La Nouvelle Tribune : Dans quel cadre s’inscrit cette campagne de sensibilisation ?
M. Azzeddine Maach : Pour comprendre le contexte dans lequel s’inscrit cette campagne, il faut remonter à la signature de la convention entre Banques et PME en novembre 2005. Suite aux reproches mutuelles, nous avons ressenti le besoin de rapprocher nos points de vue sachant que les sorts des banques et des entreprises sont intimement liés. Ainsi, et à travers cette convention, chacune des parties a pris un certain nombre d’engagements à mettre en place. Les banques se sont ainsi engagées à jouer un rôle important en matière de conseil à l’entreprise, à étudier en priorité les garanties liées aux projets et non pas aux promoteurs (garantie personnelle) et donc à n’exiger d’autre formes de garantie que si le projet soumis à l’étude ne s’auto-garantit pas lui-même. Par ailleurs, nous avons demandé qu’en cas de rejet d’une demande de financement à ce que la banque saisisse le client par écrit et dans des délais très raisonnables afin que le promoteur puisse prendre ses dispositions à temps.
De leur côté, reconnaissant que le problème de transparence se pose pour nombre d’entreprises, les PME se sont engagées à faire davantage confiance à leur banquier en lui fournissant les documents financiers justes et fiables afin que celui-ci puisse connaître la situation réelle de l’entreprise et mieux évaluer son risque. Par ailleurs, et dans le cadre de cette convention, les entreprises ont été incitées à mieux se structurer en renforçant notamment leurs ressources humaines.
Suite à la signature de cette convention, un Comité de Suivi a été créé pour mettre à jour les termes de la convention et d’apporter des solutions pratiques aux problèmes que rencontrent les PME face aux banques. C’est dans ce cadre que s’inscrit la campagne de sensibilisation que nous allons entreprendre à côté de Bank Al-Maghrib, le GPBM, la CCG et l’ANPME.
Concrètement, comment se dérouleront ces rencontres régionales de sensibilisation?
Globalement, cette campagne vise à asseoir les fondements de la convention au niveau de toutes les régions du royaume. Concrètement, au niveau de chaque région, nous allons tenir deux réunions. La première (le matin) rassemblera les dirigeants des banques avec les responsables des réseaux bancaires régionaux et en présence des représentants des PME. L’objectif de cette réunion est de permettre une grande diffusion auprès des réseaux régionaux des termes de la convention signée entre les deux parties. La seconde (l’après midi) réunira la Commission des PME et les PME de chaque région et en présence bien évidemment des banquiers. Le but principal de cette rencontre est de faire passer le message de transparence essentiel au bon fonctionnement des relations Banques/PME, sachant que la Commission PME de la CGEM ne peut défendre une entreprise que si celle-ci joue réellement la carte de la transparence. Ces rencontres, qui se dérouleront bien évidemment en présence de Bank Al-Maghrib, de l’ANPME et de la CCG, seront l’occasion pour la PME de soulever ses problèmes avec le système bancaire et les autres institutions présentes.
Pour ce qui est de la mise à niveau des entreprises, on note un certain retard en dépit des efforts déployés par les organismes en charge de cette opération. Comment expliquez-vous cette situation ?
La vérité c’est qu’on n’a pas encore trouvé le produit miracle pour la mise à niveau du tissu économique national. L’ANPME et la CCG ont fait beaucoup d’efforts certes, toutefois, il faut reconnaître que la mise à niveau est, avant d’être un problème financier, d’abord un état d’esprit. Partant, il faut que l’entrepreneur soit convaincu de la nécessité de se mettre à niveau. Ce faisant, nous, en tant que Commission PME, nous allons travailler davantage avec l’ANPME, la CCG et les autres acteurs, pour aider les entreprises à mieux connaître leur situation et les convaincre par la suite de la nécessité de leur mise à niveau.
En matière de financement, les banques ont fait d’énormes efforts au cours de ces derniers mois. Que leur reprochez-vous encore ?
Nous demandons aux banques de ne pas généraliser leur approche vis-à-vis de la PME. S’il existe des PME qui ne jouent pas la transparence, ce n’est pas une raison pour appliquer la même thérapie à toutes les autres en exigeant à toutes des garanties personnelles. C’est cette généralisation que nous ne comprenons pas et ne pouvons pas accepter de la part des banques. A titre anecdotique, vous venez avec votre projet, vous le présentez et le banquier vous écoute et vous demande après, quelle garantie personnelle vous avez à lui donner. C’est le principal reproche que les patrons de PME font aux banquiers.
Nous reconnaissons tout de même que les banques sont en train de faire un travail remarquable en s’approchant de plus en plus des entreprises. C’est ainsi que plusieurs banques ont créé des directions PME à travers lesquelles elles conseillent et accompagnent les entreprises. De même, elles commencent à innover en lançant des produits adaptés aux besoins et aux spécificités des PME avec des taux d’intérêt plus raisonnables. Les entreprises, de leur côté, sont de plus en plus conscientes des exigences en matière de transparence.
Et pour être complet sur la question de financement, signalons que le problème de financement de la PME n’est pas lié uniquement au système bancaire, il existe de nombreuses autres sources de financement sur lesquelles nous allons nous pencher et qui peuvent être dans certains cas plus appropriés à la PME que le financement bancaire, tel le leasing, le capital-risque, le marché de la dette privée, etc.
Propos recueillis par
Moussa Diop