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Entretien avec M. Karim Radi Benjelloun, PDG de Distrisoft : L’entrée en bourse est pour nous un encouragement à la performance

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Publier le : September 28, 2006

La Nouvelle Tribune : M. Benjelloun, vous venez de franchir le pas d’introduire votre société en bourse, pouvez-vous nous en présenter les raisons ?
M. Karim Radi Benjelloun : Je tiens à vous préciser tout particulièrement que les raisons fiscales n’étaient pas à l’origine de notre volonté de nous introduire en bourse. Mes associés et moi pensions à la Bourse depuis 1999, dès notre première participation au capital de Distrisoft. Et pour arriver à cet objectif, nous avons mis en chantier plusieurs projets. Nous avons commencé en 2001 par  l’organisation de l’entreprise qui a abouti à la certification ISO afin de profiter d’une chaîne de procédures claires et des outils de gestion très performants. Puis, nous avons amélioré notre situation financière en procédant à plusieurs augmentations de capital du fait que l’activité de grossiste en matériel informatique est très capitalistique compte tenu des stocks importants, de l’exigence d’une logistique sérieuse et de crédit clients conséquents.
Pour le détail, en 1999, nous avons fait progresser le capital de 2 millions de dirhams à 12 MDh. Puis, il y a trois ans, un capital-risqueur, Capital Morocco (BMCE), nous a rejoints par un apport de 15 millions de dirhams. Enfin, il y a une année, nous avons réalisé une dernière augmentation de capital, à 30MDh.

Quand vous évoquez vos apports, vous parlez en réalité, de " capital angel ", de capitaux personnels ?
Effectivement, c’est de cela dont il s’agit. Le premier investisseur institutionnel était le fonds de capital-risque. Mais, pour en revenir aux raisons et au pourquoi, voire au comment de notre introduction en bourse, il faut préciser que l’an passé déjà, Distrisoft avait fait appel public à l’épargne par l’émission de billets de trésorerie. Nous venons de franchir une étape supplémentaire, celle de l’introduction en Bourse, sans complexe vis-à-vis des questions fiscales, même s’il est vrai que les incitations réglementaires et légales dont bénéficient les entreprises qui s’introduisent en bourse, sont les bienvenues.

D’où vient cette prédisposition du management de Distrisoft de vouloir aller en bourse ?
Si en 1999, nous y avions songé, c’était parce que nous venions d’une culture entreprenariale largement empruntée aux multinationales cotées en bourse et notamment Microsoft, inscrite au Nasdaq américain, sachant que nous-mêmes, y avions travaillé. La culture " bourse " faisait donc partie de notre vécu et de notre environnement professionnel, sachant que c’est la meilleure manière de travailler en transparence et de garder la performance comme préoccupation prioritaire. Et, il y a trois ans, lors de la conclusion du pacte d’actionnaires avec le capital-risqueur Capital Morocco, nous avons reformulé cet objectif.

Le choix du moment n’était-il pas motivé par l’euphorie de la bourse ces deux dernières années ?
Certes, la tendance haussière du marché présente des conditions favorables, avec notamment l’inscription à la cote de "petites grandes entreprises", mais surtout le secteur dans lequel nous opérons est en plein essor, en développement constant.
Vous savez sans nul doute que la Fédération qui regroupe tous les opérateurs du secteur informatique, l’APEBI, a signé tout récemment un contrat programme avec le Gouvernement qui prévoit la réduction de la fracture numérique qui sévit dans notre pays. Le Maroc est en sous-équipement avéré et le contrat, outre des fonds pour l’innovation et l’aide à la recherche et développement, prévoit des encouragements et des subventions pour l’informatisation des entreprises marocaines, le développement des ressources humaines en informatique, etc.

Pouvez-vous explique à nos lecteurs la double opération que vous venez de réussir en bourse pour un montant de 65 millions de dirhams ?
Dans les 65 millions, l’augmentation de capital est en fait de 20 MDh et 45 MDh sont les fruits d’une cession. Au départ, nous voulions seulement opérer une augmentation de capital, mais même si un tel montant exprimait bien le besoin pour Distrisoft, il se serait agi d’une opération insuffisante pour donner de la visibilité au marché et à ses opérateurs. Augmenter le capital d’un montant supérieur aux réels besoins de l’entreprise aurait été contreproductif du point de vue financier. 65 millions de dirhams nous ont permis à la fois de faire une opération significative à la Bourse et de nous permettre de réduire la part de notre capital-risqueur du tour de table dans de bonnes conditions pour tous. Au terme de cette introduction, Capital Morocco, qui était à plus de 22 % dans Distrisoft, sera actionnaire à moins de 10 %.

L’augmentation de capital est donc destinée à financer les nouveaux développements attendus dans le secteur ?
Absolument, puisque nous prévoyons d’affecter les fonds au financement de la variation des fonds de roulement, sachant que notre activité de grossiste en informatique est très capitalistique. Nous avons obtenu la représentation de deux cartes majeures au plan mondial en 2005-2006, Dell, et Fujitsu-Siemens, ces deux grosses cartes majeures rejoignent HP et seront bientôt suivies d’autres projets de croissance. À noter que ces constructeurs occupent les trois premières places mondiales et nationales. Notre credo est donc clairement défini, la croissance externe par l’acquisition de nouvelles cartes.

Comment appréciez-vous le grand succès de votre appel public à l’épargne ?
Pour moi, au départ, il me suffisait de savoir que l’opération de souscription avait été entièrement réalisée, conformément aux objectifs, pour que ma satisfaction soit complète. Je pensais même qu’une sur-souscription de plusieurs fois aurait signifié une sous-évaluation préalable de Distrisoft ! Mais, là encore, les opérateurs du marché et notre banque conseil, BMCE Capital nous ont appris que la sur-souscription était un indicateur de confiance du marché envers l’entreprise, accompagné, certes, d’un manque de papier sur la place casablancaise. Et nous avons été très bien accueillis puisque la sur-souscription a été de 33,5 fois l’offre initiale ! Distrisoft inspire donc confiance, mais, de plus, cette sur-souscription est un indicateur sérieux de bonne tenue ultérieure du cours boursier sur le marché secondaire. Surtout que nos résultats semestriels sont en ligne avec nos prévisions.
Nous avons aussi la satisfaction de constater que ce succès provient des trois catégories de souscripteurs que nous avons sollicité, les salariés, les personnes physiques et les institutionnels.
La première, celle des salariés, a été "bien servie" puisque les ordres d’achat ont été satisfaits à 76 %. Les deux autres tranches, celle du grand public et des institutionnels n’ont pour leur part été servies respectivement qu’à 3,2 % et 2,58 %. Il faut espérer que l’épargnant gardera son budget pour le marché secondaire.

Votre mot de la fin ?
Je dirai que pour Distrisoft, l’introduction en bourse n’est pas une fin en soi. Nous sommes en bourse, soumis au jugement du marché, pour persévérer dans la performance, source de profitabilité. Si par là nous pouvons contribuer humblement au développement économique de notre pays, nous espérons que notre succès encourage d’autres entreprises moyennes à travailler dans la transparence et profiter de financements liés à la performance.

Entretien réalisé par
Afifa Dassouli



 

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