne représente que 7.3 % contre 23 % pour le secteur, conduit à un coût du refinancement élevé qui atteint 14 % du CA contre 13.6 % pour le secteur, et ce malgré une nette amélioration enregistrée en 2002 puisqu’en 2001 ce même ratio s'établissait à 14.9 %.
• La gestion actif passif a accentué les difficultés de Maroc Leasing en ce qui concerne le refinancement en particulier dans le leasing immobilier, d'où la nécessité de maîtriser davantage ce créneau pour un développement harmonieux de la société.
• Faible liquidité du titre et niveaux de valorisation élevés à cause de la dégradation des indicateurs entamée en 2001 et accélérée en 2002.
En conclusion, Maroc leasing dispose de sérieux atouts évoluant dans un secteur porteur avec un savoir faire démontré, des fondamentaux solides grâce à des capitaux propres consistants et une politique de provisionnement soutenue. Sa force commerciale reste intacte malgré la crise traversée durant ces deux dernières années, ce qui lui permettrait de rebondir de manière satisfaisante dès lors que les problèmes relatifs à son refinancement seront résolus, ce qui aujourd'hui semble possible suite à la prise de contrôle par la CDG de plus de 51 % de son capital.
Aussi notre recommandation est d'acheter le titre MAROC LEASING afin d'accompagner le développement de la société.