Une première évolution intervint cependant avec la mise en œuvre des successives lois bancaires qui, en imposant aux banques la mesure du risque, les obligèrent à son évaluation, dossier de crédit par dossier, projet par projet. La conséquence en fut un désengagement progressif des personnes physiques et la mise en valeur des business plans.
Aujourd’hui, c’est une innovation majeure et positive qui est introduite dans le système d’octroi des crédits et de financement des besoins divers de la population. En effet, dans le cadre de la politique économique et sociale du Gouvernement Jettou, une deuxième étape d’importance sera franchie le 13 novembre prochain avec la facilitation de l’accès au crédit des petits métiers, des indépendants et de tous ceux qui ne pouvaient être classés dans le système de la PME-PMI classique, en parallèle d’ailleurs de l’évolution du micro-crédit déjà en place depuis plusieurs années.
En effet, l’activité économique nationale, dans sa diversité, recèle plusieurs catégories ou types de populations qui ne sont pas bancarisées jusqu’à aujourd’hui et qui peuvent avoir besoin de crédits bancaires pour financer leurs activités, leurs projets, leur développement, sans que ceux-ci ne s’inscrivent dans le cadre étroitement défini et relativement strict de la démarche actuelle d’accès au crédit bancaire.
C’est pour satisfaire cette catégorie d’entrepreneurs, qui ne sont pas exactement dans la typologie relevant du micro-crédit, ni dans celle d’une entreprise totalement inséré dans le circuit formel et classique de production que les mesures annoncées le 13 novembre ont été mises au point entre les pouvoirs publics et plusieurs des grands établissements bancaires de la place.
Des options variées et facilitatrices
Ainsi, dans le cadre déjà défini du micro-crédit, qui connaît au Maroc un développement réel, impliquant plusieurs centaines de milliers de bénéficiaires, il prévoyait jusqu’à présent un plafond maximal de 5000 dirhams, alors que les associations opérant dans ce champ s’engagaient sur des crédits collectifs basés sur la solidarité entre les personnes. Désormais l’accès au micro-crédit sera personnalisé et se basera sur la confiance «intuitu personae», issue d’une réelle relation de proximité entre le bénéficiaire et les organismes et institutions d’octroi de crédits.
Le montant moyen du micro-crédit passera de 5000 Dhs à 10 000 Dhs en 2007, soit son doublement et à 20 000 Dhs en 2008, tandis que le montant maximal passera de 30 000 Dhs à 50 000 Dhs. Cette dispostion qui traduit une réelle avancée pour la facilitation et le développement du micro-crédit fera l’objet d’une convention qui sera signée le 13 novembre entre le gouvernement de M. Driss Jettou et les plus grandes associations nationales de micro-crédit, Al Amana, la Fondation Zakoura, le FONDEP et la Fondation Banque Populaire.
Mais, parce que le micro-crédit n’est plus adapté à partir d’un certain niveau d’activités, il est également prévu que le crédit bancaire prenne le relais jusqu’à concurrence de 20 000 dirhams, au bénéfice de tous ceux qui pourront justifier d’une activité régulière et rémunératrice. Trois banques s’occuperont de sa mise en œuvre : la Banque Populaire, Attijariwafa bank et le Crédit Agricole. Cette facilitation de l’accès au crédit sera permise grâce à l’allègement de la documentation exigée pour l’obtention d’un crédit bancaire.
Des procédures allégées
Cet assouplissement conséquent des formalités d’octroi de prêts bancaires se traduira notamment par l’annulation de la présentation d’une comptabilité au profit d’un seul état simplifié de l’activité du demandeur établi avec l’assistance de la banque. De plus, le demandeur présentera un projet personnel défini et la banque donatrice opèrera un suivi du financement grâce à des structures de relais.
Chacune des trois banques concernées par cette innovation a d’ailleurs présenté des produits et une procédure différents.
C’est ainsi que la Banque Populaire, qui s’appuiera sur sa Fondation, procèdera à la multiplication et au développement des antennes dont dispose son association à l’échelle nationale, actuellement au nombre de 130. La fondation Banque Populaire enquêtera sur la population cible, les porteurs de projets, suivra le déblocage des crédits, celui des réglements et des impayés, permettant ainsi un réel rapprochement de la population concernée et établissant avec elle une relation de confiance pérenne et fiable.
Le Crédit Agricole, connu pour sa présence en milieu rural (et urbain dans une mesure moindre), fera également sienne cette relation et approche de proximité en s’appuyant sur son réseau d’agences.
Attijariwafa bank, dotée d’une structure essentiellement urbaine, jouera également la proximité en se basant sur un système de socring, qui existe déjà pour les sociétés de financement à crédit, afin d’être plus raide et plus efficace dans l’octroi et le renouvellement des crédits.
Quant à l’Etat, tenu par ces mesures à travers les conventions signées avec ces trois banques, il mettra en place un comité depilotage pour s’assurer de l’effectivité des engagements pris par les banques et les associations, amender éventuellement les conventions dans le sens deleur amélioration, dans l’objectif principal de maintenir et de normaliser la relation de confiance et de proximité entre la population cible et les établissements bancaires.
Cette avancée, qu’expriment l’assouplissement et la généralisation du crédit bancaire, permettra à des millions de citoyens d’accéder à la bancarisation, et à terme à la formalisation de leurs activités productrices, traduit à la fois la réelle démarche de politique sociale du gouvernement, son souci de développement par l’encouragement des activités peu ou non formelles créatrices cependant de richesses et d’emplois. Quant à l’implication de trois grandes banques nationales, elle traduit leur nouvelle approche de développement de leurs réseaux et activités respectifs, au service de la généralisation de la bancarisation dans notre pays.
Afifa Dassouli