La Nouvelle Tribune : M. Kettani, vous venez de réussir le repositionnement de Wafa Assurance. En quoi consiste-t-il?
M. Jaouad Kettani : En 2005, notre Compagnie a élaboré son plan de développement triennal 2006-2008, que nous avons baptisé ÉLAN. Ce plan confirme notre orientation de compagnie généraliste multi produits et multi canaux. Il définit notre vision sur les trois années à venir, tenant compte des mutations de l’environnement et de notre appartenance au groupe Attijariwafa Bank. Nous avons comme ambition de devenir leader du marché marocain. Ce qui concrètement devrait se traduire par le doublement de notre chiffre d’affaires et l’amélioration substantielle de nos résultats techniques.
L’année 2006 étant celle des premières réalisations de ce plan, quelle a donc été la contribution du premier semestre 2006 à ces objectifs ?
Les réalisations du premier semestre ont largement dépassé nos prévisions, puisque nous avons enregistré une croissance soutenue de 27, 4 %. En effet, le taux de croissance a été de 68 % en Vie et de 12 % en Non-Vie, pour un total cumulé de primes émises de 1142 millions de dirhams. En termes de résultats techniques, ils sont de 207 millions de dirhams, avec 158 Mdh en Non-Vie, tandis que la Vie a vu son résultat technique pratiquement tripler (49 Mdh).
Le résultat net se situe à 205 millions de dirhams, en hausse de 55 % par rapport à la même période de 2005.
Cette croissance est-elle la résultante de l’augmentation du chiffre d’affaires par les produits ou bien d’une meilleure maîtrise des charges ?
Effectivement, cette croissance est le résultat d’une sinistralité relativement clémente au premier semestre de l’année en cours, comme en témoigne le ratio combiné, indicateur pertinent de notre activité et qui rapporte la sinistralité et charges d’acquisition et de gestion aux primes. Ce ratio se situe à 90,8 % contre 98 % à la fin juin 2005 et 106 % à la fin juin 2004. Sa diminution confirme une maîtrise manifeste de nos coûts de gestion et de notre sinistralité. J’ajouterai à cela la croissance de notre chiffre d’affaires et l’amélioration de notre gestion financière.
D’une manière plus générale, quels seront les moyens prévus pour la réalisation du plan ÉLAN?
Nous mettrons l’accent sur l’accès client et la qualité de service ainsi que la domination des coûts. En effet, la multi distribution permettra à Wafa Assurance d’élargir son champ d’attaque et de conquérir de nouveaux clients grâce à des canaux de distribution spécialisés par type de clientèle, comme en témoigne notre partenariat exclusif avec Poste Maroc qui a été initié à la fin de 2005 et qui a pris toute sa mesure à compter de 2006. Nous avons également un partenariat avec le Crédit du Maroc, effectif depuis le premier semestre 2006 que nous espérons renforcer encore plus.
La multi distribution n’est pas très répandue dans notre pays. Vous avez été, pour Wafa Assurance, au-delà donc du seul adossement à un réseau bancaire, celui d’Attijariwafa bank en l’occurrence. Pourquoi êtes-vous venus à la multi distribution?
Nos axes de croissance sont essentiellement la Vie et l’Automobile. Pour la Vie, le meilleur canal pour son développement est le réseau bancaire et nous utilisons le réseau bancaire d’Attijariwafa bank, le partenariat avec la Poste Maroc et avec le Crédit Du Maroc.
L’Automobile représente également un axe important et nous estimons que compte tenu de la spécificité du risque, le service de proximité est essentiel pour développer cette branche. C’est donc à travers notre réseau d’agents généraux que nous organisons l’essor de celle-ci.
Enfin, il y a également le risque des grandes entreprises en compte à Wafa Assurance. Dans ce secteur, c’est le conseil qui prédomine et demande une valeur ajoutée importante. Nous le faisons avec nos partenaires courtiers et nous avons sélectionné ceux qui sont les plus performants.
Il faut savoir que si Wafa Assurance a réussi dans la bancassurance, c’est parce que nous y avons mis les moyens, que nous croyons en cette activité, primordiale pour le développement de la branche Vie, car seul un réseau bancaire étoffé permet de ratisser large afin de drainer une clientèle importante. De plus, nous avons mis en place un dispositif d’animation commerciale pour encadrer les agences bancaires et leur inculquer cette culture « assurances » pour vendre nos produits. Nous avons également misé sur la formation, qui a toujours été privilégiée chez nous, mais qui a pris une nouvelle dimension depuis notre affiliation au groupe Attijariwafa bank.
Ce développement de la bancassurance, est-t-il le résultat de la fusion BCM-Wafabank et votre intégration dans un plus grand groupe ?
Effectivement, sachant qu’au 30 juin 2006 ce réseau représente 30,4 % de notre chiffre d’affaires, le réseau exclusif en représente 32,1% et le courtage, 37,5 %. Par contre, la tendance s’est infléchie depuis fin août 2006.
En effet, à cette date, le réseau bancaire est à 34 %, le réseau courtage à 31 % et le réseau agents à 35 %. En gros, chaque réseau contribue à hauteur du tiers dans la constitution du chiffre d’affaires de Wafa Assurance.
Et les autres moyens, la qualité du service et la maîtrise des coûts pour assurer vos objectifs ?
Nous voulons être la référence du marché en termes de qualité de service et de coûts de gestion. Nous procédons, pour ce, au reingeneering de nos process pour une organisation industrialisée et des métiers mieux maîtrisés.
Notre plan stratégique, en version résumée, est un programme de 20 projets de transformations à réaliser sur trois ans, avec comme leitmotiv le développement dans la rentabilité.
Nous aspirons ainsi à devenir une compagnie généraliste de référence, développant tous les réseaux de distribution avec une approche différenciée : renforcement du réseau d’agents généraux, rentabilisation du réseau de courtage et montée en puissance et diversification de la bancassurance.
Quant aux effets de notre intégration à groupe Attijariwafa bank, ils sont déjà perceptibles en 2006, sachant que Wafa Assurance a toujours eu une démarche de développement organique, quand d’autres, par le jeu d’absorptions et de concentrations, ont gagné des parts de marché.
C’est donc avec détermination, optimisme et dynamisme que nous envisageons l’avenir. Notre souci est d’être aux meilleurs standards internationaux, ce qu’exprime d’ailleurs notre nouvelle identité visuelle : « Wafa Assurance, source de confiance », qui est donc l’expression de valeurs profondes que nous voulons partager avec nos clients et nos partenaires.
Entretien réalisé par
Afifa Dassouli
Sensibiliser le public
Pour M. Jaouad Kettani, PDG de Wafa Assurance : « Le secteur de l’assurance connaît un tournant décisif. Après l’achèvement de la modernisation du cadre réglementaire encadrant son activité et la consolidation de sa solvabilité, la profession s’atèle à conserver ces acquis et à orienter la compétition sur la qualité de service, l’innovation et la communication pour sensibiliser le public sur le rôle socio-économique que peut jouer l’assurance ».