La Bourse de Casablanca n’en finit pas de monter. Et cette semaine a été encore exceptionnelle à ce titre. Les indice Masi et Madex ont réalisé des performances hebdomadaires respectives de +3,074 %, à 8 747 points, et +3,298 %, à 7116,18 points, rehaussant leurs gains annuels à des niveaux record historiques respectifs de +57,91 % et 63,26 %. Parallèlement à l’appréciation des cours, la capitalisation boursière de la place s’est renforcée de plus de 13 milliards de dirhams pour ressortir à 396,15 milliards à la clôture de la séance du 07 novembre 2006, représentant désormais plus de 85 % du PIB marocain. La forte hausse des clignotants du marché se justifie essentiellement par un mouvement acheteur sans précédent drainant un volume cumulé des échanges sur le compartiment central action de 4 938 MDH en quatre séances de cotation –du 01 au 07 novembre-, soit une moyenne d’échange quotidienne de 1 234,5 MDH.
Reste si le marché est bien orienté depuis quelques mois, le niveau atteint par les indices doit susciter une certaine appréhension chez les intervenants du marché. Pour le moment, il n’en est rien. Tout le monde semble trouver la situation normale. Pourtant, c’est bien une bulle qui semble se former actuellement. Et comme toute bulle qui se gonfle, elle finira tôt ou tard par se dégonfler. De l’avis de plusieurs observateurs, l’évolution du marché boursier est bien évidemment déconnectée de la réalité des sociétés cotées. Les sociétés réalisent certes globalement de bons résultats, mais de là à justifier par ceux-ci les performances du marché boursier, il y a là un pas que beaucoup ne souhaitent pas franchir pour expliquer l’euphorie qui prévaut sur le marché. En mai dernier, lorsque le marché avait atteint presque de tels niveaux de valorisation, des avertissements fusaient d’un peu partout même si certains analystes continuaient à juger que la place était correctement valorisée. Cette fois, certains analystes de la place semblent eux aussi emportés par cette euphorie. Justifiant leurs analyses de la valorisation correcte du marché casablancais par une batterie d’explications dont le fait que la situation du marché est différente de celle qui a prévalu avant la crise de 1998-2002 par sa profondeur actuelle (plus de papier de qualité, plus grande diversification sectorielle pour les placements, etc.) et l’existence d’un cash important qui ne trouve pas en face des instruments de placements à même d’offrir des rendements aussi satisfaisants que ceux du marché boursier suite notamment à la baisse des rendements obligataires, Certains analystes semblent même pousser le bouchon un peu loin en revoyant constamment à la hausse leurs recommandations à l’achat sur certains titres à des cours cibles de plus en plus élevés à chaque fois que le niveau recommandé est atteint sans pour autant, parfois, qu’il n’y ait d’éléments tangibles justifiant la remise en cause des recommandations précédentes. Plus encore, ces révisions reposent parfois sur le résultat obtenu par une seule méthode de valorisation aux lieu et place des deux ou trois méthodes dont ces analystes nous ont habitués jusqu’à présent. Partant, le marché se revalorise de plus en plus et semble même ignorer la loi de la pesanteur matérialisée sur le plan boursier par le célèbre adage, selon lequel «les arbres ne montent pas jusqu’au ciel». Ainsi, lors de la séance du 07 novembre dernier, pas moins de six valeurs ont été réservées à la hausse –Acred, Addoha, CIH, Colorado, Risma et Oulmès- accentuant l’euphorie spéculative. Si certaines valeurs continuent à attirer des investisseurs et sont globalement bien valorisées ou font l’objet d’un ramassage systématique de la part de certains institutionnels, il n’en demeure pas moins que les investissements spéculatifs ont certainement leur part de responsabilité dans cette surchauffe boursière.
Enfin, tout investisseur boursier est appâté par des gains rapides et importants. Partant, il doit assumer les risques qui en découlent. On ne doit pas réaliser des plus-values conséquentes et engranger au passage de généreux dividendes et tirer des boules rouges sur le marché une fois pris en contre-pied par celui-ci.
Moussa Diop