Le secteur avicole a connu au cours de ces dernières années une évolution notable résultat des changements intervenus sur toute la filière qui couvre pas moins de quatre grandes branches: les producteurs de chairs, les fabricants d’aliments composés, les accouveurs et les producteurs d’œufs de consommation.
Concernant la production nationale de viande blanche, celle-ci est passée de 29 000 tonnes en 1970 à 338 000 tonnes en 2005, dont 300 000 tonnes de viande de poulet et 38 000 tonnes de viande de dinde. La production de viande de volailles est principalement le fait d’un secteur moderne qui intervient à hauteur de 85 % de la production de cette activité actuellement, contre seulement 23 % en 1970. L’évolution de la production a accompagnée la diversification de la consommation de viande. Ainsi, actuellement, la viande de volaille assure à elle seule 50 % de la consommation nationale de viande contre 33 % en 1985. La consommation annuelle de viandes blanches par habitant est estimée à 10,9 kg.
Dans le même sillage, la production des œufs de consommation a été multipliée par dix durant cette période passant de 300 millions d’unités en 1970 à 3,3 milliards d’unités en 2004, dont plus de 76 % de la production est dorénavant assurée par un secteur moderne, contre à peine 0,4 % en 1970.
Plusieurs contraintes
La production d’aliments pour volaille s’est établie en 2004 à 1,6 million de tonnes, dont 300 000 tonnes sont assurées par un réseau traditionnel. Ce segment du marché reste dominé par deux producteurs, Alf Sahel et INAAM, qui assurent à eux seuls 28 % de la production totale. En 2004, les deux entreprises ont réalisé des chiffres d’affaires respectifs de 638 MDH et 549,2 MDH. Les autres producteurs significatifs du secteur sont El Alf, Cicalim et Alf Tansift.
Cette évolution a permis au secteur d’enregistrer un chiffre d’affaires de 6,6 milliards de dirhams en 2005. Quant aux investissements cumulés, ils sont passés de 10,1 à 13,2 milliards entre 2000 et 2005. Bien qu’il soit capitalistique, le secteur avicole a permis la création d’environ 75 000 emplois directs dans les unités de production et plus de 180 000 emplois indirects dans les circuits de distribution et de commercialisation.
Le secteur arrive aujourd’hui à satisfaire l’essentiel des besoins du pays en produits avicoles. Les importations de viande de volaille sont passées de 126 tonnes à 1 505 tonnes, soit moins de 0,5 % de la production domestique. L’importation de viande de volaille est composée essentiellement de viande de dinde. Outre le fait que la production arrive à satisfaire la demande intérieure, les importations de produits avicoles sont freinées par des droits de douane prohibitifs de 124 %. Seules les importations de poussins reproducteurs, type chair ou ponte, et de dindonneaux peuvent faire l’objet d’importation à des taux préférentiels de 2,5% et ce dans le but de compenser la fiable production nationale au niveau de cette branche. Les exportations de produits avicoles sont quasiment nulles. Il faut reconnaître que les marchés étrangers de produits avicoles sont fortement protégés par des barrières tarifaires et non tarifaires. Ainsi, l’application de règles sanitaires strictes limite fortement les échanges.
Si le secteur arrive à assurer la quasi-totalité des besoins du Royaume, il n’en demeure pas moins qu’il est appelé à se restructurer pour une meilleure efficience en surmontant les contraintes qui entravent son développement dont les coûts de production élevés, les circuits de distribution défaillants, l’accès difficile aux sources de financement, la surcapacité des installations de production, etc. Les coûts de production élevés sont grevés par trois principaux facteurs: le coûts élevé des matières premières du fait notamment de la hausse des cours mondiaux des céréales et des taxes à l’importation particulièrement onéreuses (le maïs est taxé à un taux de compris entre 17,5 % et 57 %, les grains de soja sont imposés à 22,5%), la fiscalité défavorable du fait, d’une part, que le secteur ne bénéficie pas des exonération accordées au secteur agricole, et d’autre part, que l’absence d’identifiant fiscal empêche toute possibilité de récupération de la TVA, et, enfin, la réglementation sanitaire faiblement appliquée et l’apparition de nombreuses maladies aviaires se sont traduites par des abattages massifs de volaille avec à la clé des coûts économiques importants. Ces différents facteurs font que la rentabilité au niveau des entreprises du secteur demeure globalement faible.
En dépit de ces contraintes, les perspectives du secteur demeurent encourageantes. En effet, la consommation domestique encore faible offre de bonnes perspectives de développement. Face donc à un déficit nutritionnel important, les produits avicoles offrent une alternative pertinente et moins coûteuse que les viandes rouges et les poissions. Ainsi, selon les estimations de la Fédération Interprofessionnelle du Secteur Avicole (FISA), la production du secteur avicole devrait enregistrer une augmentation annuelle moyenne de 5 % à moyen terme. Reste que cette évolution est soumise à un certain nombre de conditions.
Nécessité d’une intégration verticale
D’une part, cette évolution suppose une rationalisation de la filière caractérisée par la présence de nombreux opérateurs opportunistes faisant reposer une grande partie de leur rentabilité sur le non-respect des normes sanitaires. D’autre part, le secteur est dans l’obligation de s’intégrer verticalement. Ainsi, une chaîne unique liant le fabricant d’aliments composés aux abattoirs permettra de limiter les intermédiaires et de réduire, ainsi, les coûts de production. Enfin, l’aviculture domestique pourra tirer profit de l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Les principales céréales entrant dans la composition des aliments pour volailles connaîtront une baisse de prix conséquente suite aux réductions tarifaires. A titre d’exemple, cinq ans après l’entrée en vigueur de cet accord, les droits de douane seront totalement supprimés pour les importations de maïs en provenance des Etats-Unis avec à la clé une baisse des coûts de production des viandes avicoles de l’ordre de 17%.
Reste que le secteur est appelé à surmonter certaines menaces qui pèsent sur lui. En plus de l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis fixant les importations de produits avicole à 1 % de la production nationale, le secteur avicole national est appelé a gérer les crises conjoncturelles liées notamment à la diffusion d’épizootie, particulièrement la grippe aviaire.
Enfin, les rédacteurs de la note de recherche ont procédé au diagnostic financier du secteur. Partant d’un échantillon de 13 entreprises représentants trois segments du marché (provendiers intégrés, entreprises spécialisées dans l’élevage de poussins et les provendiers non intégrés), ils ont avancé un certain nombre de pistes à même de contribuer à la mise à niveau des entreprises du secteur. Ces pistes se déclinent en deux volets: d’une part le volet financier qui implique une bonne gestion du cycle d’exploitation, une bonne maîtrise des charges et une politique de recouvrement rigoureuse, et, d’autre part le volet organisationnel qui inclut l’automatisation, la modernisation et l’extension des unités de production, le suivi d’une stratégie d’intégration verticale et l’extension des unités de production. C’est en se lançant dans ces pistes que les entreprises arriveront à améliorer leur rentabilité et faire face aux importants investissements que nécessite le développement de cette activité.
M.D.