L’année 2006 restera certainement dans les annales de la Bourse de Casablanca, au grand bonheur des investisseurs de tout poil. A la clôture de la dernière séance de cotation de l’exercice écoulé, tous les clignotants du marché affichaient d’excellentes progressions. A commencer par les deux principaux baromètres de la place, le MASI et le MADEX, qui ont caracolé avec des performances annuelles respectives de 71,1 %, à 9 479,45 points, et 77,7 %, à 7 743,81 points. Derrière ces performances, il y a bien évidement le bon comportement de presque toutes les valeurs phares du marché. Les titres CIH (+666,67 % à 575 dirhams), Addoha (+387,18 % à 2 850 dirhams), BCP (+147,35 % à 1 870 dirhams), Crédit du Maroc (+123,3 % à 949 dirhams), Auto Hall (+106,78 % à 1 220 dirhams), Wafa Assurance (+91,85 % à 1 295 dirhams), Sonasid (+90,96 % à 2 072 dirhams), Attijariwafa bank (+85,63 % à 2 300 dirhams) et Afriquia Gaz (+79,7 % à 850 dirhams) ont affiché les meilleures performances du marché. Reste que l’embellie du marché n’a pas profité à toutes les valeurs de la cote. Pas moins de 18 valeurs ont vu leur cours enregistrer des contre-performances. C’est le cas notamment d’Oulmès, Papelera de Tetuan, La Marocaine Vie, Taslif et Lesieur Cristal dont les cours ont enregistré des baisses annuelles respectives de -31,15 %, -26,6 %, -22,25 %, -19,5 % et -18,6 %. Ces évolutions témoignent de plus en plus de la maturité des investisseurs de la place de Casablanca qui sont de plus en plus regardants sur les fondamentaux et les perspectives de croissance des titres sur lesquels ils investissent. Ainsi, le CIH, qui affiche la meilleure performance de la place, a été plébiscité suite, d’une part, au processus de restructuration qu’il a entrepris et qui commence à porter ses fruits, et, d’autre part, par son adossement aux groupes CDG et Caisses d’Épargne françaises. Les investisseurs anticipent ainsi une amélioration rapide des performances de la banque grâce notamment aux synergies importantes qu’elle tirera de son adossement au groupe CDG et à l’expertise que lui procureront les Caisses d’Épargne.
Investisseurs sélectifs
D’ailleurs, les deux actionnaires de référence du CIH lui ont concocté un plan de développement devant remettre de manière définitive la banque sur les rails de la croissance afin qu’elle puisse tirer profit de la dynamique que connaît le secteur bancaire qui baigne dans une conjoncture économique globalement favorable. Idem pour le titre Wafa Assurance qui bénéficie pleinement de son adossement au groupe Attijariwafa bank et la Sonasid dont le renforcement de Mittal-Arcelor dans son tour de table lui assure plus de visibilité. Les titres Attijariwafa bank et Afriquia Gaz profitent pleinement de la réussite des opérations de fusions-acquisitions qui ont été créatrices de valeur ajoutée pour les actionnaires comme en atteste l’évolution de leurs principaux indicateurs d’activités et de résultats. A titre d’exemple, pour les 9 premiers mois de l’année 2006, Attijariwafa bank affiche un bénéfice net part du groupe de plus de 1,46 milliard de dirhams. En gros, les investisseurs ont plébiscité les valeurs qui affichent de bonnes performances tout en offrant une grande visibilité sur le moyen et le long terme. A l’opposé, les investisseurs ont sanctionné les valeurs qui n’offrent pas à leurs yeux plus de lisibilité où qui ne réalisent pas de performances à la hauteur de leurs ambitions. C’est ainsi, que Lesieur Cristal a été sanctionné par le marché qui ne voit pas encore une issue favorable dans son duel avec Savola sur le marché des huiles de table. Lesieur Cristal ayant opté pour la préservation de ses parts de marché au détriment de l’amélioration sur le court terme de ses bénéfices, a vu ainsi ses marges se dégrader et ses bénéfices s’étioler au cours de ces dernières années. Reste que les dernières mesures prises par les autorités chargées de réglementer la concurrence pourraient mettre fin à la guerre des prix qui prévaut actuellement au niveau du secteur des huiles et rehausser les marges de la société et donc de ses perspectives bénéficiaires. Les autres valeurs ont été sanctionnées par le marché surtout par la faiblesse relative de leurs performances bénéficiaires et pour certaines d’entre elles par le manque de visibilité sur leurs perspectives de croissance.
Volumes et capitalisation explosent
Par ailleurs, la forte progression des indices boursiers, consécutive à la hausse des cours, s’est traduite par une appréciation significative de la capitalisation boursière de la place casablancaise. Celle-ci s’est renforcée de 65,27 % passant de 252,3 milliards de dirhams à fin 2005 à 416,99 milliards de dirhams à la clôture de l’exercice 2006, soit une augmentation en valeur absolue de 165 milliards de dirhams. A ce niveau, la capitalisation boursière représente 82,62 % du PIB 2006e (504,7 milliards de dirhams). Cette forte hausse est le fruit combiné d’une appréciation des cours des sociétés cotées et de l’effet des nouvelles introductions en Bourse de dix nouvelles sociétés en 2006, dont la vedette du marché, Douja Promotion Groupe Addoha. Les nouvelles recrues de la Bourse sont à l’origine d’une hausse de la capitalisation boursière de 45,6 milliards de dirhams, le reste, soit 119,4 milliards de dirhams, étant le fait essentiellement de l’appréciation des cours des sociétés déjà cotées et des augmentations de capital effectuées par certaines entreprises.
Autre signe de la dynamique boursière, le volume cumulé des échanges enregistré au titre de l’exercice 2006 a explosé. En effet, sur les deux compartiments du marché (marché central actions et marché de blocs), les échanges ont drainé un chiffre d’affaires global de 137 milliards de dirhams, contre 98,5 milliards en 2005, soit une progression de 39,08 %. Cette progression est d’autant plus appréciable que l’essentiel des transactions ont concerné le marché actions, principal baromètre d’une Bourse. Sur celui-ci, ce sont plus de 122, 32 millions de titres qui ont été échangés durant l’année 2006 générant un volume d’affaires de 117,5 milliards de dirhams, en progression de plus de 213 % par rapport à l’exercice 2005, rehaussant ainsi le volume moyen quotidien à 472 MDH, contre seulement 152,5 MDH en 2005. Sur ce marché, Addoha, Ittissalat Al-Maghrib, BMCE, ONA, CIH et Attijariwafa bank ont été les plus dynamiques en drainant des volumes respectifs de 34 110,6 MDH, 20 312 MDH, 8 903 MDH, 7 351 MDH, 7 496 MDH et 6 765 MDH. L’augmentation des volumes échangés s’est traduite par une amélioration du ratio de liquidité de la place casablancaise qui est ainsi passé de 14,9 % en 2005 à 28,17 % en 2006, témoignant de la vigueur de la Bourse de Casablanca qui est ainsi devenue de plus en plus attrayante pour les investisseurs aussi bien locaux qu’étrangers. Sur le compartiment de blocs, en l’absence d’opérations stratégiques majeures, ce marché a été surtout dopé par les opérations de revalorisation de portefeuilles qui ont concerné un volume global d’environ 12 milliards de dirhams durant le mois de décembre.
Perspectives
Comme on le voit, tous les clignotants du marché se sont très bien orientés au titre de l’exercice 2006. La bonne santé de l’économie nationale avec un taux de croissance du PIB 2006e estimée à plus de 7,5 %, la dynamique de croissance bénéficiaire des sociétés cotées qui ont réalisé au premier semestre 2006 un chiffre d’affaires en hausse de 16 % à plus de 73 milliards de dirhams et un bénéfice net en progression de 35,4 % à environ 10 milliards de dirhams, la solidité financière de la majorité des sociétés cotées qui disposent de surcroît de conséquents cash-flows, le niveau d’endettement globalement faible des entreprises cotées, l’arrivée sur le marché de nouveaux papiers frais en quantité et en qualité (10 nouvelles introductions en Bourse), la surliquidité structurelle du système financier entretenue par les transferts des Marocains Résidant à l’Étranger (MRE) et les recettes touristiques…, sont autant de facteurs qui ont contribué à l’attrait de la place casablancaise en 2006.
La question que tout le monde se pose est de savoir ce que sera le comportement du marché en 2007. Pour nombre d’analystes, avec un P/E 07e de 20,5x les bénéfices attendus, un P/B 2007e 7,3x et un D/Y de 3,6 %, le niveau de valorisation de la place reste globalement correct. Pour d’autres par contre, le marché a trop pris par rapport à ses fondamentaux et pensent qu’une correction serait salutaire afin qu’il reparte sur des bases encore plus solides. Dans tous les cas, la publication des premiers résultats annuels des sociétés et les nouvelles introductions en Bourse au programme devront entretenir la croissance du marché boursier en 2007 avec peut-être des performances moindres.
Moussa Diop
Addoha, une vedette inattendue
Jamais une valeur n’a créé autant d’engouement et ne s’est comportée comme Addoha à la Bourse de Casablanca. Addoha a été incontestablement la vedette du marché boursier durant le second semestre 2006. Introduite en juillet dernier, cela n’a pas empêché le promoteur immobilier de reléguer Maroc Telecom au second rang dans les cœurs des investisseurs qui ont plébiscité la valeur. En moins de cinq mois, le titre a engrangé au niveau du marché central actions un volume de 34,11 milliards de dirhams, soit plus de 29 % du chiffre d’affaires enregistré durant l’année sur ce marché avec un ratio de liquidité de 88,65 %. Cet engouement pour le titre des investisseurs aussi bien locaux qu’étrangers conjugué à une politique de communication savamment orchestrée par le management du Groupe a propulsé le cours de l’action Addoha à un niveau qu’aucun analyste ne pouvait prédire lors de l’introduction en Bourse. Introduite à 585 dirhams, l’action a réalisé une performance de +387,19 % pour ressortir à la clôture de la dernière séance de l’année 2006 à 2 850 dirhams. L’action avait même franchi la barre des 3 000 dirhams en s’établissant à 3 200 dirhams le 14 décembre dernier avant de baisser sous l’effet des prises de bénéfices. L’ascension fulgurante de la valeur a été telle que les analystes financiers étaient constamment obligés de réactualiser leurs recommandations sur la valeur pour se coller à la réalité du marché.
Actuellement, les investisseurs sont un peu dans l’attentisme. Suite à l’acquisition de nouveaux terrains fonciers et la multiplication d’alliances stratégiques avec des groupes de renom (Somed, CDG, Al-Qudra et CMKD), Douja Promotion Groupe Addoha compte publier courant janvier 2007 un nouveau business plan pour actualiser celui annoncé lors de l’introduction en Bourse en juillet 2006.