Altadis, l’un des leaders mondiaux du tabac, issu de la fusion de Tabacalera (Espagne) et de Seita, (France) vient de se porter acquéreur de 80 % du capital de la Régie des Tabacs moyennant la coquette somme de 14,1 milliards de dirhams.
Cette opération de privatisation a été réalisée dans les meilleures conditions possibles pour les Finances du Royaume à l’issue d’une forte compétition entre Altadis, Altria (ex Philip Morris, USA) et British American Tobacco (BAT, Japon). C’est donc l’offre la plus importante qui a été agrée par le Ministère des Finances et de la Privatisation puisque Altria avait proposé 9 milliards de dirhams pour la transaction quand BAT en avançait un de plus, soit 10 milliards.
C’est un géant international du tabac qui vient ainsi d’acquérir la Régie des Tabacs du Maroc (RTM) au terme d’une procédure d’appel d’offres qui aura tenu en haleine les soumissionnaires comme les vendeurs, tant était important l’enjeu financier de cette opération qui, au minimum se devait rapporter au Trésor 6 milliards de dirhams. En proposant plus du double, Altadis, qui possède déjà l’Espagne et la France comme marchés domestiques, entend en faire de même avec le Maroc, considéré à la fois comme un marché au fort potentiel, "protégé" jusqu’en 2008, mais aussi comme un porte ouverte sur l’Afrique subsaharienne, le Maghreb et les pays arabes.
Les ambitions d’un leader
Le fabricant hispano-français prouve ainsi ses grandes ambitions de développement à l’international et notamment dans les pays du sud après avoir réussi une implantation majeure en Europe et aux Etats-Unis (notamment sur le cigare, avec, entre autres, la fameuse marque Roméo et Juliette).
Spécialiste de l’industrie du tabac, Altadis produit et commercialise des cigarettes et des cigares, mais s’intéresse également à la distribution de proximité.
Coté à la bourse des valeurs de Madrid, le géant franco-espagnol a une capitalisation boursière de 6980 millions d’euros et, selon Fininfo, cotait le 2 juin 2006, 24,75 euros sur la place madrilène.
Altadis a réalisé en 2002 un chiffre d’affaires consolidé de 8997 millions d’euros et un résultat net part de groupe de 435,16 millions d’euros. Il emploie 20813 personnes, développe une implantation de 150 000 points de vente et affirme sa présence actuelle dans 35 pays.
Grâce à la fusion entre les fabricants espagnol, Tabacalera, et français, Seita, Altadis cherche à être un acteur majeur dans ses trois principaux métiers. C’est ainsi qu’il est numéro 3 européen dans l’industrie continentale de la cigarette avec 13 % de part de marché en Europe occidentale. Il occupe également la première place au monde pour la commercialisation du cigare avec 25 % de part de marché au plan mondial et possède une présence de premier plan dans la distribution grâce à un réseau logistique unique en Europe à fort potentiel d’expansion.
Attijari Finance au top!
Conseillé par la banque britannique HSBC, la française CCF et au Maroc par la banque d’affaires Attijari Finance, filiale de la BCM, et qui a joué sans complexe, dans la cour des grands, réussisant au passage une belle performance,Altadis avait également comme avocat conseil Me Amin Chérif. Le leader européen du tabac a donc considéré que la privatisation de la Régie des Tabacs était une opportunité unique. En effet, la RTM présente de nombreux atouts pour Altadis :
Une forte présence locale sur un marché en croissance, un portefeuille de marques locales fortes (85 % de parts de marché en volume) et un réseau national de distribution fort de 26 centres de distribution et 23 000 détaillants agréés à travers le Royaume.
Présentant de sérieuses perspectives de gains de productivité, la Régie privatisée pourra profiter du transfert du savoir-faire d’Altadis et développer de nouvelles synergies commerciales.
C’est également pour en faire une plate-forme moderne pour de futurs développements dans les pays méditerranéens et en Afrique subsaharienne qu’Altadis n’a pas hésité à mettre 14,1 milliards de dirhams dans la corbeille pour acquérir la Régie des Tabacs.
Celle-ci peut d’ailleurs exciper de bons résultats financiers en 2002 avec un CA net de 260 millions un EBITDA de 94 millions, une dette nette de 60 millions incluant les provisions fiscales, (chiffres en euros).
Une présence locale forte
La Régie des Tabacs contrôle aujourd’hui 100 % de la distribution et 85 % de la production des produits de tabac consommés sur le marché marocain (en volume)
Elle possède des marques leader comme Marquise (tabac blond) , la plus populaire du marché avec 37 % de parts de marché en volume et 41 % en valeur .Le tabac brun représentait encore 45 % du marché en volume et 19 % en valeur en 2002
Enfin la Régie peut se targuer d’un partenariat historique et étroit avec les 6 000 tabaculteurs nationaux.
Afifa Dassouli
Ce qu’il faut savoir sur la Régie des Tabacs
La Régie des Tabacs est la sixième plus grande entreprise du Maroc
Administration jusqu’en 1999, elle était jusqu’au 2 juin 2003 une entreprise détenue par l’Etat marocain (à travers le Trésor Public et la Caisse de Dépôt et de Gestion).
Ses missions sont les suivantes :
- Organiser la culture du tabac à travers l’assistance de 6 000 tabaculteurs marocains qui produisent annuellement environ 5 800t de tabac (40% des besoins de RTM)
La fabrication de cigarettes :
la RTM produit 19 marques de cigarettes dans 4 usines, représentant 12,2 milliards d’unités (2002)
La distribution : La RTM détient le monopole de la distribution des cigarettes, y compris des marques importées, aux 23 000 détaillants répartis sur tout le territoire marocain grâce à ses 26 centres de distribution
Une position de marché dominante
Les marques de la Régie des Tabacs détiennent une part de marché dominante :
85% en volume
67% en valeur
Les 3 plus grandes marques de la Régie représentent 80 % du marché en volume :
Marquise (cigarette blonde )
Olympic Bleue (cigarette brune avec filtre)
Casa Sports (cigarette brune sans filtre)
Les produits importés sont vendus et distribués par la Régie. Ils représentent 15% du marché en volume et 33% en valeur
Les prix par paquet des produits sont compris entre 5,2 MAD pour Casa Sports et 19 MAD pour Anfa, une cigarette blonde lancée avec succès en 2002
Ressources humaines
En 2003, la Régie des Tabacs compte 2 333 employés
La fermeture programmée de l’usine de Casablanca et le transfert des ses capacités de production vers Kénitra et Tétouan, n’auront aucun impact sur les employés
Les effectifs baisseront naturellement avec les départs en retraite
Les employés de la Régie garderont leur statut actuel
Structure de la transaction
L’acquisition en cash de 80 % de la Régie des Tabacs représente 1 292 millions d’euros.
La transaction sera financée par un crédit relais refinancé par une émission ultérieure d’obligations. Altadis gardera des ratios d’endettement lui permettant au groupe de chercher d’autres opportunités de croissance
Le goodwill généré par la transaction sera déductible fiscalement en Espagne
L’opération sera relutive en cash earnings dès l’année 1 et en EPS pre-goodwill dès l’année 2
Le gouvernement marocain garde l’option de céder sa participation résiduelle de 20% par une introduction en bourse sur le marché de Casablanca en années 3 ou 4 ou de la céder à Altadis en année 5 sur la base du prix actuel
La transaction sera close après la publication du décret de vente, d’ici fin juillet 2003.
A.D