En effet, qu’il s’agisse des investisseurs institutionnels et des personnes physiques ou des intermédiaires du marché financier, ils s’accordent généralement à considérer le mois de septembre comme celui de la reprise des affaires et donc lèvent le pied au courant du mois d’août. Cette année, pourtant, à la suite de la correction opérée par le marché durant le troisième trimestre de l’année, nombreux ont été les intervenants qui prévoyaient une reprise après l’introduction en bourse d’Addoha, argument rationnel s’il en est. Mais ils prédisaient également aussi qu’elle se poursuivrait durant le mois central de l’été sachant que les mois d’activité du marché sont généralement mars, avril, mai et septembre, octobre, novembre.
Force est de constater qu’ils ont eu raison. A ce titre donc, il est évidemment fort intéressant de s’interroger sur les causes et les raisons de la réalisation d’une telle prédiction.
En premier lieu, les performances et statistiques enregistrées attestent de l’activité soutenue du marché boursier au cours du mois qui se termine. Le volume traité a frôlé les 5 milliards de dirhams sur le marché central, dépassant de 40 % celui d’août 2005 alors qu’on estimait que celui-ci avait “explosé” par rapport à celui des deux années précédentes, 2003 et 2004, où les volumes traités en août, après 4 années de crise de la bourse de Casablanca, s’étaient limités à 600 millions de dirhams.
Le premier constat est donc que l’activité de ce mois de l’année a été multipliée par 80 fois en 2005 et 100 fois en 2006. Mais peut-être faut-il relativiser cette progression explosive du mois d’août si on la rapporte aux volumes globalement traités en 2005 et 2006. C’est ainsi que si en 2004 le volume global traité sur le marché central a été de 8,7 milliards de dirhams, il a quasiment doublé en 2005 pour s’établir à 15,45 milliards de dirhams et se situe à 56,3 milliards de dirhams pour les 8 premiers mois de l’année 2006 !
L’importance de l’euphorie du mois d’août pourrait donc être considérée comme la simple expression de l’augmentation des volumes traités en général, d’autant que la moyenne mensuelle sur le marché central de 7,6 milliards de dirhams reste supérieure au volume du mois analysé. Sauf que la performance de ce dernier est à prendre en ligne de compte sachant qu’elle a atteint les 10 % qui compensent la baisse antérieure, amenant ainsi a performance de l’indice général de la bourse à 41%¨depuis le début de l’année. L’euphorie de l’activité boursière du mois d’août 2006 devrait donc avoir au moins une explication, celle du changement de comportement des investisseurs. Ces derniers ne perdent plus de vue les opportunités de placements quel que soit le mois où elles se présentent. En conséquence, ils ne s’absentent plus du marché boursier et chassent les bonnes affaires en permanence. Les institutionnels en profitent donc pour réassortir leurs portefeuilles, tout comme les personnes physiques sur un marché qui, au demeurant, n’est pas aussi cher qu’on le prétend. Et s’il y a une part d’irrationnel, elle n’est certainement pas chez les professionnels devenus des intervenants qui se basent sur des analyses et des anticipations.
C’est le cas d’ailleurs au mois d’août pour les résultats semestriels des sociétés cotées qui seront publiés à la fin septembre. Toutefois, et en allant dans le détail, on constate que les deux valeurs phares du marché ont été Addoha et Maroc Telecoms, en occupant la tête du classement avec des volumes traités respectifs de 1,6 milliard et 1,1 milliard de dirhams,largement supérieurs à celui de la BMCE qui se positionne pourtant au troisième rang avec 300 millions de dirhams traités. Addoha reste la valeur qui attire le plus, à un niveau de cours de 930 dirhams contre un cours d’introduction de 585 Dh, soit une performance de 60 % en moins de 2 mois, avec un PER élevé, de 29. Maroc Telecom se bat contre son hyper liquidité et les baisses de cours qui interviennent sur le marché parisien, tout en reconsolidant son cours à 128 Dh. D’ailleurs, avec un PER a 18, la valeur présente encore du potentiel.
Il semblerait que la guerre au Liban a joué un rôle dans la demande croissante du titre Addoha du fait que certains investisseurs arabes se seraient reportés sur le marché marocain, ce que seuls Maroclear et le CDVM pourraient confirmer, eux qui connaissent l’origine des interventions ainsi que l’identité et la nationalité des investisseurs. D’autres font même le constat que c’est le marché dans son ensemble qui aurait été affecté par l’agression israélienne au Liban. Possible, mais on regrettera que les volumes traités au mois d’août à la bourse de Casablanca, quels qu’en soient les commanditaires, aient été trop concentrés sur ces deux valeurs qui cumulent à elles seules 2,8 milliards de dirhams sur un total de 5 milliards.
L’euphorie en question ne concernerait en réalité que ces deux valeurs. Certes, le marché boursier s’est beaucoup développé, mais concernant son efficience, on rappellera l’adage qui dit qu’une hirondelle ne fait pas le printemps…
Afifa Dassouli