1067,37 MDH pour le Groupe Banques Populaires, 1 018,64 MDH pour Attijari-wafa bank, 505,7 MDH pour BMCE Bank…, les banques marocaines affichent au titre du premier semestre 2006 des performances records largement supérieures aux attentes des analystes et observateurs du marché. Ainsi, portées sur les fonds baptismaux par un environnement globalement favorable -croissance soutenue du PIB de 7,9 % en glissement annuelle et en prix constant, demande soutenue du crédit, restructurations et réorganisations réussites, etc.-, les prouesses réalisées par les banques au titre du premier semestre 2006 confirment la tendance de fonds du secteur au cours de ces dernières années. En se basant sur les réalisations des 6 banques cotées –et en tenant compte des résultats consolidés pour celles qui sont disponibles-, on note que le produit net bancaire du secteur coté a progressé de +21,4 %, à 7,77 milliards de dirhams, et que le résultat net a plus que doublé en l’espace d’une année en signant une hausse de +133,43 %, à 2,62 milliards de dirhams, même s’il faut tempérer cette forte progression du fait qu’elle se justifie en partie par le résultat positif du CIH qui a affiché un bénéfice net de 247,33 MDH contre une perte de -725,06 MDH à la même période de l’exercice précédent. Hors CIH, le secteur coté affiche un bénéfice net en hausse de 28,4 % à 2,4 milliards de dirhams. Mieux, et en dépit du renforcement des fonds propres au cours de ces dernières années, les bons résultats permettent aux banques de réaliser des taux de rentabilité, mesurés par le rendement des fonds propres –RoE-, supérieurs à 15 %.
Restructuration/réorganisation
Les bonnes performances du secteur ne sont pas l’effet d’une conjoncture globalement favorable. Ils sont surtout le résultat d’une conjonction de facteurs dont les restructurations soutenues entreprises par les banques notamment au tout début de cette décennie et dont les effets se font de plus en plus sentir sur les résultats des bancaires occupent une place particulière. Réorganisation, adoption de nouveaux systèmes d’information, diversification, recapitalisation et assainissement (particulièrement pour les banques publiques), reconfiguration de l’actionnariat, concentration via des fusions-acquisitions (SMDC dans le giron de la BCP, ABN Amro Bank Maroc absorbée par la BMCI, fusion BCM-Wafabank donnant naissance à Attijariwafa bank, etc.), nouveaux modes de gouvernance…, sont autant de facteurs qui ont touché, à des degrés différents bien évidemment, toutes les banques de la place. Les banques sont également engagées dans des politiques de maîtrise des charges et de gestion des risques de crédits avec des résultats plus que probants. La compression des charges générales d’exploitation combinée à la hausse des Pnb des bancaires s’est traduite par une baisse des coefficients d’exploitation des principales banques marocaines. Ceux-ci varient, à fin juin 2006,dans une fourchette comprise entre 43,52 % (BMCI) et 55 % pour la BMCE (55,3 %), contre 60 à 65 % pour les banques françaises, à titre indicatif. Ces ratios sont d’autant plus satisfaisants qu’ils sont réalisés dans un environnement marqué par l’extension des réseaux d’agences bancaires, l’adoption de nouveaux systèmes d’information et le recrutement de collaborateurs pour accompagner l’extension des points de vente. Au niveau des risques de crédits, après avoir assaini leur bilan à coup de provisions colossales, les banques ont abandonné les politiques laxistes en matière d’octroi de crédits au profit de critères plus rigoureux. Au finish, et grâce aussi à des politiques de recouvrement efficaces, les créances en souffrance des banques ont fortement chuté au cours de ces dernières années abaissant par la même occasion les dotations au provisionnement, contribuant par ricochet à l’appréciation des résultats des établissements bancaires. Résultat de toutes ces actions, le secteur est devenu plus concentré, plus efficient, plus sain, plus solide financièrement et toutes les banques se sont aujourd’hui développées sur le modèle de banque universelle diversifiant ainsi leurs sources de profits (gestion d’actifs, banques d’affaires, crédits à la consommation, leasing, etc.). Et toujours dans cet ordre d’idées, les banques se sont également lancées dans des projets de croissance interne qui se sont matérialisées notamment par l’extension de leur réseau d’agences. La tendance s’est accentuée au cours de ces trois dernières années. La proximité avec la clientèle est aujourd’hui érigée en priorité par tous les établissements qui se sont lancés dans une course effrénée pour étendre leurs points de vente. Ainsi, Attijariwafa bank et le Groupe Banques Populaires tablent chacune sur l’ouverture de pas moins de 70 agences par année alors que la BMCE compte ouvrir au moins 50 points de vente annuellement durant la période 2006-2008. Les autres structures moyennes ou de petites tailles misent également sur l’élargissement de leurs réseaux. Cette course à l’extension du réseau n’est pas fortuite.
Coût de collecte faible
En effet, avec un taux de bancarisation à peine supérieure à 20 %, le marché offre un potentiel de croissance inestimable. De plus, pour les banques, il s’agit de ressources bon marché qui ont un impact positif sur leur marge. Ainsi, surfant sur la surliquidité structurelle du marché, les banques rechignent même à prendre les dépôts à terme rémunérés au taux de 2,5 % à 3 %, essayant bien évidemment au passage de ne pas repousser les dépôts des MRE. Ainsi, les ressources non rémunérées représentent une part de plus en plus conséquente au niveau des ressources bancaires. A titre d’exemple, pour Attijariwafa bank, Crédit Populaire du Maroc et BMCE Bank, les dépôts non rémunérés ont représenté, à fin juin 2006, respectivement 62,3 %, 60,7 % et 57 % de leurs ressources. Cette nouvelle donne se traduit par une baisse conséquente du coût de collecte des ressources. A titre d’exemple, pour la Crédit populaire du Maroc, ce coût a été inférieur à 1,4 % au titre du premier semestre 2006. Cette maîtrise du coût de la collecte, en contribuant à l’amélioration de la marge des bancaires, est en grande partie à l’origine de la détente des nouvelles conditions d’offre de taux débiteurs qui prévalent actuellement au niveau de la place et qui ont stimulé à leur tour les crédits à l’économie, particulièrement au niveau de l’immobilier, avec des effets positifs en retour sur les résultats des banques.
En outre, les banques marocaines ont été innovantes au cours de ces dernières années en lançant une palette de produits et services à forte valeur ajoutée et génératrices de commissions.
International
Par ailleurs, on ne peut pas signaler les facteurs ayant contribué à l’amélioration des résultats des bancaires et oublié le facteur humain. La culture managériale privilégiant la performance et la productivité est devenue le leitmotiv de toutes les banques de la place qui n’hésitent plus à rechercher des profils pointus hors des frontières nationales. Outre l’apport des cadres des banques étrangères partenaires, les banques marocaines débauchent de plus en plus de Marocains expatriés dans les pays développés et ayant accumulé expériences et expertises au niveau des mastodontes bancaires mondiales: City bank, Bank of America, BNP Paribas, etc.
Bref, les performances réalisées par le secteur bancaire marocain sont le résultat des mises à niveau entreprises par les banques sur les multiples versants de l’activité bancaire et qui lui ont ainsi permis de consolider davantage sa position et son rôle dans le financement de l’économie marocaine.
Pour ce qui est des perspectives, les champions de la rentabilité pensent déjà à de nouveaux ressorts de croissance en tissant ainsi leur toile à l’international, ciblant particulièrement le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest. Vu l’avance que les banques marocaines ont sur les banques de ces régions, on peut avancer sans se tromper qu’elles sont a priori bien armées pour être des acteurs majeurs de cette internationalisation. D’ailleurs, les expériences réussies du Groupe Banques Populaires en Guinée et au Centrafrique et celles de BMCE Bank au Mali et au Sénégal donnent une idée de la capacité des banques marocaines à s’adapter dans des environnements différents et à y prospérer. Cette tendance est aujourd’hui accentuée par Attijariwafa bank qui est mis sur pied en Tunisie et au Sénégal et espère, comme c’est le cas aussi pour BMCE Bank, s’implanter très prochainement sur le marché algérien encore presque vierge et offrant de réelles potentialités de croissance.
In fine, les stratégies de développement poursuivies par les banques marocaines augurent d’une croissance pérenne du secteur à moyen et long termes.
Moussa Diop