Celui-ci, tant pour les sociétés introduites que pour leurs conseils, signifie d’une part, un grand succès commercial et, d’autre part, la garantie de la demande de la valeur sur le marché secondaire, et donc une augmentation assurée du cours boursier. Ainsi, le taux de sursouscription varie de 10 à 12 fois pour IAM, BCP, Sothéma, Dari Couspate, etc., impliquant qu’il n’y a pas de différence entre les tailles des OPV, à 20 fois, telles les introductions de Médiaco et Addoha, voire 33 fois pour la dernière opération à la Bourse, celle de Distrisoft.
On remarque, par ailleurs, que ce taux augmente du fait de la pérennisation de la croissance boursière, laquelle marque le retour durable de la confiance des investisseurs et épargnants. Le succès de ces opérations montre aujourd’hui que les OPV constituent de véritables jackpots pour ces derniers, rappelant le « bon vieux temps » des privatisations qui offraient à l’époque des décotes importantes.
Cependant, le corollaire de ces taux de sursouscription impressionnants, c’est que les taux de satisfaction leur sont inversement proportionnels et donc dégressifs, passant de 13,79 % pour Sothéma et 11,48 % pour la BCP à 5,72 % pour Addoha, 4,65 % pour Maroc Telecom, 4,06 % pour Risma et seulement 2,98 % pour Distrisoft. On a même vu l’attribution d’une action unique à l’occasion de l’OPV d’Addoha ! Cette situation a interpellé tant le CDVM que la Bourse des Valeurs, qui ont reçu des plaintes de nombreux souscripteurs, pour atteindre le chiffre de 2000 réclamations dans la dernière période. Le CDVM a, de ce fait, émis une circulaire en date du 1er septembre dernier qui définit les modalités de souscription en regard des pratiques antérieures. Remplaçant la précédente circulaire édictée en 2000, et fruit d’une collaboration étroite depuis 2005 avec les professionnels du secteur, ladite circulaire couvre tous les aspects des modalités de souscription, de manière à éviter les dérapages qu’on a pu déplorer lors d’OPV précédentes. Il s’agit, entre autres, du contrat de placement ou de la convention de placement, conclu entre la société qui s’introduit et les intermédiaires en bourses. Il précise les modalités de la garantie financière du souscripteur. Il peut s’agir d’un dépôt en espèces, en titres, voire en parts de SICAV, en bons de caisse ou du Trésor, en DAT. Il peut s’agir également d’une caution bancaire excipant de l’engagement à couvrir le montant demandé de la souscription au moment de l’allocation.
Par ailleurs, l’obligation de l’ouverture de compte par le titulaire lui-même est également une mesure importante car elle permet d’éliminer les ouvertures de comptes intempestives et empêche les procurations de complaisance qui peuvent fausser les mécanismes de l’offre et de la demande au profit de ceux qui disposent de pièces de ce type acquises ou obtenues de façon frauduleuse. Enfin, l’instauration d’un plafond par tranche de souscripteurs est destinée à freiner l’inflation des souscriptions.
Mais la Bourse des Valeurs a, elle, voulu apporter une mesure beaucoup plus radicale de lutte contre la sursouscription et du faible taux de satisfaction en imposant dès le début du mois d’août dernier que les souscriptions soient accompagnées d’un dépôt à la bourse équivalent à cinquante pour cent du montant de la souscription.
Cette décision n’ayant pas fait l’objet, par contre, d’une concertation avec les professionnels de la place, elle a fait l’objet d’un tollé de protestations, avant d’être reportée « sine die ». On lui reprocha de « tomber du ciel », mais surtout de venir casser l’élan des OPV en cette deuxième partie de la dernière année des incitations fiscales aux introductions en bourse.
Il s’agissait-là, en effet, d’un obstacle objectif pour les intermédiaires en bourse, sachant que les pratiques antérieurement autorisées permettaient pour les souscripteurs le crédit levier, qui est un crédit bancaire et le nantissement des titres. Or, cet appel de fonds préalable que la Bourse voulait imposer, ne permettait plus d’utiliser le « collatéral actions ». Un investisseur, disposant d’un portefeuille déjà placé en bourse, aurait dû se dessaisir de ses titres investis pour disposer des moyens financiers d’une nouvelle souscription sans savoir vraiment si ses ordres d’achat seraient satisfaits, alors que cette démarche ne garantissait aucunement la satisfaction de la demande de l’investisseur. Au contraire, cela réduisait considérablement les possibilités effectives de participer à des souscriptions et tout particulièrement pour les petits porteurs que cette mesure de la bourse voulait protéger. Les gros porteurs, en effet, pouvaient toujours apporter du cash grâce à des crédits bancaires, lesquels, ne sont évidemment pas à la portée, comme l’exprime l’adage « on ne prête qu’aux riches ».
Le problème, pourtant, de la sursouscription commerciale des OPV et sa conséquence sur la faiblesse du taux de satisfaction des souscripteurs reste posé. En effet, pour atténuer ce phénomène dû également à l’étroitesse du marché et au manque de papier, il faudrait, tout d’abord, s’attaquer à la question du levier bancaire. Celui-ci s’est avéré être, pour les récentes opérations, la cause de la poussée inflationniste des souscriptions. Une première solution serait d’imposer que ce levier bancaire soit traduit en crédits débloqués et non en soutien bancaire. Concrètement, les souscripteurs et les banques prendraient leurs responsabilités, les premiers en demandant des crédits qui leur seraient effectivement attribués par les secondes.
Les souscriptions seraient ainsi limitées aux possibilités réelles de demandes et d’octrois de crédits.
De plus, comme pour l’OPV de RISMA, une seconde solution serait de prévoir un multiplicateur de l’offre à l’avance et un nombre minimum de jours de souscription. Ainsi, RISMA avait prévu qu’au-delà de deux fois l’offre, elle pouvait arrêter la souscription au terme des trois premiers jours de la période définie.
Enfin, une mesure très importante serait la restriction du syndicat de placement. À ce sujet, le contre exemple de Colorado est suffisamment parlant en soi, car ce ne sont pas moins de 800 agences bancaires, dont plus de 200 de la SGMB et 550 d’Attijariwafa bank qui seront mobilisées pour le placement de l’OPV d’une PME, d’un montant de 139 millions de dirhams.
De tels scenarii ne peuvent qu’attiser les sursouscriptions. Et ce phénomène cessera au premier échec d’une OPV !
Afifa Dassouli