La politique des grands chantiers (Tanger Med, autoroutes, rocade méditerranéenne, tronçons ferroviaires, infrastructures touristiques, etc.), la dynamique de l’activité au niveau de Casablanca et le redéploiement réussi sur le marché porteur de Marrakech ont eu des effets très positifs sur les réalisations du Groupe Lafarge au titre du premier semestre 2006. Concrètement, cette dynamique s’est traduite par une forte progression des ventes de ciments de 14,6 % (contre une moyenne nationale de 10,6 %) à 2,23 millions de tonnes, avec une pointe de 25 % de hausse au niveau de la région de Tanger. Cette hausse du volume vendu, conjuguée à l’appréciation du prix moyen de vente du ciment gris intervenu en novembre 2005 pour compenser l’effet de la hausse des intrants a permis à Lafarge Ciments de réaliser un chiffre d’affaires consolidé de 1 751 MDH, en hausse de 20 %. Cette forte hausse s’explique aussi par un effet de rattrapage. En effet, au premier semestre 2005, les ventes du Groupe avaient signé un recul de 0,9 % par rapport à l’exercice précédent, alors que le marché avait progressé de 3,4 %. En cause, les difficultés rencontrées au niveau de l’unité de Bouskoura qui ne sont plus qu’un mauvais souvenir en ce sens que le processus de modernisation et d’extension de la capacité de production de la seconde ligne de cette unité ont permis à la filiale marocaine du groupe Lafarge de répondre à la forte demande du ciment depuis mai dernier.
Hausse des intrants
Si le chiffre d’affaires consolidé a affiché une forte progression, les charges d’exploitation également ont explosé avec une progression de 24 % à 989,3 MDH, sous l’effet notamment des achats et autres charges externes qui ont augmenté de 30 %. La flambée des cours de pétrole a eu des retombées négatives sur le coût des intrants: coke de pétrole et électricité. A titre indicatif, l’augmentation du prix du coke (coût et fret) a augmenté de l’équivalent de 6,2 dollars la tonne livrée aux usines de Lafarge. Sachant que la consommation est évaluée à plus de 300 000 tonnes, le surcoût lié à la hausse du coke de pétrole a atteint les 20 MDH, auquel s’ajoute la hausse de la facture d’électricité. Cette hausse est accentuée notamment par la baisse volontaire de l’utilisation des combustibles de substitution (pneus déchiquetés) au niveau de l’unité de Bouskoura. Sur l’ensemble des unités de Lafarge Ciments au Maroc, l’utilisation des combustibles de substitution représente à peine 5 %, contre 20 % pour le Groupe Lafarge en France. L’alourdissement de la facture énergétique a été atténué par l’impact du parc éolien de Tétouan. En fournissant environ 46 % des besoins de cette unité, le parc a permis à Lafarge Ciment de réaliser sur la facture énergétique un gain de 7,5 MDH sur le semestre. En plus, en permettant de réduire de 30 000 T/an les émissions de gaz à effet de serre, Lafarge Ciments dont le parc éolien est considéré comme projet MDP (Mécanismes de développement propre) a bénéficié des crédits carbone qui lui ont généré un peu plus de 300 000 dirhams l’année. Fort de ce résultat, et partant de la volonté de l’Etat de rehausser la limite d’autoproduction de 10 MW pour la faire passer entre 30 et 50 MW, Lafarge Ciments a engagé une étude avec les concepteurs du parc éolien de Tétouan pour installer des capacités supplémentaires au niveau de la région.
La conjonction de tous ces facteurs s’est traduite par une hausse du résultat courant d’exploitation de 13 % à 614,2 MDH. En tenant compte des charges d’impôts, le résultat net consolidé progresse de 20 % à 428,32 MDH, soit un bénéfice net de 90 dirhams par action, contre 75 dirhams pour la même période de l’exercice précédent.
Nouveaux investissements
Pour ce qui est des comptes sociaux, Lafarge Ciments a réalisé un chiffre d’affaires de 1 499,15 MDH en progression de 16,92 %. Les charges d’exploitation ont augmenté de 26,81 % à 500,36 MDH. Du coup, le résultat d’exploitation a affiché une hausse de 11,9 %, à 564,04 MDH, et le résultat net progresse de 12,71 % à 335,86 MDH.
Fort de ces réalisations, le groupe Lafarge entrevoit de bonnes perspectives pour l’exercice 2006. Les réalisations du troisième trimestre montrent que les ventes se sont maintenues à un rythme soutenu. A fin septembre 2006, les ventes ont progressé de 13,3 % par rapport à la même période de l’exercice précédent. Sur le long terme, les éléments structurels (habitat social, montée en puissance des chantiers d’infrastructures et des équipements touristiques), devraient porter encore la croissance de la demande du ciment. Face à cette donne, Lafarge Ciments s’est engagée dans des programmes d’investissements pour accompagner cette dynamique. Ainsi, et outre la réalisation de l’extension de la deuxième ligne de Bouskoura avec une capacité additionnelle de 900 000 tonnes, Lafarge Ciments mise beaucoup sur le renforcement de ses capacités industrielles dans la région Nord. C’est dans cette optique que s’inscrit la nouvelle convention d’investissements d’un montant de 2 milliards de dirhams signée avec le Gouvernement et qui se traduira par la modernisation et le doublement de la capacité de broyage de l’usine de Tanger Ville pour la porter à un million de tonnes en 2008, la construction d’une nouvelle ligne de cuisson sur le site de la nouvelle cimenterie, et, enfin, la construction d’une nouvelle usine de broyage à proximité du site de Tanger Méditerranée d’une capacité de 500 000 tonnes.
Moussa Diop